Documents

La Leçon de cinéma de Raoul Peck

Raoul Peck : Pour moi, le cinéma était d’abord un contenu, un instrument pour faire autre chose, jamais un but en soi. Cela m’a procuré une grande liberté et la faculté de pouvoir refuser, dire non à (...)

Le documentaire, avec ou sans scénario

Dossier réuni par Laetitia Mikles publié dans la revue Positif 585, novembre 2009.

Le Kerala, de Van der Keuken

l’Œil au-dessus du puits fût tourné avec sa femme, Noskha Van der Lely, au sud de l’lnde, au Kerala (1989). Un film sur les travaux et les jours, les cycles de la vie, la culture, la religion, (...)

"Let’s make money" : Rencontre avec Erwin Wagenhofer


E. Wagenhofer : « S’il faut vraiment donner une étiquette au film, j’accepte celle-là. Je fais des films à valeur informative car il y va des valeurs mêmes de l’information, valeurs que nous sommes en (...)

Let’s make money

Critique de Telerama : Le film est un constat. Il n’offre pas de solution, et on en sort révolté.

Bibliographie concernant le documentaire

Par Claude Bailblé : Nullement exhaustive, et pour cause… seulement indicative.

Jean-Luc Godard et la télévision : un affrontement critique, permanent et opiniâtre, qui dure depuis 40 ans

Pour être dans ce siècle-ci, il faut exister en alliance, sinon en symbiose avec la télévision, Godard n’aura pas du tout réussi cela.

Harlan County, USA : Entretien avec Barbara Kopple & Hart Perry

Harlan County décrit l’histoire d’une communauté du Kentucky au passé légendaire de lutte et de guerre contre les patrons. Le film célèbre l’action collective des mineurs, dont le point de vue est adopté (...)

Wang Bing : entretien sur “Le Fossé” et “Fengming”

Comment réduire la distance entre le public et le thème du film ? En n’accentuant aucun élément temporel (...) Ce sont les faits qui m’intéressent.

Pour un service public de l’information et de la culture (vidéo)

La bataille des médias : François Ruffin et Henri Maler

« La Dame de fer », ou la petite histoire pour réécrire la grande

Si un numéro d’imitatrice suffisait à faire un film, cela se saurait.

Angelina Jolie, la guerre et l’illusion du « témoignage »

C’est comme si Angelina Jolie avait voulu faire une sorte d’étrange « best of » de la guerre, reprenant tous ses épisodes les plus tragiques — et les plus télévisuels.

Entretien avec Thierry Odeyn : "Faire un film, c’est avant tout un acte de réflexion"

Odeyn : Un cinéma, qui s’exprime avec des moyens pauvres, c’est un cinéma qui est obligé d’exploiter le plus créativement possible ses contraintes, donc ce n’est pas un cinéma de (...)

L’innocence entre guillemets

Marc Cheverie : S’il n’y a plus de l’image, c’est qu’il n’y a plus de regard, et s’il n’y a plus de regard, c’est qu’il n’y a pas de sujet de regard, une crise du sujet tout court et de son statut, des (...)


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Entretien avec Flora Gomes (Guinée Bissau)

Flora Gomes par M’Bissine Diop

"Chaque fois qu’un Africain arrive à faire un film, c’est une victoire ; car il n’est pas évident de mettre en place un film. Chaque metteur en scène est un solitaire qui fait le tour du monde pour trouver de quoi faire un film". S’il faut voyager pour réunir le financement, Flora Gomes n’a pas besoin d’aller loin pour trouver ses sujets. C’est dans l’histoire de son pays, la Guinée Bissau, où il est né en 1949, qu’il puisse son inspiration. De l’histoire révolutionnaire de son pays, résultera trois brillants longs métrages : Mortu Nega (1988) évoque la libération de la colonisation portugaise, hommage à la lutte pour la dignité des combattants de l’indépendance. Les Yeux bleus de Yonta (1992), sélectionné au Festival de Cannes dans la section "Un certain regard", est un regard sur une communauté urbaine mettant face à face la génération de la guerre et celle qui ne l’a pas connue. Po di Sangui est un regard sur la société de Guinée Bissau et sur l’Afrique mais aussi un regard extérieur. Parti d’une tradition animiste en Guinée Bissau qui dit que chaque arbre planté à la naissance d’un enfant est dépositaire d’une âme, Flora Gomes réalise une fabuleuse fable écologique. Cet ancien étudiant à l’Institut Cubain des Arts est un homme marqué par l’histoire de son pays. Chacun de ses films est l’occasion d’aborder son thème de prédilection : celui de la difficile coexistence des traditions et des exigences modernes du développement.

Entretien d’Olivier Barlet avec Flora Gomes (Guinée Bissau)

Un regard moderne

Po di Sangui, mon dernier film, est un regard sur ma société de Guinée Bissau et sur l’Afrique mais c’est aussi un regard extérieur. On parle beaucoup d’environnement mais nous n’avons pas la même sensibilité que vous : nous essayons de couper une partie de nous-mêmes pour la vendre. C’est pourquoi je suis parti de contes qui disent que pour chaque personne qui naît, on plante un arbre, une espèce précieuse de la forêt tropicale dont la sève coule rouge. Dans ma langue, ce créole mélange de portugais et de langues africaines que l’on utilise en Guinée Bissau, on l’appelle Po di Sangui, le "bois de sang" : les arbres sont eux aussi des être humains. A la naissance de deux jumeaux, on a planté ces arbres. A la mort de l’un d’entre eux, un des deux arbres meurt. Le sujet est le rapport entre l’homme et son arbre, et donc avec l’ensemble de la nature. Ce n’est pas un film pédagogique mais un regard sur ma société, mon pays.

Interroger la tradition, les ancêtres

Mortu Nega était un hommage à la lutte pour la dignité des combattants de l’indépendance. Les yeux bleus de Yonta était un regard sur une communauté urbaine. Dans Po di Sangui, j’ai voulu rechercher mes origines. La tradition est une source d’inspiration pour la vie présente et pour comprendre ce que nous sommes devenus. Notre problème est de savoir quelle chemise prendre car dans les pays chauds, il ne s’agit pas de porter les mêmes manteaux qu’en Europe !

Nos films provoquent des débats. Le cinéma joue un rôle important en Afrique, le pourcentage d’analphabètes étant très élevé. Le public perçoit bien l’intention des fictions que l’on fait.

Nous ne pouvons comprendre la société moderne qu’en tenant compte de ses bases culturelles traditionnelles. Le retour au village que j’opère est une recherche d’inspiration. Nous n’avons pas de littérature écrite ancienne mais les statues, les tissages de nos pagnes nous portent également à réfléchir. Les morts restent proches de nous. L’aller-retour est permanent.

L’interrogation des ancêtres est possible. Un malade s’interrogera sur ce qu’il a fait de mal : cela fait partie de nos traditions. Il ne faut pas que cela nous empêche de nous développer ni de maîtriser la science et la technique. Nous faisons partie du monde d’aujourd’hui et devons profiter de ses progrès, mais le fait d’utiliser une caméra, un travelling ou une table de montage, ne doit pas m’empêcher de m’interroger sur mon origine. Notre inspiration doit venir des aspects positifs de notre société, comme le disait Amilcar Cabral.

Un public universel

Nos films doivent être compréhensibles pour nos publics mais aussi aux Européens. Quand vous commencez à vous poser des questions sur des points que vous ne comprenez pas, c’est qu’une différence vous intéresse : vous avez déjà compris quelque chose ! Un débat est en train de naître, à l’instigation du réalisateur. Cependant, le grand public qui nous permettrait de continuer de tourner est très exigeant, non par mépris pour l’Afrique ou le cinéaste mais de par la complexité du cinéma. Nous arriverons à conquérir petit à petit un public européen, en travaillant surtout les scénarios et la direction d’acteurs, malgré l’absence de comédiens professionnels. Un groupe de comédiens connus nous aideraient à équilibrer les faiblesses de notre mise en scène !

Si le financement est assuré par l’Europe, il faut pouvoir y gagner un public. Je ne pourrai jamais rentabiliser mon film dans un pays d’un million d’habitants ! Un marché extérieur est nécessaire. Pas forcément Européen. Pour chaque plan, je me pose la question du regard du spectateur, d’où qu’il vienne.

Travailler le scénario

Cependant, le grand public qui nous permettrait de continuer de tourner est très exigeant, non par mépris pour l’Afrique mais de par la complexité du cinéma.

Nous arriverons à conquérir petit à petit un public européen, en travaillant surtout les scénarios et la direction d’acteurs, malgré l’absence de comédiens professionnels. Un groupe de comédiens connus nous aideraient à équilibre les faiblesses de notre mise en scène !

Pour cela, le travail sur le scénario est fondamental. Je ne le réalise jamais seul. Pourtant, sur le tournage, je n’ai pas le scénario avec moi, pour conserver une liberté. Mais je l’ai dans la tête... !

Perspectives d’avenir

Avec mes collègues de Guinée Bissau, nous avons créé une coopérative de production pour soutenir nos films, mais tout est encore à construire. C’est un métier dur. Je ne sais jamais si je vais continuer le cinéma quand je termine un film ! Mais je mise beaucoup sur Po di Sangui pour me permettre de lancer mon projet suivant qui sera une comédie musicale avec des chanteurs africains célèbres !

Source de l’article : AFRIBD




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