28 mai 2017

Visite Guidée Graffiti et Street Art - Centre de Bruxelles

14h Centre-ville, 1000 Bruxelles

28 mai 2017

Concert Hommage à Violeta Parra

17h espace Toots. Rue Edouard Stuckens 125 - 1140 Bruxelles

29 mai 2017

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Venezuela. ANNULÉ

19h30. Pianofabriek - salle Arenberg. Rue du Fort 35 - 1060 (...)

31 mai 2017

Afscheidspiket Luk

07h>17h VRT. Auguste Reyerslaan 52, 1043 Bruxelles

31 mai 2017

Rassemblement de soutien aux "six héros"

08h30 Palais de justice. Place Poelaert 1 - 1000 Bruxelles

31 mai 2017

Rassemblement : STOP ! violence à l’encontre des migrants

10h Tribunal de Première Instance. Rue des Quatre Bras 13, 1000 (...)

31 mai 2017

Des cahiers et des crayons à la prison de Saint-Gilles

12h Prison de Saint-Gilles. Avenue Ducpétiaux 106, 1060 (...)

15 juin 2017

Le procès des animaux

13h30 Palais de justice. Place Poelaert 1, 1000 Bruxelles

20 juin 2017

exposé sur la Révolution d’Octobre 1917

11h 56 rue de la Prévoyance - 1000 Bruxelles

2 novembre 2017

2, 3 et 4 novembre. Espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe

16h Grande Salle de la Maison du Peuple. Parvis de Saint-Gilles, (...)


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Qui va gagner et qui va perdre dans la bataille pour Ana Belen Montes ?

10 décembre 2015 - "Jour des Droits de l’Homme"

La réponse superficielle est évidente. Un simple « non » du Bureau des prisons suffira, et les conditions de la condamnation de la camarade se poursuivront sans changement jusqu’au dernier jour de sa peine. Qui aura gagné ? Le puissant gouvernement nord-américain, aura fait une claire démonstration de sa force : "Nous savons fort bien condamner le délit d’espionnage." Et certes, la perspective de végéter pendant 25 ans en isolement absolu et oublié, devrait décourager tout futur candidat à travailler secrètement pour Cuba aux États-Unis. Après pareil exemple, personne ne se risquerait à imiter Ana Belén Montes, et il pourra être dit sans problème qu’elle aura été "la dernière espionne en défense de La Havane."

Mais cette victoire aurait d’autres nuances évidentes n’ayant peut-être pas été évaluées à Washington, et ayant également leur poids. Nous allons les mentionner tout en formulant une série de questions.

a) Quand nous avons pris publiquement l’initiative du Comité en octobre, il y avait environ 60 personnes impliquées. Aujourd’hui, en seulement deux mois, il y a déjà des centaines de sympathisants dans 23 pays, les organisations croissent tandis qu’à l’unisson les personnalités concernées (parmi lesquelles se rangent depuis des scientifiques de premier rang ou des écrivains nominés de la Maison des Amériques, jusqu’aux militants comme l’ancienne prisonnière politique nord-américaine Lynne Stewart, et des artistes de renom comme Vicente Feliu et Silvio Rodriguez)

- QUESTION : Si se sont accomplies tant de choses en deux mois, quelle sera la mesure de ce mouvement d’ici que nous arrivions en 2023 ? Cela vous dirait-il que la réaction en boule de neige grandisse en un Himalaya ?

b) Le gouvernement cubain n’est en rien intervenu dans tout cela. Il est souvent asséné par certains qu’en la Cuba totalitaire il n’y ne s’y trouve que trois types de personnes : "de vils agents de sécurité", "de pauvres citoyens effrayés" et "de vaillants opposants". En outre, il n’est d’autre société civile que celle s’opposant au gouvernement. Et tout à coup, nous voyons que spontanément, volontairement, librement, des gens de l’île et aussi des cubains émigrés, s’agitent à l’avantage d’une compagne prise pour avoir défendue la Cuba ; et cela "sans mandat du gouvernement", sans avoir reçu un sou de personne, ni non plus de visa pour voyager en Eldorado, ou une bourse d’études dans une université prestigieuse, ou un certain prix international louangé en défense des Droits de l’Homme. Ils n’obtiennent même pas une amélioration de leur bonne réputation (c’est l’inverse ...). Ils reçoivent seulement la satisfaction éthique et spirituelle d’avoir honoré la dette morale que nous avons tous, natifs de ce pays (et je répète, « tous »), avec l’oubliée Ana Belén Montes.

- QUESTION : Si ce processus suit son cours, où en sera vers 2023 le mythe manichéen d’une "société civile cubaine" idéologiquement monochromatique opposée au socialisme ? Et laquelle des "Deux sociétés civiles" aura acquis un plus grand prestige moral à ce moment-là : celle des voyages-prix-bourses-publicitaires de l’anti-castrisme, ou celle du sacrifice désintéressé-altruiste-spontané pour l’aide à une tâche si humanitaire ? Êtes-vous assuré que les plans idéologiques subversifs contre la Cuba ne font courir aucun risque si continuent de se développer de plus en plus ces actions indépendantes et désintéressées de citoyens LIBRES cubains ?

c) Aujourd’hui, il y a un virage à droite sur l’échiquier politique : des gouvernements progressistes perdent les élections en Amérique latine, en Europe il y a une montée en puissance des partis ultraconservateurs. Il semblerait que Fukuyama soit ratifié : la fin de l’histoire arrive, avec la mort à l’échelle mondiale des utopies et l’exaltation radicale du marché aveugle et inégal. Et soudain, voici qu’autour d’une femme confinée, se regroupent de plus en plus de progressistes de multiples pays ; Ils défient avec fermeté les climats militarisés et les menaces terroristes, pour obtenir des centaines de signatures ; ils communiquent les uns avec les autres de plus en plus, s’associant sans réserve, s’organisant crescendo... autour d’Ana Belén Montes, menaçant les puissances monopolistiques de la convertir en une sorte de "Jeanne d’Arc socialiste".

- QUESTION : Si autour d’Ana continuent de croître les sympathies d’une gauche mondiale recommençant à paraitre aujourd’hui dans son reflux ; si le symbolisme se fortifie en environnant sa personne, et s’il continue de promouvoir l’agglutination des progressistes autour d’elle, au fur et à mesure de l’approche de l’an 2023, dans quelle mesure l’emprisonnement aura-t-il permis d’unifier les « indésirables » opposés au Nouvel Ordre Mondial néoconservateur et néolibéral ? Ces gardiens de prison n’auront-ils pas créé, au jour le jour, une icône très dangereuse pour les projets de désarticulation des mouvements révolutionnaires à travers le monde ? N’auront-ils pas offert à la gauche un modèle de courage, d’abnégation, de sacrifice et de résistance tuant spirituellement le « héros petit-bourgeois » dont les réussites grossières consistent à savoir amasser la plus grande quantité d’argent possible ? Ces shérifs n’auront-ils pas offert de plus en plus un prototype du déjà oublié "homme nouveau" du Che, qui aidera jusqu’à des limites impensables tous les « turbulents » du monde, à le ranimer, le fortifier et le réincarner face à la contre-offensive réactionnaire ?

➢ Le socialisme est identifié par l’orthodoxie ambiante comme ayant beaucoup de dureté, cruauté, obstination et un "Etat policier", par opposition à un système démocratique capitaliste infiniment plus magnanime, bienveillant et libéral... Cependant, nous allons parler d’une chose curieuse : dans l’après-URSS de Staline "À partir de 1953, le nombre de prisonniers a régulièrement diminué. Entre 1953 et 1957, le Présidium du Soviet Suprême a annoncé plusieurs amnisties pour différentes catégories de détenus ; parmi celles-ci, il y a eu en 1955 celle concernant ceux qui avaient collaboré avec les occupants allemands." [Ils étaient des traîtres à la patrie, graciés massivement par l’Union soviétique dure et féroce après qu’ils aient coopéré avec les exterminateurs nazis de leur propre peuple.] Elle a été suivie par d’autres amnisties en 1956-1959. Et en effet (bien qu’il y eût des centres équivalents à celui où Ana est cloîtrée, conçus pour les personnes condamnées pour des délits particulièrement graves), il est intéressant de noter que dans les prisons générales "Il y avait deux régimes : le "général" et le "strict". Un prisonnier ne pouvait pas être soumis au second pendant plus de six mois" du fait que les juristes soviétiques sont parvenus à développer "le prémisse de base que le prisonnier était encore un citoyen" et il en résultait donc que la prison en Russie totalitaire est celle "en ayant terminé avec le travail esclavagiste, et possédant des procédures judiciaires, où les prisonniers jouissent de certains droits et peuvent faire face à l’administration pénitentiaire, sans que le monde extérieur ait mis un veto à cet accès, ils peuvent rencontrer un avocat ou protester légalement contre le traitement reçu". [1]

Nous obvierons les tristes cas s’étant produit avec les détenus moyen-orientaux durant la "Guerre contre la Terreur" en nous concentrant uniquement sur Ana Belén Montes : combien de ces droits que l’URSS diabolisée accordait à ses prisonniers, les États-Unis philanthropiques octroient-ils à cette citoyenne étant leur ? Peut-être que les bolcheviks savaient-ils être plus humains que les Yankees ?

QUESTION : Si cet isolement se poursuit jusqu’en 2023, restera-t-elle dans ses hauteurs l’image légendaire de la super-nation à la tête de la tutelle des droits de l’homme à l’échelle mondiale ? Peut-on défendre les droits de l’Homme et se comporter tout à la fois de manière aussi peu humaine ? Quel genre de travail sera-t-il donné à ceux qui vivent en scrutant du regard "qui est arrêté à Cuba" pour se plaindre ensuite de la brutalité du régime castriste ? Comment certains protesteront-ils pour la liberté de certains prisonniers sur l’île, tout en manifestant furieusement en faveur de l’isolement à outrance de cette femme aux États-Unis ? Aurons-nous des activistes pour l’émancipation de la prison qui plaideront simultanément pour des emprisonnements en isolement quasi-perpétuels ? Des humanistes qui soient aussi inhumains ? Des protestataires anti-réclusions tout autant que porte-paroles pro-isolement ? Des lauriers accordés pour la lutte au nom de la liberté sans frontières en ornement des tempes de ceux qui prônent les menottes sans palliatifs ? Où bien, se sera écroulé en 2023, le prestige de ceux qui crient "nous défendons la noble démocratie et la liberté humanitaire universelle" tandis "qu’Ana Belen pourrit en prison parce qu’elle a trahi notre démocratie généreuse et notre liberté bienfaitrice universelle" ?

➢ Parrainant la « normalisation » des États-Unis-Cuba, Mme Hillary Clinton a dit à propos de l’embargo : "Nous devons le remplacer par une approche intelligente qui donne un pouvoir (...) à la société civile cubaine." Et aussi : "Les Cubains veulent acheter nos produits, lire nos livres, parcourir notre web et apprendre de notre peuple. Ils veulent porter leur pays au XXIème siècle. Telle est la voie de la démocratie et de la dignité, nous devons marcher à son côté." Personnellement, je suis entièrement d’accord d’apprendre de quiconque pouvant m’apprendre. Mais avec le plus grand respect :

a) Le droit pénal du XXIème siècle en tout cas, cherche à réformer le prisonnier, à promouvoir des sanctions alternatives, à combattre les actes arbitraires de la prison au moyen de vieilles institutions juridiques (Habeas Corpus, le huitième Amendement aux États-Unis), ou de nouveaux organismes (l’Organisation Mondiale Contre la Torture et d’autres). Alors, que la susdite dame respectable me pardonne, mais je refuse cette instruction si gracieusement offerte : imiter des pratiques comme cet isolement d’Ana Belén Montes, qui va déjà bientôt arriver à 15 ans (2001 à 2016), ce ne serait pas faire avancer les Cubains pour le XXIème siècle, mais nous faire reculer aux temps du prisonnier au masque de fer à la Bastille, durant le XVIIIème siècle.

b) La société civile cubaine appelée à s’autonomiser avec le soutien nord-américain, inclut-elle des mouvements comme le nôtre, qui sans être gouvernemental ou d’État, est de gauche et révolutionnaire ? Ne disent-ils pas qu’ils veulent en faire bénéficier « le peuple de Cuba » et non « les Castro » ? Eh bien, nous faisons partie de ce peuple. Ne nous qualifierons-nous pas pour être entendus ? Peut être la fameuse « société civile post-Castro » envisagée, l’est-elle seulement en appui des mentalités et des organisations pro-néolibéralisme, anticommunistes, etc. ? Si est le cas, je décline à nouveau l’apprentissage offert. Parce-qu’une stratégie promouvant ni plus ni moins une future "société civile de droite" à Cuba, est tout simplement une manœuvre rétrograde en vue de nous imposer une dictature néo-Batista ou quelque chose du cru. Il est trop tard pour ça ...

c) Enfin, parmi les événements de la « normalisation » entre Washington-La Havane et étant donné qu’Ana Belén Montes a été une pionnière dans l’harmonisation de la politique des relations, comme indiqué dans son cas, il me semble qu’un beau geste entre ces nations a été l’échange de prisonniers (les « Cinq » pour Alan Gross et Sarraf Trujillo, cette « taupe » si publiquement louée par Barack Obama - qui, manifestement, n’a pas peur du terme « espion » ni non plus peur de cet Etat Sioniste d’Israël, qui après des manœuvres ardues, a obtenu la liberté conditionnelle pour son espion Jonathan Pollard -). Au cours de ce processus, ces actions clémentes se sont poursuivies, et par exemple, lors de la visite du pape à Cuba et aux Etats-Unis, 3.522 prisonniers cubains ont été libérés par l’Etat totalitaire des frères Castro. Mais Ana est restée dans la même situation au sein de la super-démocratie enragée à son encontre.

Qu’est-ce ? Les "méchants castristes" ouvrent leur main, et les dirigeants du monde libre la contractent cruellement ? Les "tyrans archaïques" pardonnent, et les champions de la liberté resteraient vengeurs et cruels ? Comment comprenez-vous cette contradiction entre dire et faire ?

QUESTION : Si cet isolement se poursuit via 2023, où en sera ce programme d’instruction en matière de Droits Inaliénables préparé à Washington pour le peuple mal dégrossi de la Cuba ? Où en sera le discours de la "société civile cubaine émergente", qui est, à ce qu’il semble, plutôt une future association orwellienne des communautés annexionnistes ? Où trouve-t-on l’exemple, le guide, la lumière humanitaire que tout maître de l’humanisme devrait présenter à son élève ? Où est l’autorité morale et éthique, qui tirerait de l’analphabétisme spirituel et intellectuel notre pauvre peuple, tant analphabète et dépourvu de traditions et de héros ? Est-ce que ce futur enseignement a juste confiance en la puissance de Maître Argent ? Sans aucun doute, c’est un puissant chevalier. Mais tous ne sont pas fascinés, et d’ailleurs, demandez-le à Ana Belén Montes, qui a préféré la souffrance dans la poursuite de ses idées antimilitaristes, au confort bourgeois qui lui était déjà assuré ...

Je termine sur ceci : un simple « non » du Bureau des Prisons suffira, et jusqu’en 2023 Ana restera isolée. Mais à sa sortie l’attendra un collectif humain fraternel de proportions imprévisibles ; une société civile cubaine multiforme et énergique bien fortifiée ; une gauche mondiale encouragée et renforcée par l’exemple admirable de résistance de cette combattante solitaire ; un programme de la Maison Blanche visant à enseigner les Droits de l’Homme à la Cuba, plutôt disqualifié ; un pays puissant qui aspire à servir d’exemple suprême, très discrédité ...

Et une femme qui, malgré toute la haine à son encontre est entrée dans l’histoire pour toujours comme un puissant symbole.

Je demande donc à nouveau : Qui va gagner et qui va perdre, VRAIMENT, dans la bataille pour Ana Belén Montes ?

Eh bien, je vote pour Ana et tous ceux qui la défendent. Quant aux autres, soutenir cette violation entêtée des Droits inaliénables de l’humanité signifie un suicide moral aux conséquences incalculables et sinistres.

Par Douglas Gaínza Calvo, coordinateur du Comité cubain pour un traitement humain d’Ana Belén Montes.
Publié en espagnol sur rebelion
Traduit Par Maurice Lecomte

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Notes :

[1] Moshe Lewin. Le siècle soviétique. Qu’est-ce qui est réellement arrivé en Union soviétique ? Barcelone, Critique 2006.



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