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Le journal de David Holzman

David Holzman n’existe pas. Devant la caméra, un acteur a endossé ce rôle et la réalisation assurée par Jim McBride, débutant là une carrière dont la visibilité sera réelle dans les années quatre-vingt. (...)

Histoire du cinéma nazi de Francis Courtade et Pierre Cadars

il n’est guère question d’oublier que le cinéma nazi a d’abord été nazi. Les auteurs précisent la différence entre "cinéma de divertissement" et "films de propagande" plus ou moins directs "où l’idéologie (...)

M le Maudit : entretien avec Fritz Lang & Peter Lorre - 1932

Il faut avant tout faire du cinéma. On ne parle pas tout le temps, dans la vie, mais on ne dose pas non plus avec méthode les périodes de silence ou d’éloquence... On ne fait pas un vacarme (...)

La puissance du krump

Ces corps ne sont pas des slogans mais dansent jusqu’au bout des doigts. Il y a de l’exorcisme dans ces gestes de la fulgurance, pour sortir le corps de la cage des (...)

Conseils en manif - septembre 2017

Prenons nos précautions quand on sort pour une manif, une action, ou autre. Face à la police, face à la justice... réduisons les risques ! Quelques conseils...

La révolution des images (1830-1914), par Benoît Peeters

8 conférences donné par Benoît Peeters où il analyse les mutations fondamentales qu’ont connues les images entre 1830 et 1914, en devenant reproductibles et séquentielles, puis (...)

Entretien avec Alfred Hitchcock

La raison pour laquelle je me suis, disons, spécialisé dans le suspense est une raison strictement commerciale. Le public attend de moi un certain type d’histoire et je ne veux pas le (...)

Une leçon de journalisme, par Jean-Luc Godard

Mais quelle information ? Quelle information quand le « speaker » qui n’en serait pas un ne dispose d’aucune information vérifiée ?

Je m’appelle James Baldwin - enregistrement de radio France Culture

En 1987, Jean Daive avait rencontré James Baldwin pour une série de cinq entretiens, enregistrés pour "Les chemins de la connaissance" sous le titre "Je m’appelle James (...)

Le Mexique insurgé de John Reed

Récit pour le moins pittoresque d’un journaliste indépendant américain dans le Mexique révolutionnaire.

Comment « Le Monde » invente la « répression » au Venezuela

L’image archétypale du manifestant matraqué par un garde national est gagnante d’avance lorsqu’on est privé d’accès au hors-champ de l’image.

La propagande au ralenti

Un outil d’analyse de la propagande. Dans une logique de réflexion critique sur les médias, il s’agit ici d’interroger son impact sur nos représentations et notre perception du monde. Qu’est-ce que la (...)

De la diffusion du documentaire : Ronnie Ramirez

L’idée, c’est surtout de questionner le rôle de la télévision comme génératrice de liens sociaux. Il s’agit de relier à nouveau entre eux toute une série de réseaux qui ne se croisent pas nécessairement et (...)

La place du journaliste, par Jean-Louis Comolli

Bien-sûr que les exploités et les opprimés ont des choses à dire politiquement et qui ont plus de poids que d’autres paroles dites par d’autres.

Calcutta et Satyajit Ray

Charles Tesson, maître de conférences, revient sur le rapport du réalisateur Satyajit Ray à sa ville natale Calcutta.


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Arte diffuse : Lénine, une autre histoire de la révolution russe

« Lénine, une autre histoire de la révolution russe »

Arte vient de publier un documentaire sur Lénine [1], centré sur l’histoire de la révolution de 1917 en Russie. Disons-le tout net : si c’est une « autre histoire », en tout cas elle a beaucoup de points communs avec la même vieille rengaine de l’opinion dominante : le-tyran-Lénine-assoiffé-de-pouvoir-fait-un-coup-d’Etat-et-instaure-sa-dictature.

Un mépris pour l’histoire du marxisme russe

Premièrement, il faut relever un certain nombre d’affirmations factuellement fausses :

• A propos de la scission des sociaux-démocrates russes (marxistes) entre menchéviks et bolchéviks (en 1903), il est dit que « Lénine provoque la scission de son parti ». Or le parti social-démocrate n’est pas « le parti de Lénine » à ce moment-là. Il a participé à sa fondation avec toute la rédaction du journal Iskra, avec des dirigeants qui deviendront menchéviks (Martov, Plékhanov…).

• Pour expliquer la scission, le documentaire ne s’embarrasse pas de nuance : les bolchéviks sont ceux pour qui « une avant-garde du prolétariat doit prendre le pouvoir ». Une réécriture caricaturale et anachronique de l’histoire, sachant que la scission de 1903 s’est faite sur un seul point des statuts, à propos des conditions d’adhésion au parti (plus ou moins exigeantes vis-à-vis des militants issus de l’intelligentsia). Non seulement menchéviks et bolchéviks, en tant que marxistes, étaient convaincus qu’une révolution est un changement réalisé par les masses, mais en plus à cette époque-là, tous-tes étaient convaincu-e-s que ce ne serait pas le « prolétariat » qui prendrait le pouvoir dans la révolution à venir.

• Le premier dirigeant du soviet, Nicolas Tchkhéidzé, n’était pas un socialiste-révolutionnaire (SR) mais un menchévik.

Ces éléments sur lesquels le documentaire passe très vite peuvent sembler anecdotiques ou secondaires, mais cela montre la légèreté avec laquelle le sujet est traité. Comment pourrait-on accorder du crédit aux jugements lapidaires portés sur Lénine (« celui qui a passé toute sa vie à exclure et à diviser » comme il est dit à la fin) de la part d’un film qui montre clairement son ignorance des forces en présence, des idées qu’elles défendent, etc. ?

Les libéraux et les socialistes modérés avec le beau rôle

Le film est largement écrit du point de vue du menchévik Nicolas Soukhanov, sans réellement donner d’éléments qui permettent de juger de son rôle. On nous dit qu’il a aidé au rapprochement du Soviet et de la Douma. C’est un peu plus que cela.

Contrairement à la façon dont les choses sont présentées, les députés libéraux de la Douma n’étaient pas des candidats enthousiastes pour prendre le pouvoir. De nombreux témoignages montrent qu’ils étaient terrorisés par la foule, et par d’éventuelles représailles du tsar. Quant aux ouvriers et soldats, ils votaient exclusivement pour des partis socialistes au Soviet, et n’avaient spontanément aucune sympathie pour la Douma. Le respectable Soukhanov pense que « le pouvoir qui vient remplacer le tsarisme ne doit être que bourgeois » et fait tout pour assurer aux libéraux de la Douma le soutien du Soviet, alors qu’en réalité, il fait lui-même un constat très net :

« Le peuple n’était nullement porté vers la Douma, il ne s’intéressait pas à elle et ne songeait pas du tout à faire d’elle – à titre politique ou technique – le centre du mouvement. » [2]

Cela ne sera pas dit dans le documentaire. Cela change nettement la perception donnée aux téléspectateur-trices : au lieu de montrer qu’il y a eu un effort des socialistes réformistes pour canaliser le mouvement vers la Douma (ces domestiques de l’ancien régime), celle-ci est présentée implicitement comme le débouché naturel de l’insurrection.

Et naturellement, en contrepartie, les bolchéviks sont présentés comme des fanatiques qui ne savent pas se contenter d’une « démocratisation » de la Russie voulue par le peuple.

Kerensky (un socialiste hors partis) prend ensuite de l’ampleur dans le gouvernement provisoire, qu’il contribue à légitimer. Il ne fait pas de doute qu’il était initialement populaire, étant perçu comme le plus légitime représentant de la révolution parmi les autres ministres, tous des bourgeois libéraux. Mais peut-être aurait-il été utile de montrer son hypocrisie, lui qui avant la révolution ne la souhaitait pas, « de crainte de voir le mouvement des masses, une fois déclenché, tomber dans des courants d’extrême-gauche et créer ainsi de très grandes difficultés dans la conduite de la guerre. » [3]

Les thèses d’Avril, ou le retour du gourou ?

Au lendemain de la révolution de Février, les bolchéviks présents en Russie ont une politique peu différente de celles des menchéviks. Pour eux la bourgeoisie a vocation à diriger, suivant un schéma dit marxiste, et il faut donc soutenir le gouvernement provisoire.

Lorsque Lénine rentre en Russie début avril, il affirme son radical désaccord, ce qui est présenté par le documentaire comme de l’intransigeance et du dogmatisme. En réalité Lénine s’éloigne au contraire du dogmatisme (qui servait à cette époque aux socialistes à justifier leur manque d’initiative), et se rapproche de la position anti-dogmatique que Trotsky défendait déjà (la « révolution permanente », partant de la révolution démocratique pour déboucher sur une révolution socialiste).

Sa pensée évolue rapidement en prise avec les événements. Il affirme qu’il « faut savoir compléter et corriger les vieilles formules », mettant au centre le pouvoir aux soviets, liés plus organiquement aux masses ouvrières et paysannes, un pouvoir d’un type nouveau, « du même type que la Commune de Paris de 1871 ».

Le documentaire ne s’intéresse absolument pas à cette analyse développée dans les thèses d’Avril. Il va jusqu’à dire que Lénine défend « tout le pouvoir aux soviets » seulement après avoir l’avoir entendu dans des manifestations d’avril…

Le documentaire déforme par ailleurs complètement la réalité interne du parti bolchévik, et se contredit lui-même. A plusieurs reprises il est dit que « Lénine ordonne ceci ou cela », alors qu’il n’avait aucun pouvoir « d’ordonner ». Le documentaire reconnaît ensuite que le comité central du parti le met en minorité (refusant ses thèses d’Avril). La voix off croit alors faire de l’esprit en commentant : « Comme avant garde disciplinée on a vu mieux ». Visiblement, les documentaristes n’ont pas pris la peine de lire ce que voulait dire le « centralisme démocratique » pour les bolchéviks : une unité dans l’action mais aussi une totale liberté de discussion.

En outre, le documentaire ne cesse de répéter que Lénine est « ballotté » par les événements, ne comprend rien, est un monomaniaque de l’insurrection. Il le fait même passer pour un fou, en s’appuyant sur sa femme qui s’inquiéterait pour sa « santé mentale ». Pourtant, la dynamique de la révolution (que le documentaire est bien obligé de retracer) montre au contraire que Lénine a su analyser très vite les situations, réviser ses jugements, faire rapidement des propositions alors que bon nombre de dirigeants socialistes étaient enfermés dans leur dogmatisme. En fin de compte, Lénine aura été beaucoup moins ballotté qu’un Kérensky, obligé de faire piteusement appel aux forces des bolchéviks (après les avoir réprimés), contre le général Kornilov qu’il avait lui-même nommé...

Radicalisation et dictature

En juin, le gouvernement provisoire cherche déjà à désarmer les milices ouvrières bolchéviques qui prennent de l’ampleur. Le parti pris du documentaire n’est pas tellement caché, lorsque la voix off dit carrément « ce serait plutôt de bon sens »…

Très peu d’explications sont données sur la politique menée par le gouvernement provisoire, et sur les raisons de l’essor des bolchéviks. On a tout au plus l’impression qu’il s’agit d’une regrettable « radicalisation », déraisonnable, sous l’effet de la situation sociale compliquée par la guerre. Aucun élément n’est donné pour faire comprendre à quel point cette guerre était odieuse (mais après tout la Russie était dans le camp de la France…). Mais surtout, aucune réelle attention n’est portée sur ce qui se passait dans les usines de Pétrograd (où les ouvriers ont arraché les 8 heures de travail par jour, ce que le gouvernement refusait d’acter dans la loi), ou dans les campagnes (où le gouvernement provisoire laissait intacte la grande propriété des nobles et la grande misère des paysans sans terre).

Bref, ce n’est pas une histoire du point de vue de la réalité vécue par les masses populaires. De ce point de vue non plus, ce n’est pas « une autre histoire de la révolution russe », c’est le prisme habituel.

Il faut pourtant dire que les bolchéviks ont soutenu les paysans pauvres dans les campagnes, ont instauré le contrôle ouvrier dans les usines, et ont tout fait pour signer la paix au plus vite. Sinon on ne peut comprendre le soutien qu’ils ont eu, à travers une guerre civile impitoyable imposée par les possédants et leurs soutiens occidentaux.

Cela, le documentaire ne le dira pas. Il prétend qu’au lendemain de l’insurrection d’Octobre, les bolchéviks se retrouvent seuls au Congrès des Soviets. On ne nous dira donc pas que le parti socialiste-révolutionnaire scissionne, et que son aile gauche forme une majorité avec les bolchéviks.

Nous n’aurons que quelques phrases en guise de conclusion : très vite la dictature s’installe, point. Si nous pouvons et devons porter un certain nombre de critiques sur la politique de Lénine au pouvoir, ce n’est certainement pas pour y opposer un « démocrate » Kérensky. Celui-là même qui gouvernait pour la noblesse contre les paysan-nes pauvres, pour les patrons contre les ouvriers/ères.

Au final, on apprendra peut-être quelques anecdotes sur le soir de l’insurrection d’Octobre, comme la galère des révolutionnaires pour allumer une lanterne en haut de la forteresse Pierre-et-Paul, mais ce n’est pas ce documentaire qui éclairera la lanterne de celles et ceux qui veulent comprendre mieux les grands événements de 1917.

Julien Varlin, 7 mars 2017, militant anti-capitaliste
Source de l’article : tendance claire

[1] 95 min. Réalisé en 2015 par Cédric Tourbe (Producteur délégué, Réalisateur, Scénariste) et écrit par David Coujard (un ancien de la Femis, Producteur chez Agat films & Cie

[2] https://www.marxists.org/francais/t...

[3] Témoignage de Vladimir Stankévitch, cité par Trotsky dans Histoire de la révolution russe



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