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Vivre avec Alzheimer : Quelle place pour l’aidant-proche ?

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17 novembre 2018

Projection-débat : L’audit, enquête sur la dette grecque

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17 novembre 2018

Atelier de déconstruction des mots : démasquons les mots qui mentent !

14h-16h La Maison du Livre. 28 rue de Rome, 1060 Bruxelles

19 novembre 2018

Contre la visite de Macron

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23 novembre 2018

J’peux pas, j’ai crypto party !

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24 novembre 2018

Déconnexion générale !

13h30 > 23h. La Maison du Livre, rue de Rome 24-28 - 1060 (...)

24 novembre 2018

Débat : Intox, censure. Comment on fabrique l’opinion

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24 novembre 2018

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15h30 - 18h Botanique, Rue Royale, 236, 1210 Région de (...)


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Artistes espagnols contre la censure : qu’ils nous mettent tous en prison !

Les artistes espagnols, Iván Ferreiro, León Benavente, Rayden, Nega et Juancho Marqués, nous partagent quelques réflexions sur cette semaine noire pour la liberté d’expression en Espagne.
Cette semaine, c’est le point de l’involution : comment chanter sans chanter, comment peindre sans peindre, comment écrire sans écrire … comment penser sans penser ?

L’oeuvre photographique Presos políticos (Prisonniers Politiques), de Santiago Sierra, fût retirée de l’exposition à la foire des arts ARCOmadrid 2018 ; le livre Fariña, de Nacho Carretero, retirée de la vente suite à une mesure judiciaire, le rappeur Valtonyc, condamné à trois ans et demi de prison.

Mais, qu’est-ce qui passe en Espagne ? "Ben… ce qui se passe depuis un bon moment", soupire Iván Ferreiro au téléphone. "Il y avait déjà eue une censure avec Manuel Fraga, président de la Junte de Galice à propos du naufrage du pétrolier Prestige. De quoi parle-t-on, de quoi nous étonnons-nous ? En Galice tu ne pouvais pas mentionner le Prestige, si tu le citais tu n’étais pas publié. Nous vivons dans un pays séquestré. En Galice, par exemple, tous les médias vivent de la publicité de la Junte et donc aucun journal ne te dira rien. Nous héritons cette situation depuis beaucoup trop de temps".

Ferreiro, l’un des auteurs les plus prolifiques et respectés de l’Espagne, dit que de toutes les nouvelles de cette semaine, la plus importante est celle de Valtonyc avec sa condamnation à prison ferme : "Ce qui s’est passé à ARCO m’importe moins car ce que vont acheter ou vendre les riches m’importe peu, c’est leur putain de problème. Ce qui est une honte, c’est qu’on puisse aller en prison pour avoir chanté. C’est que si je te raconte maintenant la même chose, je finis en taule. Comme je ne connais pas la loi, je ne sais pas ce qui est possible de se dire ou pas".

Ferreiro avoue que le rappeur "disait des conneries dans ses chansons" et même s’il n’est pas d’accord avec ses textes, il rappelle que çà, c’est une "autre question". Comment affectent-elles, toutes ces nouvelles, dans le processus créateur d’un artiste ? "J’avoue qu’elles me donnent envie de dire encore plus de conneries. Nous sommes comme les enfants, du moins, je fonctionne ainsi. Si tu me dis qu’il ne faut pas faire quelque chose, je vais essayer de le faire quand-même. Le plus grave de tout, il me semble, c’est la question d’injurier le roi. Je considère que nous avons tous le droit de l’injurier autant que nous voulons. Le roi naît avec des droits que je n’ai pas, et aussi avec des obligations : son obligation est d’écouter ce que nous avons à dire, même si c’est des âneries".

La liberté d’expression à deux poids deux mesures.

"Que je sache, aucune monarchie démocratique au monde ne met des gens en prison. Je ne pense pas que les Sex Pistols sont allés en prison [en allusion à God Save the Queen, la chanson dans laquelle ils traitaient la reine de fasciste]. On leur a interdit de jouer sur le sol britannique de 1977 à 1978. Chez nous, notre roi nous nie et la liberté d’expression n’est pas garantie".

Il a composé Ciudadano A, une chanson qui était toute une déclaration d’intention. "Cette chanson ne vieillit pas, curieusement. C’est dramatique". Iván Ferreiro critique aussi "le stupide deux poids deux mesures : Ils condamnent un jeune rappeur ayant deux ou trois adeptes ou une transsexuelle qui écrit quelque chose sur le franquiste Carrero Blanco, mais les autres ne vont jamais en prison et ils insultent Dieu à tout va. Dans ce cas, Josep Pedrerol le journaliste sportif, devrait être en prison depuis longtemps, c’est une offense culturelle".

Y avait-il plus de liberté dans les années quatre-vingts, que maintenant ? "On dirait que oui, mais non. Combien d’émissions ont-ils censurés à Wyoming, l’humoriste et présentateur télé ? Quand il voulait faire un programme sur le roi, on le fermait. Il semblait qu’il y avait plus de liberté parce que nous sortions à peine du franquisme pur et dur, mais en Espagne la censure a toujours existé. Dans notre pays, nous n’avons jamais pu parler ouvertement ni sur le roi, ni sur son économie. D’où sort-t-il tellement d’argent, avec qui fait-il des affaires ? J’aimerais le savoir". Il croit que la forme de combattre cette situation est de "dire tout ce que nous voulons et qu’ils nous mettent tous en prison". "Contre les régimes autoritaires il faut faire ainsi : si tout à coup il y a 300.000 marionnettistes qui montrent des photos offensantes du roi, il y aura 300.000 procès … Ce sera mieux ainsi, car les procès prendront du retard".

Pénaliser des idées

Abraham, du groupe de rock León Benavente, croit que "si tu mets quelqu’un en prison par ce qu’il écrit, qu’il soit le meilleur ou le pire, avec de l’ironie ou pas… tu attaque la liberté d’expression" : "ils pénalisent des idées, et les idées sont la base principale de n’importe quelle expression artistique. Ces jours, j’écris de nouvelles chansons pour León Benavente, je me suis demandé si je devait écrire certaines choses ou non. C’est un symptôme". Il dit qu’aujourd’hui, "une chanson de The Smith leur apporterait des problèmes, et en Espagne une émission comme La edad de oro serait politiquement incorrect et générerait beaucoup de controverse".

Que doit faire l’industrie culturelle pour manifester sa non-conformité ? "Ce que nous pouvons faire est de ne pas se taire, cela est fondamental. Ensuite chacun aura sa forme de l’exprimer et de le partager. Les réseaux sociaux nous aident : il faut dire que nous ne pouvons pas consentir à ce que l’on condamne une personne pour ses idées, et non pour ses actes et ses faits. L’Histoire nous a déjà montré que ce n’est pas le chemin".

Rayden soutient pour sa part que cette situation est "le reflet d’un gouvernement affaibli et dont le sort ne dépend plus qu’à un fil" : "je ne sais pas ce qui en sortira ou ce qui va passer ces prochaines semaines pour qu’ils essaient de porter le foyer à d’autres endroits... Avec des actions si brutales et ridicules comme celle-ci, le gouvernement se convertit en agence de promotion d’artistes… ils nous donnent plus de pouvoir. Eux, dépourvus de pouvoir, avec ce type de choses, ils nous fortifient et nous amènent à continuer à créer, à être des anticonformistes, à construire et à dénoncer ce que nous considérons nécessaire".

Il explique que son style est plutôt de « mettre des gants », parce qu’il a compris que "tu peux faire plus de dégât en soignant chaque mot" : "À partir des accusations contre mes livres : Insurgencia et Hásel, j’ai relu mes écrits. Je constate qu’au début, je suis cru dans l’écriture. J’ai aussi eu des discours comme ’il fuit du vil ministre et de tant de corruption, ils coupent dans l’éducation, mais ne touchent pas au roi sénile", il se souvient. "Personne ne m’a rien dit. Tu vois d’autres artistes qui font du storytellling avec Aznar et personne ne dit rien. Mais, je ne sais pas pourquoi ils se défoulent contre ces jeunes qui n’ont pas beaucoup d’empreinte. Ils ne font que leur donner plus de pub".


Presos políticos (Prisonniers Politiques), de Santiago Sierra

Une séquestration de la culture

Rayden croit que "la culture est séquestrée en Espagne" : "Tandis que, des gens comme Inda, Alfonso Rojo ou Álvaro Ojeda, qui abîment le tissu social de l’Espagne en fortifiant la xénophobie, le machisme ou les différences sociales avec des messages très bêtes… Ils ont toutes les caméras pointés sur eux, impunément. C’est le monde à l’envers. Vont-ils maintenant mettre en prison le réalisateur de V de Vendetta ? Et Tarantino ? Et tous ces films dans lesquels on voit des extraterrestres faire exploser la Maison Blanche ? Ce sont juste des réalités alternatives qui montrent un anticonformisme, comme Valtonyc dans ses chansons", il insiste." Quand la musique est optative dans l’éducation ces choses ont lieu, que l’un reste dans la littéralité et non dans l’arrière-plan, chose importante dans l’art : les paroles des chansons de Valtonyc, bien qu’elles soient d’un mauvais goût, reflètent de la peur. Et disent ’pourvu que la peur change de camp’, rien de plus. Mais plusieurs écoutent seulement ce qui les intéresse".

L’artiste Juancho Marqués ne s’étonne pas non plus : "C’est depuis longtemps déjà, que l’on réprime les artistes… Dans mon village, à Aranjuez, plusieurs de mes collègues l’ont déjà subie : des rappeurs n’ayant pas pu chanter car on les a censurés. Moi non, peut-être parce que je n’ai pas été si polémique ou n’ai pas eu de paroles excessivement politiques. Oui elles sont politiques, mais pas si directes comme celles de Valtonyc", il s’explique. "Il y a deux types de censure : l’une, plus direct ou agressive, celle qui t’amène en prison de manière très disproportionnée. Mais il y a la deuxième qui est celle de considérer les rappeurs comme des artistes de deuxième zone. Nous n’existons pas à la radio et dans les grandes plates-formes. La musique urbaine a très peu de soutien et nous avons appris à faire tout tout seuls : nous sommes nos propres community managers, nous faisons nos chansons, nos musiques, notre marketing”.

Marqués croit qu’au fond "l’art a une capacité de changement et d’idéologie, déjà Platon le disait dans son époque" et cela dérange le pouvoir. "Dans ce pays, rien n’a changé, ce sont les mêmes chiens avec des laisses différentes depuis que Franco est mort dans son lit. Les mêmes continuent à gouverner, avec les mêmes idées traditionnelles, toujours réticentes au changement…". Le musicien soutient que le cas de Valtonyc "ne va pas en rester là, parce qu’au plus de censure il y a, plus les gens vont répondre" : "nous ne comprenons pas comment un rappeur peut aller trois ans et demi en prison pour avoir fait des chansons et un grand-père abusant de sa petite-fille voit sa peine s’abaisser parce qu’elle dormait… quelle est le juste milieu de la justice espagnole ? C’est surréaliste, incongru. C’est une caricature".

Nega, de Riot Propaganda (ex-Chikos del Maiz), pense que "nous vivons une involution sauvage en ce qui concerne nos droits et nous rapproche plus à des pays comme la Turquie (ou à une Espagne en noir et blanc) qu’à l’Union Européenne" : "C’est une sauvagerie ce qui se passe, et le pire de tout est qu’on l’assume et qu’on la normalise avec une facilité étonnante". Cela oui, l’industrie culturelle ne va pas rester les bras croisés. "Nous nous organisons depuis différents collectifs et personnes, afin de donner une réponse. Le cas de Valtonyc a dépassé toutes les limites. On y travaille".

25 février 2018 / Kaos en la red / traduit par ZIN TV


Presos políticos (Prisonniers Politiques), de Santiago Sierra



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