17 décembre 2017

Festival Film d’Education

du 14 au 17/12 - petit théatre Mercelis, rue Mercelis 13 - 1050 (...)

18 décembre 2017

Afro-féminisme, au-delà du label

18h Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles

19 décembre 2017

Mobilisation contre la pension à points

10h30 Boulevard du Roi Albert II, 1000 Bruxelles

19 décembre 2017

De Lumumba à Rwagasore, assassinat politico-coloniaux

18h Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles

20 décembre 2017

Cinéma Belge, cinéma colonial. Masterclass de Monique Phoba

18h Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles

21 décembre 2017

Projection film : Juste la fin du monde

14h Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles

21 décembre 2017

Jeudi du Marxisme - Classe, genre et race : comment lutter ?

19h30 Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles

7 janvier 2018

Le tigre de papier

17h30 Le Space. Rue de la Clé 26, 1000 Bruxelles

11 janvier 2018

Procès LuxLeaks : nouvelle étape du marathon judiciaire

Le jugement de cassation sera prononcé le 11 janvier pour Antoine (...)

12 janvier 2018

Projection du film Awka Liwen avec Mariano Aiello

18h30 Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1030 Bruxelles


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Chasse aux sorcières au XXIe siècle

Alors que le pays se préoccupe des jeunes « radicalisés » qui partent en Syrie, les musulmans les plus “constructifs” sont dans le collimateur.

Une tribune de Rachida Aziz (créatrice de mode, Bruxelles) dans De Standaard, 14 mars 2015 en réaction au dossier de Le Vif-L’Express, 5 mars 2015.

En 1692, une hystérie de masse s’empara de la ville américaine de Salem. Des centaines de personnes furent emprisonnées. Treize femmes et sept hommes reconnus coupable de sorcellerie furent exécutés, dont une gamine de quatre ans qui s’était accusée pour rester auprès de sa mère emprisonnée. Page sombre de l’histoire des Etats-Unis, cocktail sanglant à base de superstition et de manipulation sur fond de contradictions sociales explosives.

On ne chasse plus les sorcières en Europe, mais le même cocktail y cause d’autres dommages. Ainsi, l’hebdomadaire belge francophone Le Vif-L’Express nous explique « Comment les Frères musulmans ont pris la Belgique en otage » et s’infiltrent dans notre démocratie pour la détruire.

Car les Frères musulmans – un mouvement politico-religieux sunnite né en Egypte en 1928 – sont parmi nous. Mais, de façon particulièrement perverse, ils ont rasé leurs longues barbes et s’habillent désormais à l’européenne pour passer inaperçus. Imberbes et élégants, ils n’en sont pas moins tout aussi dangereux. Si vous rencontrez à Bruxelles un musulman actif qui s’habille comme tout le monde, méfiez-vous. C’est la preuve de sa duplicité. CQFD.

J’ai parcouru la liste des noms épinglés dans les articles. Je les connais presque tous et les estime. Ainsi, Wahiba, une des femmes « démasquée » par Le Vif a même été interviewée dans ce journal comme une des représentantes de la mode les plus « tendance » à Bruxelles. Touafik a été consultant de mon entreprise. Il m’a aidé à réaliser mon businessplan. Son professionnalisme et sa disponibilité m’ont toujours impressionné. J’admire son engagement en faveur des jeunes en difficulté à travers Déclic, le salon de Bruxelles qui cherche à offrir des perspectives aux jeunes et aux étudiants. Il y a quelques mois, j’étais invitée dans les studios d’Arabel, cette station de radio qui serait l’un des canaux de propagande des Frères musulmans en Belgique, pour participer à une discussion avec cinq jeunes et le présentateur Zaki sur l’importance du féminisme. Le Vif - L’Express a même repris Yasmine Kherbache sur la liste des suspects. Celle qui fut nommée en fonction de son propre mérite cheffe de cabinet du Premier ministre Di Rupo se retrouve épinglée pour avoir remis en cause l’interdiction du foulard. Bref, autant de preuves que ces personnes “prennent la Belgique en otage”…

Qu’ont-elles de commun ? Ceci : toutes ces personnes ont une attitude critique et revendiquent une place dans cette société. Elles en sont capables. Elles dirigent des entreprises, ont un doctorat en poche, font leur chemin en politique, savent comment jouer des médias. Lorsque, dans les années 50, Charlie Chaplin a été accusé de sympathies communistes, il s’est défendu ainsi : “I believe in liberty. That’s all my politics”. Tous les « accusés » dans Le Vif- L’Express pourraient dire la même chose. Moi de même, en ajoutant ceci : je crois en l’égalité des droits. Ces jeunes professionnels ont dû travailler plus que d’autres pour arriver là où ils sont. Et maintenant qu’ils ont peu ou prou réussi, ils travaillent pour une société plus juste qui puisse offrir des chances à tou-te-s. Quelle ironie : alors que le pays se préoccupe des jeunes « radicalisés » qui partent en Syrie, ce sont les musulmans les plus « constructifs » qui sont dans le collimateur.

Le propre de la chasse aux sorcières, c’est qu’il est impossible de se défendre de telles allégations. Les accusées étaient jetées à l’eau en imperméable. Si elles se noyaient, c’était la preuve de leur innocence. Si elles flottaient, de leur culpabilité.

En tant que musulman-e, quoi que vous fassiez, et surtout si vous vous habillez « moderne », vous êtes toujours suspects. Si vous vous investissez activement dans la société, vous aggravez votre cas. Même les non-musulmans qui défendent les droits des musulmans sont dangereux. Ainsi, le think tank Tayush est aussi pointé. Il s’agit d’un groupe d’intellectuels composé de juifs, de musulmans, d’agnostiques et d’athées, mais qui prennent position ensemble contre l’islamophobie et le racisme.

Cette moderne chasse aux sorcières n’est pas aussi sanglante qu’à Salem. Mais elle fait pourtant des victimes. Charlie Chaplin était amer d’avoir été expulsé des États-Unis, un pays auquel il avait tant donné. Même moi, je ne suis pas à l’abri de la paranoïa. Je ne connaissais pas personnellement l’un des « accusés » du Vif –L’Express et me suis surprise à poser immédiatement des questions à son sujet. Pourtant, j’ai moi-même été accusée de « taqqiya » [dissimulation, par l’hebdomadaire Joods actueel l’année dernière. NDLR], une pratique dont je n’avais encore jamais entendu parler, qui permettrait aux Chiites de cacher leur foi s’ils se sentent menacés. Mais depuis que, à travers mon patronyme, on me relie automatiquement à l’islam, et étant donné que je n’accepte pas que les musulmans soient traités différemment des autres personnes, la preuve est faite : je dois être secrètement une extrémiste musulmane. L’accusation de « taqqiya » fonctionne comme un imperméable moderne. Vous arrivez à surnager malgré la discrimination et les inégalités sociales ? C’est une raison suffisante pour faire de vous un-e- suspect-e.

Rachida Aziz (créatrice de mode, Bruxelles)
Traduction : Henri Goldman
Source de l’article : le blog de Tayush



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