20 octobre 2017

Manif : Liberté pour Georges Abdallah !

17h30 Boulevard du Régent 42, 1000 Bruxelles

20 octobre 2017

Brasil Balada Mix

20h Rue des Goujons 152 - 1070 Anderlecht

23 octobre 2017

Conspirateurs et Révolutionnaires. Rubino et les autres

18h30 Garcia Lorca. Rue de Foulons 47-49 Bruxelles

24 octobre 2017

Manifestation contre le blocus contre Cuba

17h30 Vieux marché aux grains 1000 Bruxelles

25 octobre 2017

STOP aux violences envers les femmes

14h Gare Bruxelles Nord. 1030 Bruxelles

26 octobre 2017

Projection film : Hidden Figures

14h Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles

26 octobre 2017

Conférence d’Amzat Boukari sur Thomas Sankara + concert

18h Local Sacco Vanzetti. 54 chaussée de Forest, 1060 (...)

27 octobre 2017

Débat : Quel média pour Bruxelles ?

18h Maison des Cultures Molenbeek. Rue Mommaerts 4, 1080 (...)

2 novembre 2017

2, 3 et 4 novembre. Espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe

16h Grande Salle de la Maison du Peuple. Parvis de Saint-Gilles, (...)

3 novembre 2017

3 et 4 novembre. Espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe

09h Grande Salle de la Maison du Peuple de Saint-Gilles, Parvis (...)


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Dossier du Venezuela post échec électoral

Paysage avant la bataille

Avec l’élection de deux tiers de députés de droite vient de se répéter le scénario médiatique qui accompagna la défaite électorale des sandinistes au Nicaragua en 1990. Le pays semble rentrer dans l’ordre néo-libéral, on reconnaît que la « dictature » est une démocratie, on félicite les perdants pour leur reconnaissance immédiate des résultats.

Mais pourquoi Caracas, au lendemain du scrutin, était-elle si triste ? Pourquoi une telle victoire n’a-t-elle déclenché la moindre liesse dans le métro, dans les rues ? Comment comprendre la mobilisation de collectifs populaires, ou que les syndicats se déclarent en « état d’urgence », alors qu’il y a trois jours une partie de même cette base populaire ne s’est pas mobilisée en faveur des députés bolivariens ?

Dès l’élection de Chavez en décembre 1998, nombre d’institutions révolutionnaires se sont peuplées du « chiripero » – surnom donné à la masse d’employé(e) qui troquèrent en 24 heures la casquette du populisme des années 90 pour une chemise rouge (alors que souvent les révolutionnaires authentiques étaient écartés). L’angoissante guerre économique a rendu insupportables la corruption et la surdité de ce secteur de fonctionnaires face à l’exigence d’une protection forte, d’un État plus efficace, plus participatif, travaillant à écouter les citoyen(ne)s.

Parallèlement, le « changement » promis par la droite a été interprété comme la fin de la guerre économique : les rayons des magasins se rempliraient de nouveau, les files disparaîtraient avec le retour du secteur privé au pouvoir. Or les leaders de l’opposition ont d’ores et déjà annoncé qu’il ne sera pas possible de régler le « problème économique » à court terme et que la priorité sera d’appliquer un programme visant à « modifier » les lois et acquis sociaux. Fedecámaras, organisation des commerçants et des chefs d’entreprises du secteur privé, demande à l’assemblée nationale d’annuler la Loi du Travail [1].

En ligne de mire : les hausses de salaire, la protection des travailleurs contre les licenciements, les conditions trop favorables des congés de maternité, la réduction de la durée du travail, les samedis libres, le paiement des heures sup, les bons d’alimentation. Les syndicats annoncent déjà des mobilisations de rue, réclament la nationalisation de la banque. Menacée et traitée de « cloaque » par le leader de l’opposition Ramos Allup, la chaîne parlementaire ANTV vient d’être remise intégralement à ses travailleurs par le gouvernement, et le président Maduro décrètera une loi pour protéger les travailleurs du service public, en étendant l’interdiction de licenciement de 2016 à 2018.

Assemblée populaire en cours à Caracas

La droite – elle ne s’en cache pas – veut revenir sur la plupart des acquis de la révolution (loi de contrôle des prix, loi des semences anti-OGM, loi de la réforme agraire, de protection des locataires, éducation gratuite, santé gratuite, construction de logements publics, pensions…), organiser avec les États-Unis la privatisation du pétrole et des autres ressources du pays, annuler les accords de coopération énergétique avec les pays plus pauvres des Caraïbes et de tout autre accord qui défie la vision unipolaire de Washington (PetroCaribe, ALBA, etc..), etc…

Elle annonce aussi une « amnistie » pour les militants et le leader de “l’Aube Dorée” locale Leopoldo Lopez, organisateurs de violences meurtrières – celles de 2013 ont fait 43 morts, la plupart dans le camp bolivarien, et six membres des forces de l’ordre tués par balles. Ce sont eux que les médias internationaux appellent des “prisonniers d’opinion” au motif qu’ils appartiennent à l’extrême droite. Pour réaliser tout cela au plus vite, la droite cherchera, dans les mois qui viennent, à destituer le président bolivarien par un coup parlementaire comme celui subi par Fernando Lugo au Paraguay.

Faire la révolution n’est pas simple.

On voit la difficulté de construire une révolution socialiste sans démocratiser la propriété des médias, sans s’émanciper de cette prison culturelle de consommation massive, d’invisibilisation du travail, de fragmentation du monde, de passivité du spectateur. Le récent « rapport sur l’imaginaire et la consommation culturelle des vénézuéliens » réalisé par le ministère de la culture est en ce sens une excellente analyse politique. Il montre que la télévision reste le média préféré et que la majorité associe le Venezuela à l’image de Venevision ou Televen : « jolis paysages/jolies femmes ».

Comment mettre en place une production communale à grande échelle, sans la corréler avec un imaginaire nouveau où la terre n’est plus la périphérie de la ville mais le centre et la source de la vie, de la souveraineté alimentaire ? Comment transformer des médias en espaces d’articulation et d’action populaire, de critique, de participation, si le paradigme anglo-saxon de la communication sociale (« vendre un message à un client-cible ») reste la norme ?

En conclusion

Une immense bataille commence, et deux issues sont possibles : soit un repli du camp bolivarien, avec répression des résistances sociales (l’histoire répressive [2] et les liens de la droite vénézuélienne avec le paramilitarisme colombien et la CIA sont bien documentés [3]), vague de privatisations, retour à l’exploitation et à la misère des années 90, et silence des médias internationaux – comme lors du retour des néo-libéraux au Nicaragua de 1990 à 2006.

Soit les politiques de la droite serviront de fouet à la remobilisation populaire que Nicolas Maduro a appelée de ses vœux en provoquant la démission du gouvernement et en organisant une réunion avec les mouvements sociaux et le Parti Socialiste Uni (PSUV). Malgré l’usure de 16 ans de pouvoir et ces deux dernières années de guerre économique, la révolution bolivarienne conserve un socle remarquable de 42 % des suffrages. Même si les deux tiers des sièges parlementaires donnent à la droite une grande marge d’action, le chavisme dispose pour l’heure du gouvernement et de la présidence, de la majorité des régions et des mairies, et de l’appui d’un réseau citoyen – conseils communaux, communes, mouvements sociaux. Si le président réussit à repartir rapidement sur des bases nouvelles, sans diluer ses décisions dans une négociation interne entre groupes de pouvoir, si toutes ces énergies de transformation se reconnectent et agissent en profondeur, la leçon aura été salutaire.

Thierry Deronne, Caracas, 9 décembre 2015
Source de l’article : venezuela infos

Le mouvement populaire rencontre le président Maduro (juché sur le camion d’une radio associative) aux abords du palais présidentiel, Caracas, 9 décembre 2015


Venezuela : la contre-révolution remporte les élections

Écrit par Jorge Martin. Cet article date du 7 décembre, alors que seuls des résultats partiels étaient connus. Depuis, les résultats définitifs donnent 112 sièges à la réaction et 55 au PSUV. La réaction a donc gagné plus des 2/3 des sièges – ce qui, d’après la Constitution, lui donne encore plus de pouvoir.

Tard dans la nuit du 6 décembre, le Conseil National Electoral vénézuélien a annoncé les résultats provisoires – mais significatifs – des élections législatives. Les partis d’opposition regroupés dans le MUD, c’est-à-dire la contre-révolution, ont remporté 99 sièges. Le parti bolivarien, le PSUV, en a remporté 46. On attend encore les résultats définitifs pour les 22 sièges restants. C’est une défaite sérieuse. Nous devons en analyser les causes et en expliquer les conséquences les plus probables.

Premièrement, il faut souligner qu’il n’y a pas eu d’émeutes dans les rues, ni de dénonciations des résultats, ni d’accusations de « fraude » par les médias internationaux. Chaque fois que la révolution bolivarienne remportait une élection (et elle en a beaucoup gagné en 17 ans), on était submergé dans une campagne de mensonges et de désinformation : « le Venezuela est une dictature », « il n’y a pas de liberté d’expression », « le régime est autoritaire ». Voilà le refrain habituel de CNN, FoxNews et de journaux tels qu’ABC et El País, en Espagne. Elle est bien étrange cette « dictature » qui sévit lorsque les partis de droite perdent les élections, mais qui disparait par magie, comme le chat de Schrödinger, dès que les forces révolutionnaires sont battues.

Le taux de participation était élevé : 74,25 % des 19 millions d’électeurs. C’est 8 points de plus que lors de l’élection législative de 2010, mais 6 de moins qu’à la présidentielle de 2013 (80 %). La mobilisation électorale a débuté très tôt, le matin, dans les quartiers pauvres et ouvriers des grandes villes. Mais elle a été encore plus forte chez les électeurs de l’opposition. De longues files d’attente s’étendaient devant les bureaux de vote. Le Conseil National Electoral a dû repousser à 19 heures la fermeture des bureaux de vote (au lieu de 18 heures). Mais de nombreux bureaux sont encore restés ouverts une ou plusieurs heures supplémentaires, pour que tous les électeurs puissent voter. Il est vraiment scandaleux que les principaux dirigeants de l’opposition « démocratique » aient protesté contre cette décision et exigé la fermeture immédiate des bureaux de vote.

Si nous comparons les résultats provisoires à ceux des législatives de 2010, nous remarquons qu’en général le volume de voix pour les partis de la révolution se maintient. Mais le nombre de voix de l’opposition, par contre, a fortement augmenté. Cela semble indiquer que la participation accrue à ce scrutin et l’afflux des nouveaux électeurs ont surtout bénéficié à la droite. Si on fait la comparaison avec l’élection présidentielle de 2013, on constate que le PSUV a perdu près de 2 millions de voix. A l’inverse, l’opposition progresse de 360 000 voix [4].

Chavistes / Opposition
2010 Parlement 5.423.324 / 5.320.364
2013 Presidence 7.587.532 / 7.363.264
2015 Parlement 6.082.000 / 7.500.000

Si le vote reste très polarisé selon des divisions de classe, il est évident que l’opposition a réussi à pénétrer dans les bastions révolutionnaires. Bien qu’un quartier ouvrier comme celui d’Antinamo, dans l’ouest de la capitale Caracas, reste fortement « chaviste » (37 000 voix, soit 55 % pour le PSUV, contre 27 000 voix, soit 40 %, pour le MUD), il l’est moins qu’en 2010 (39 000 voix, soit 68 % pour le PSUV, contre 15 000 voix, soit 27 % pour le MUD). Le MUD a même progressé dans ce quartier depuis la présidentielle de 2013 (21 000 voix). Les quartiers des classes moyennes et supérieures, comme celui de Baruta dans l’est de Caracas, restent solidement contre-révolutionnaires (31 000 voix, soit 85 % pour le MUD et 4600 voix, soit 12 % pour le PSUV). Mais ce résultat est quasiment identique à celui de 2010 (30 000 voix ou 85 % pour le MUD et 4600 voix pour le PSUV, soit 13 %).

L’opposition a même réussi l’exploit de gagner dans le quartier révolutionnaire emblématique du « 23 de Enero », sur le haut des collines de Caracas. Certes, l’écart est très faible. En 2010, le PSUV y obtenait 29 000 voix et l’opposition 16 000 (avec un taux de participation de 70 %). Aujourd’hui, les voix pour le PSUV se sont réduites à 25 017, donnant la majorité à l’opposition qui obtient 25 140 voix (avec un taux de participation de 77 %).

Quelles sont les raisons principales de cette défaite ?

Avant les élections, nous avons publié une analyse de cette situation particulièrement compliquée pour la révolution bolivarienne. Il y a un certain nombre de facteurs à ne pas sous-estimer : la campagne médiatique contre la révolution, l’interférence et le harcèlement impérialiste (directement via les Etats-Unis et indirectement par la Colombie, la Guyane, le nouveau président argentin Macri, l’OAS, etc.), le sabotage de l’économie, l’insécurité et la criminalité croissantes. Néanmoins, on ne peut pas dire que ces facteurs ont été décisifs. Ils étaient déjà présents lors des précédents scrutins – et n’avaient pas empêché le PSUV de les remporter.

Il y a un certain nombre de nouveaux problèmes – et d’autres qui ont empiré – sur le terrain économique. La chute du prix du pétrole, en particulier, a fortement réduit la marge de manœuvre du gouvernement, limitant l’argent disponible pour financer ses politiques sociales et sa capacité à importer de la nourriture pour approvisionner un marché intérieur étranglé par la rébellion des entreprises contre le contrôle des prix.

Hyperinflation, pénurie croissante des produits de base, racket, marché noir : tout ceci a joué un rôle clé. Maduro a mentionné ces éléments dans le discours où il accepte les résultats des élections. Il déclare : « On peut dire que la guerre économique l’a emporté ». Ce n’est qu’une partie de l’explication. Par le passé, les masses révolutionnaires ont résisté à la guerre économique de la classe capitaliste, particulièrement lors du lock-out patronal et du sabotage de l’industrie pétrolière, entre décembre 2002 et février 2003. Qu’est-ce qui a changé, depuis ?

Les facteurs cités plus haut se sont combinés au sentiment que les dirigeants bolivariens étaient soit incapables de régler ces problèmes avec fermeté, soit réticents à le faire. Il ne suffit pas de dénoncer constamment Grupo Polar et son propriétaire Mendoza pour le rôle qu’ils jouent dans la pénurie de produits de base. C’est parfaitement vrai et une large section des masses en est bien consciente. Le problème est que ces dénonciations ne sont pas suivies d’action concrète. Il y a eu sans cesse des menaces d’exproprier le Grupo Polar. Le premier mai 2015, les travailleurs en lutte de Polar étaient au premier rang de la marche bolivarienne. Mais rien ne s’est passé. Les menaces sont restées des menaces.

En plus de cette inaction, le bureaucratisme et la corruption ont atteint des niveaux sans précédent, engendrant démoralisation, scepticisme et même cynisme dans de larges couches des masses bolivariennes et de ses éléments les plus actifs. Dans les usines nationalisées, les travailleurs ont essayé d’introduire le contrôle et l’administration ouvriers, à différents degrés, mais ils ont été battus par la bureaucratie. En conséquence, ces entreprises sont gangrénées par la mauvaise gestion et une corruption flagrante. Ceci renforce l’argument de l’opposition capitaliste, qui dit que les nationalisations ne peuvent pas marcher. Pire : cela démoralise les militants de la classe ouvrière qui se luttent pour le contrôle ouvrier.

Il y aura ceux qui blâmeront les masses et leur « faible niveau de conscience ». Ces voix se font déjà entendre : « La révolution leur a donné l’éducation, un système de santé, des logements – et maintenant ils votent pour l’opposition. » C’est l’argument des réformistes et des bureaucrates. Mais il est complètement faux et n’explique rien.

La masse des pauvres et des travailleurs a montré à de nombreuses reprises son instinct révolutionnaire, son esprit de sacrifice et sa loyauté à l’égard du projet bolivarien. Ce sont les masses qui ont balayé le coup d’Etat de 2002, les grèves patronales de 2002-03, les « guarimbas » de 2004 et le référendum révocatoire. Ce sont les masses qui ont répondu par millions à l’appel de Chavez pour créer le PSUV et lutter pour le socialisme.

Le problème est que chaque fois qu’elles ont fait des progrès dans leur effort pour arracher le pouvoir à la classe dirigeante — qu’elles ont créé des conseils de travailleurs socialistes dans les institutions d’Etat, qu’elles ont occupé les usines et y ont introduit le contrôle ouvrier, qu’elles ont exproprié des terres, qu’elles ont créé des communes socialistes dans des quartiers – elles ont été chaque fois bloquées et repoussées par la bureaucratie. De fait, la bureaucratie est la cinquième colonne du capitalisme au sein du mouvement bolivarien.

Donnons trois exemples récents. « Industrias Diana » est une usine qui produit de l’huile et de la margarine. Elle a été expropriée en 2008 par Chavez et a fonctionné depuis sous le contrôle des travailleurs. En 2013, le ministre de l’Alimentation Osorio a décidé d’imposer un nouveau directeur sans consulter les travailleurs et contre leur volonté. Les travailleurs ont résisté et insisté sur le fait qu’ils avaient leur mot à dire. L’affrontement s’est transformé en un conflit sur la question du contrôle ouvrier. Finalement, après des mois de luttes, les travailleurs ont réussi à préserver leur contrôle et le nouveau directeur fut retiré.

Un affrontement similaire s’est développé à « Fama de America », une usine de café qui a été expropriée en 2010 grâce à la mobilisation des travailleurs. Actuellement, il y a un conflit à propos du licenciement, par la direction de l’usine, d’un des militants ouvriers de l’usine. Les ouvriers pensent que ce licenciement est une attaque politique contre l’organisation des travailleurs.

Lors d’un autre incident, des centaines de travailleurs ont été licenciés de l’ancien ministère de l’Environnement quand il a été fusionné avec un autre et réorganisé. Les travailleurs se sont battus pour leurs droits, mais n’ont pas été entendus par les autorités.

Ce ne sont que quelques exemples qui peuvent être reproduits à tous les niveaux. C’est dans ce contexte que les belles paroles sur la « révolution » et le socialisme deviennent des mots creux. Comme nous l’avions dit avant l’élection : « il y a un réel danger que l’opposition obtienne un bon résultat lors des élections parlementaires, raflant une majorité de voix et peut-être même une majorité de sièges. […] Si cela se confirme, ce ne sera pas la faute des masses bolivariennes, mais celle de leurs dirigeants réformistes, qui ont tout fait pour éviter l’expropriation de la classe capitaliste et ont préféré en appeler au “bon sens” des capitalistes individuels, ou bien ont eu recours à des mesures administratives pour tenter de réguler le marché capitaliste. »

Quel avenir ?

Il est clair que la contre-révolution se servira des positions qu’elle a gagnées à l’Assemblée nationale pour engager une offensive implacable contre les conquêtes de la révolution (et il y en a de nombreuses et d’importantes). Les députés de droite tenteront de régler les problèmes économiques du Venezuela en faisant payer les travailleurs, en abrogeant le contrôle des prix, en faisant des coupes dans les dépenses sociales, en dévaluant la monnaie, etc.

Par-dessus tout, ils se serviront de leur victoire pour lancer un assaut contre le pouvoir des institutions qui restent entre les mains du mouvement bolivarien, et particulièrement en provoquant un référendum révocatoire du Président. Ils feront voter une loi d’amnistie pour libérer de prison tous les militants et politiciens contre-révolutionnaires qui avaient pris part aux émeutes de 2014, qui avaient causé la mort de 43 personnes.

Dans un premier temps, la défaite portera un coup dur aux militants révolutionnaires. Pendant de nombreuses années, le mouvement a connu victoire après victoire. Cependant, une fois que la poussière sera retombée, il y aura un débat politique intense pour comprendre les causes de la défaite. Comme lors de la révolution espagnole, quand l’écrasement du soulèvement d’octobre 1934 a mené à une radicalisation extrême des organisations socialistes (à commencer par la Jeunesse Socialiste), la défaite vénézuélienne finira par renforcer l’aile la plus radicale et révolutionnaire du chavisme.

En même temps, il y aura une pression droitière accrue sur l’aile réformiste et bureaucratique du mouvement. Certains sont déjà en train de parler du besoin de « dialogue » et de « compromis ». Certains officiels de haut rang, corrompus, sont déjà en train de se préparer à changer de camp pour défendre leurs privilèges et leurs butins. Cela nettoiera le mouvement bolivarien.

Les masses vénézuéliennes n’abandonneront pas facilement les conquêtes de la dernière décennie. Nous verrons à quel rythme la réaction tentera de démanteler les programmes sociaux majeurs, d’expulser les médecins cubains de la mission Barrio Adentro, d’abroger les programmes d’éducation, de mener une purge politique dans l’Etat, etc. Ils se sentent désormais confiants et cette confiance pourrait les conduire à prendre des risques. N’importe quelle provocation majeure pourrait provoquer une contre-offensive des masses bolivariennes, qui ont été battues sur le plan électoral, mais qui n’ont pas été écrasées.

Sur ce nouveau terrain de lutte, il faudra retenir la principale leçon de ces élections : le temps où le réformisme semblait fonctionner, où il permettait de réaliser de grands programmes sociaux sans fondamentalement exproprier l’oligarchie, ce temps est révolu. La révolution bolivarienne ne peut se remettre de ce coup qu’en adoptant un programme socialiste clair, en mettant en pratique l’héritage du Président Hugo Chavez qui, dans son discours du « Coup de gouvernail » (Golpe de Timón), a souligné les deux principales tâches de la révolution : construire une économie socialiste et détruire l’Etat bourgeois.

Une lutte idéologique est indispensable. Un programme révolutionnaire et socialiste clair est nécessaire pour que le mouvement bolivarien se relève.

Source de l’article : revolution


Le point de vue de Christophe Ventura
Victoire de l’opposition vénézuélienne aux élections : et maintenant ?

L’opposition vénézuélienne a remporté les élections législatives pour la première fois en seize ans. Est-ce une surprise ? Comment expliquer ce tournant ?

L’opposition remporte une nette victoire dans le contexte d’une forte participation. C’est effectivement une première depuis les débuts de la Révolution bolivarienne. A cette heure, la Table pour l’unité démocratique (MUD) gagne 107 sièges sur les 167 à pourvoir. Le chavisme en obtient, lui, 55. En fait, ces résultats concernent 165 sièges. Il en reste 2 qui ne sont pas encore attribués. Le Conseil national électoral (CNE) finalise les décomptes. Dans ce total de 167, trois sièges sont attribués à des représentants des peuples indigènes. Ils rejoindront la nouvelle majorité.

La coalition de droite s’assure donc pour le moment une majorité qualifiée des 3/5e, fixée à 100 sièges. Avec 111, elle obtiendrait la majorité qualifiée des 2/3 qui lui permettrait de disposer de tous les pouvoirs possibles à l’Assemblée. Les résultats s’inscrivent de fait dans la tendance haute de ce qu’on pouvait observer ces dernières semaines. Ce n’est donc pas à proprement parler une surprise. Ce qui est remarquable, c’est la qualité démocratique du Venezuela, pays pourtant souvent mis à mal par les médias internationaux et les formations proches de l’opposition, qui ont en général assez facilement tendance à condamner le pays pour ses soi-disant dérives autoritaires. On a en réalité assisté à un modèle de journée civique et démocratique : 75% de participation au vote, un contexte de tranquillité totale, une reconnaissance immédiate des résultats de la part de Nicolas Maduro qui a reconnu sa défaite et remercié l’ensemble des Vénézuéliens pour la bonne tenue des élections. Pourtant, les médias internationaux – dont les nôtres – annonçaient, eux, le pire : campagnes de fraudes élaborées par le gouvernement, pressions et violences politiques, etc. Une nouvelle fois, il se confirme qu’il existe une distorsion problématique dans le traitement médiatique et idéologique de ce pays. En réalité, le problème le plus préoccupant venait au final de l’opposition qui avait refusé, avant l’élection, de s’engager à reconnaître les résultats, quels qu’ils soient. Cet engagement était pourtant une exigence de la délégation de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) présente sur place. Le message de la MUD était clair : « Nous reconnaîtrons les résultats si nous gagnons, pas si nous perdons ».

Désormais commence une nouvelle étape et une question est posée à la MUD, coalition d’organisations très diverses dont le programme commun s’est essentiellement résumé jusqu’ici à son rejet du gouvernement et de la Révolution bolivarienne. Que va-t-elle faire de cette victoire maintenant qu’elle est majoritaire dans cette Assemblée qui siègera du 5 janvier 2016 à janvier 2021 ? Va-t-elle privilégier la guérilla politique et juridique contre Nicolas Maduro et son gouvernement ? Chercher à l’empêcher de gouverner et de terminer son mandat ? Va-t-elle proposer des solutions concrètes aux problèmes économiques et sociaux des Vénézuéliens ? Si oui, lesquelles ? Va-t-elle conserver son unité ? Autre interrogation : le chavisme va-t-il être capable de se régénérer après cette défaite qui, à mon sens, exprime en premier lieu une sanction populaire contre la situation économique et sociale, les phénomènes de corruption et d’insécurité, etc., davantage qu’une adhésion au projet de l’opposition dont on peine à dessiner les contours.

En quoi l’expérience de la cohabitation sera-t-elle un défi pour la démocratie vénézuélienne ? Va-t-on vers une recomposition des forces politiques avec l’instauration d’un contrepoids ou bien vers une paralysie politique à travers la limitation des pouvoirs du Parlement ?

C’est assez difficile à dire car c’est la première fois depuis 1998 que la droite remporte une élection majeure. C’est un précédent. Cette forme de cohabitation n’est pas à confondre avec celle à la française, le régime politique n’ayant rien à voir. Le modèle vénézuélien est de type présidentialiste, proche du modèle américain, c’est-à-dire avec des pouvoirs assez forts du côté du gouvernement et du président. Ce dernier a toute latitude pour conserver et nommer son gouvernement, sans passer par l’Assemblée nationale. Avec une majorité simple (ou dite « absolue ») de 84 député(e)s, la nouvelle majorité a, elle, le pouvoir, par exemple, d’approuver le budget de l’Etat ou celui des dépenses de la Banque centrale, de discuter et d’approuver tout projet de loi fiscale et de crédit public. Elle a également la possibilité de mettre en place des commissions d’enquête. Elle autorise aussi, selon la Constitution, « la nomination du procureur général de la République et des chefs de missions diplomatiques permanentes ». Avec une majorité de 100 députés (majorité des 3/5e) – il lui manque un siège pour le moment –, elle peut entre autres approuver – ou pas – les lois habilitantes (ordonnances présidentielles) et voter des motions de censure contre le vice-président et les ministres. Avec 111 députés, elle dispose d’une majorité qualifiée des 2/3 et peut alors voter l’organisation d’une assemblée constituante, un projet de réforme constitutionnelle, un projet de loi organique (ou de modification des existantes). Ces initiatives sont ensuite soumises à référendum. Avec une telle majorité, la MUD peut également élire et révoquer des magistrats du Tribunal suprême de justice, du Conseil national électoral, soumettre des projets de lois à référendum populaire.

On sait que le premier projet de la MUD est de proposer une loi d’amnistie et de réconciliation pour obtenir la libération de M. Léopold Lopez, condamné à 13 ans de prison pour incitation à la violence à l’encontre du gouvernement. La Constitution donne en effet à l’Assemblée le droit de « décréter des amnisties ». Les Vénézuéliens cherchent des solutions concrètes à la crise économique et à la gestion du modèle de développement du pays. Ce message est envoyé à la fois à l’opposition et au gouvernement. Ce sont sur ces thèmes que l’on verra dans le temps se dessiner le nouveau rapport de forces entre l’Assemblée et le gouvernement. Et se préciser la crédibilité des acteurs.

Certains affirment que la défaite du chavisme fait écho aux élections présidentielles argentines du mois de novembre. Partagez-vous ce point de vue ?

Oui, en partie. Aujourd’hui, les trois pays les plus affectés par l’importante crise économique et financière en Amérique latine sont l’Argentine, le Brésil et le Venezuela, où on assiste à des situations de récessions lourdes ou de croissance faible. Ces pays sont moteurs dans l’animation de la vie politique et géopolitique latino-américaine (notamment pour ce qui concerne l’intégration régionale). La victoire de M. Macri en Argentine est un signal qui montre qu’il y a un reflux des forces progressistes latino-américaines ou, plus précisément, de l’hégémonie de la gauche sur cette partie du continent. Cela étant, ce n’est pas la fin brutale d’un cycle qui verrait l’arrivée triomphale des oppositions de centre-droit et de droite, le processus étant plus complexe. En Argentine, M. Macri a gagné sans être plébiscité et de nombreux pouvoirs restent à l’ancienne majorité. Au Venezuela, il y a une alternance partielle dont on peut penser qu’elle débouchera sur une séquence d’instabilité politique plus forte si la polarisation de la société se confirme. Au Brésil, il y a une crise qui impacte tous les acteurs du système politique d’opposition et de majorité qui subissent un discrédit chaque jour plus grandissant. De ce point de vue, il n’y a pas véritablement d’homogénéité sur la nature de ce reflux incontestable mais complexe.

Source de l’article : iris france



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