12 décembre 2017

Contre-sommet pour la justice migratoire

9h>20h De Markten. Rue du Vieux Marché aux Grains 5, 1000 (...)

12 décembre 2017

Notre pension est un droit, pas une tombola

18h Haute école Erasmus, rue des Six Jetons 70, 1000 Bruxelles

12 décembre 2017

Fraude et évasion fiscale : que font les pouvoirs publics ?

19h30 L’Horloge du Sud. Rue du Trône 141, 1050 Bruxelles

13 décembre 2017

Manifestation euro-africaine

17h Arts-Loi > Rond-Point Schuman 1000 Bruxelles

15 décembre 2017

Journée internationale des migrants

18h Espace Ninove, Chaussée de Ninove 82 - 1080 Bruxelles

15 décembre 2017

Anniversaire du Local Sacco-Vanzetti

19h Sacco-Vanzetti. 54 Chaussée de Forest, 1060 Bruxelles

17 décembre 2017

Festival Film d’Education

du 14 au 17/12 - petit théatre Mercelis, rue Mercelis 13 - 1050 (...)

18 décembre 2017

Afro-féminisme, au-delà du label

18h Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles

19 décembre 2017

Mobilisation contre la pension à points

10h30 Boulevard du Roi Albert II, 1000 Bruxelles

19 décembre 2017

De Lumumba à Rwagasore, assassinat politico-coloniaux

18h Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles


Accueil du site > FR > Articles > Analyses

"Idéologie" n’est pas un gros mot ! Par Hugues Lepaige

Guerre idéologique

« On dit qu’il faut travailler plus longtemps ? Qui a dit le contraire ? [1] : cette interrogation - qui porte en elle la réponse- de la cheffe de l’opposition PS en dit plus qu’un long discours. La question du temps de travail, du moins celle de son allongement, ne sera pas discutée. A l’image de ce non-débat, le PS, comme l’ensemble des partis traditionnels, ne mettent pas en doute le dogme libéral. On peut discuter méthode, rythme ou modalités de l’allongement du temps de travail mais le principe en est sacro-saint : il fait partie de cette vulgate néo-libérale (comme les « charges »(les cotisations) patronales, la flexibilité, le statut des chômeurs et bien entendu l’ « austérité » - rebaptisée ou non « rigueur ») imposée par un rouleau compresseur idéologique qui œuvre depuis près de quatre décennies. Le résultat n’a jamais été aussi flagrant : les éditorialistes les plus réputés comme les bonimenteurs médiatiques tiennent cette bible libérale comme indiscutable et toute critique, y compris parfois celle d’économistes traditionnels parmi les plus lucides, est rejetée sans débat. De Valls à Renzi, en passant par Di Rupo, la social-démocratie contemporaine a revêtu les habits du social-libéralisme. Certes, par son ancrage populaire et son verbe de gauche, chez nous, le PS donne le change. Mais il s’agit d’abord d’une posture et d’un repositionnement politique indispensable après trois décennies de participation au pouvoir. La politique du gouvernement Di Rupo n’était guère différente sur le fond de celle du gouvernement Michel. Certes, elle était moins violente et veillait à préserver les maigres restes du compromis social mais il s’agissait bien d’une différente de degrés, pas de nature. Il est d’ailleurs significatif que Di Rupo lui-même ait affirmé, qu’en matière budgétaire, « 70 % des politiques nouvelles (proposées par le gouvernement Michel) étaient en fait des politiques déjà décidées » sous son propre gouvernement. [2]

La violence antisociale de la nouvelle coalition de la droite radicale n’a sans doute pas de précédent dans l’histoire contemporaine depuis l’époque du thatchérisme triomphant : elle est l’aboutissement de la victoire idéologique de la droite libérale en Europe. [3] Son hégémonie culturelle et idéologique se traduit quotidiennement non seulement dans les mesures économiques et sociales mais aussi dans l’exaltation des valeurs individualistes au mépris de l’esprit collectif, dans la valorisation absolue de la compétition au détriment de la solidarité. Au plan mondial, la force de cette hégémonie s’est traduite par un paradoxe absolu : depuis 2008 le capitalisme financier a détruit des économies entières. Ce qui aurait dû être une crise mortelle s’est transformée en confirmation et même en consolidation du système.

On a beaucoup insisté, ces derniers jours, sur la portée communautaire de l’asphyxie budgétaire dans le domaine culturel. La mise à mal de la production et la création culturelle mais aussi de sa diffusion et de son partage traduit également une volonté idéologique. La création culturelle produit du lien social, elle interroge « l’autre », elle est la condition de l’esprit critique. En dehors des régimes totalitaires, seule une droite radicale aussi dominatrice et sûre d’elle-même peut oser attaquer aussi frontalement la culture.

Des mouvements de résistance et de reconquête sociale et culturelle émergeront, des premiers signes en témoignent. Mais, pour la gauche, le rapport de forces est défavorable. S’opposer à l’hégémonie idéologique de la droite est une chose, en renverser le cours en est une autre. Le combat sera de longue haleine. Devant le désarroi et le sentiment d’injustice, des manifestations de révolte et de rébellion pourront se produire. Mais quelles sont les forces qui pourront leur donner un horizon et une traduction politique ? Agir et réfléchir de concert, être dans la rue et construire une alternative qui ne soit pas une simple alternance : c’est le terrible défi auquel doivent faire face les gauches politiques, syndicales, culturelles et associatives. Leur rassemblement dans la résistance sera déjà un premier objectif dans ce qui est bien aujourd’hui une guerre idéologique.

Par Hugues Lepaige
journaliste-réalisateur, directeur de la revue Politique
Source de l’article : blog de Hugues Lepaige


"Idéologie" n’est pas un gros mot !

dans sa chronique du Soir, « Le grand retour de l’argument de l’idéologie », [4] Vincent de Coorbyter critique – justement- l’usage détourné ou vulgarisé du mot et du concept. Il fait remarquer que généralement cet « argument » sert à disqualifier l’adversaire, qu’il désigne toujours les idées des autres, qu’il suppose une idée sans auteur, de plus fixée dans le passé. De tout cela on peut convenir. Il ajoute qu’ « il est difficile de réfléchir aux phénomènes idéologiques sans revenir à Marx, qui attribuait le succès des idéologies aux rapports sociaux et aux intérêts catégoriels dont elles se font l’interprète ». Retour ou détour bienvenu.

Mais il faudrait encore davantage, me semble-t-il, revenir à Gramsci et à son concept « d’hégémonie ». Pour le dirigeant historique du Parti Communiste italien, la « phase hégémonique » désigne un moment historique ou une classe sociale occupe la fonction dirigeante de la société non seulement par sa domination économique et politique mais aussi culturelle. Pour Gramsci, l’hégémonie culturelle ou idéologique est même la condition de la direction politique : elle suppose le consentement actif de ceux qu’elle domine. En ce sens, qui est bien le sens originaire du concept, la domination idéologique n’a rien d’un « argument » adressé à un adversaire politique mais un état de fait ou un moment de conquête. L’idéologie est partie intégrante du politique. Et même ceux qui s’en défendent font de « l’idéologie » comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Il est vrai que depuis les années, le triomphe de la pensée néolibérale s’est construit sur la fiction de la « fin des idéologies ». Ce qui a permis à cette idéologie de s’imposer comme l’ordre naturel des choses. Ce que Gramsci appelait le « sens commun » dans la période de l’hégémonie du capitalisme. L’ « idéologie » est donc tout sauf un « gros mot » devant servir de repoussoir aux idées des autres. Le combat idéologique est légitime et se revendique : il est partie constituante de la démocratie. Et quand j’évoque donc la « guerre idéologique » que mène le gouvernement Michel [5] , il s’agit d’abord de prendre acte et conscience de la nature du combat en cours et donc de la manière de s’y opposer.

Par Hugues Lepaige
journaliste-réalisateur, directeur de la revue Politique
Source de l’article : blog du Hugues Lepaige

Photographies du collectif krasnyi

[1] Le Soir 25-26 octobre 2014

[2] Le Soir 17 octobre 2014

[3] Voir l’éditorial de Marc Jacquemain dans le prochain numéro de Politique

[4] http://jn.lesoir.be/?_ga=1.14734646...

[5] http://blogs.politique.eu.org/Guerr...



Suivre la vie du site fr    ?


Site réalisé avec SPIP