27 avril 2017

Et si notre civilisation était au bord de l’effondrement ?

12h ULB / Campus Solbosch. Av Franklin Roosevelt 50, 1050 (...)

27 avril 2017

Louise Tassin - Les politiques d’expulsion en pratique(s)

17h Espace 16 Arts. 16, rue Rossini, 1070 Bruxelles

27 avril 2017

Entre deux tours : bêtes et méchants

Cinéma Nova. Rue D’Arenberg 3, 1000 Bruxelles

28 avril 2017

Projection film : La Chambre vide de Jasna Krajonovic

12h30 Maison de la francité, 18 rue Joseph II à 1000 Bruxelles

28 avril 2017

Solidarité avec les prisonniers palestiniens

17h carrefour de l’Europe - 1000 Bruxelles (gare centrale)

28 avril 2017

Masse critique cycliste

18h Porte de Namur. 1050 Bruxelles

28 avril 2017

La chorale stemagnifique

20h15 UPJB. rue de la Victoire, 61 - 1060 Bruxelles

1er mai 2017

Manifestation : 1 mai de Lutte !

11h30 Carré de Moscou. Rue de Moscou, 1060 Bruxelles

1er mai 2017

Retrouvons-nous le 1er mai au stand de ZIN TV

13h Avenue Stalingrad 34 - 1000 Bruxelles

2 mai 2017

Francken Buiten ! Conférence VUB. Francken dégage !

19h15 VUB, Aula Q. Bd de la Plaine 2, 1050 Bruxelles


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L’amour au paléolithique, remarques autour de la Vénus de H. Fels

Hier Arte diffusait un docu-fiction raciste visant à faire croire que l’homme de Néandertal, qui vivait en Europe quand l’homme moderne est arrivé d’Afrique, était en fait supérieur à ce dernier. Notamment en faussant les résultats de la science pour lui attribuer Lascaux et le présenter comme l’enfant de l’homme moderne africain, donc un progrès par rapport à lui. Une entreprise sournoise, aussi basse que le "newspeak" d’Orwell, que je traduis par "newdire" car il ne s’agit pas seulement de changer le vocabulaire (novlangue) mais de faire mentir un discours, en l’occurrence scientifique. Cela dit, voici ma réflexion sur une très ancienne statuette et sur ce qu’elle peut nous dire quant à la naissance de la pensée en l’humain.

Les écrits restent. Les premiers livres de l’humanité furent écrits dans la pierre, l’os, la coquille. Depuis les âges de pierre, le paléolithique, les humains se sont parlé et nous parlent par les parois des grottes qu’ils ont ornées, par les constructions qu’ils y ont laissées (comme à Bruniquel), par tous les objets qu’ils ont façonnés, qui nous racontent leur vie pratique et nous donnent des indices sur leur vie psychique. Et comme les livres de littérature, les traces qu’ils ont laissées, inscrites dans le temps, ces traces, ces écritures premières, doivent être lues et relues pour livrer leur enseignement.

La Vénus de Höhle Fels a été trouvée en 2008 dans la Souabe par le professeur Nicholas Conard. Cette figurine de six centimètres de hauteur, sculptée dans l’ivoire d’une défense de mammouth et datée par son inventeur d’au moins 40 000 ans avant le présent, est la plus ancienne représentation humaine en trois dimensions connue à ce jour. Avant sa découverte, la plus ancienne "Vénus" préhistorique connue était la Vénus de Galgenberg, datant de 30 000 ans et très différente : elle est fine et sa posture passe pour évoquer celle d’une danseuse. D’autres Vénus préhistoriques, moins anciennes, présentent des traits anatomiques divers, souvent exagérés et très marqués.

Ce qui étonne à première vue la lectrice que je suis, dans la Vénus d’Höhle Fels, c’est la hauteur de ses seins. Ceux des autres Vénus paléolithiques tombent, conformément à la loi de la gravité. Bien qu’énormes, les siens tiennent en l’air. Quand cela se produit-il ? Soit quand la femme saute avec un élan assez puissant pour faire remonter sa poitrine un bref instant. Soit, de façon beaucoup plus courante, quand elle est couchée sur le dos. Il suffit de faire pivoter la photo de la statuette, de la voir allongée : aussitôt s’expliquent et la position de ses seins et le fait que ses fesses soient aplaties, contrairement à celles des figurines de Vénus préhistoriques debout, dont la courbure du fessier est aussi exagérée que celle de ses autres attributs sexuels.

Et si nous la regardons de face, ne la voyons-nous pas comme un homme penché sur elle la verrait ? Sa tête, ici remplacée par un anneau décentré, peut paraître petite, jetée en arrière sur le côté. Sa vulve attire toute l’attention de l’homme à ce moment-là : elle est énorme. S’il se tient entre ses genoux, ou à leur hauteur, il ne voit pas les jambes entières. Les traits gravés sur son ventre et à la taille dans son dos pourraient évoquer un tissage ou des cordelettes décoratives (ou peut-être simplement les plis de la peau d’un corps obèse).

Mais ce qui me paraît le plus intéressant, c’est qu’elle ait été figurée dans cette pose, couchée sur le dos. Nos lointains ancêtres aurignaciens, les premiers hommes modernes arrivés d’Afrique (à moins que la figurine ne soit l’œuvre de Néandertaliens, ce qui, en l’absence d’ossements sur le site, ne peut être vérifié), savaient donc faire l’amour face à face. La position dite du missionnaire ne doit rien aux missionnaires. Rebaptisons-la position de la Vénus d’Höhle Fels ? La scène de La Guerre du feu où Jean-Annaud montre une femme enseigner la position du missionnaire à un homme a une valeur à double tranchant, comme le nom donné à cette position, plutôt raciste – rappelant l’idéologie selon laquelle certains humains civilisent d’autres humains. Rien n’est moins certain. Voir cette figurine couchée, voir sa charge sexuelle, voir une aptitude au face à face de l’homme et de la femme assez pensée pour être transmise par l’art, rapproche de nous ces gens encore trop souvent vus comme des êtres hirsutes et en même temps leur confère une complexité garante d’une nécessaire distance respectueuse. Les lire leur rend leur réelle grandeur.

Il se pourrait aussi que cette sculpture soit l’œuvre d’une femme : dans ce cas on pourrait penser qu’elle s’est représentée comme elle se sent dans cette position, dans un certain abandon de la tête et un ressenti très fort dans les seins et le sexe. Qu’elle soit l’œuvre d’un homme ou une femme, c’est en tout cas ce que la sculpture manifeste fortement. Cet art ne cherche pas à copier la réalité matérielle, mais à exprimer le réel intérieur, le ressenti, le signifiant et le signifié, le pensé. L’art paléolithique écrit une pensée.

En contemplant la Vénus de Höhle Fels dans cette position, de profil, il finit par apparaître qu’elle peut aussi représenter un homme couché sur une femme, entre ses cuisses. Le profil de sa poitrine peut évoquer la tête de l’homme, ou ses épaules (ce qui ne serait pas possible si ses seins tombaient comme ceux des autres statuettes). Le ventre épaissi forme le corps, le dos de l’homme. Ce qui, de face, figure la fente de la vulve de la femme, dans la perspective où on envisage un homme sur elle, figure la fente des fesses de l’homme ; et les lèvres du sexe féminin esquissent les testicules de l’homme. Enfin, les bras de la femme entourent le corps de l’homme, dans un geste d’embrassement typique du coït.

Cette ambivalence à la fois manifestée et cachée dans la matière, dans le matériau de la sculpture, indique une philosophie. Dans la vision d’une figurine étudiée pour pouvoir être lue de façon différente selon la perspective, se confirme le fait que la subtilité mentale et artistique de ces gens dépasse de beaucoup ce que nous imaginons. Et comme l’indiqua aussi la très étonnante découverte faite dans la grotte de Bruniquel, la pensée humaine dans sa complexité et sa profondeur est certainement beaucoup plus ancienne que nous ne nous le figurons. Tout reste à lire.

Alina Reyes (blog)
bellaciao



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