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Autour de Jean Rouch. Les Maîtres fous.

Par ce passage inattendu du rituel au politique, l’Autre s’est infiltré dans notre culture même, la remettant en question avec un fracas grandissant.

Chris Marker : L’humour est la politesse du désespoir

Lorsque Chris Marker est mort en juillet 2012, à l’âge de 91 ans, c’est à son film La Jetée que l’on a pensé. Réalisé en 1962 à partir de photographies accompagnées d’un commentaire lu par Jean Négroni et (...)

Du document au récit... ou comment déjouer le piège de l’évidence

La sélection de l’expression d’un portrait en fonction de l’angle de l’article, souriant s’il est approbateur, soucieux s’il est critique, constitue le B.a.-ba de l’illustration (...)

Chris Marker et l’Amérique latine : cinéma militant et circulation des idées politiques

Marker établit souvent des parallèles entre ces processus et la situation politique de son propre pays, il s’en sert pour penser de possibles chemins vers le (...)

Chris Marker : un regard sur le Chili

Le réalisateur évoque son intérêt pour le Chili pendant le gouvernement de l’Unité populaire, ainsi que les films sur ce pays auxquels il a participé après le coup d’État de (...)

Mélancolie ouvrière : Mordillat critique les critiques !

Gérard Mordillat revient sur la réception « critique » de son film, diffusé en août 2018 par ARTE. « Cette abdication manifeste de tout sens critique est ravageuse dans la mesure où elle propage l’idée (...)

Extraits choisis du livre : Le Nazisme et la culture, de Lionel Richard

Goebbels insiste bien sur l’idée que la liberté en art n’est autre que celle d’obéir aux principes politiques. Ce qui signifie, en clair, que l’artiste doit se soumettre à l’État, qui est l’émanation de (...)

Pour une télévision qui permette au peuple de discuter avec le peuple

Entretien avec Thierry Deronne, cinéaste et universitaire belgo-vénézuélien

Repenser Plaisir visuel et cinéma narratif à l’ère des changements de technologie, par Laura Mulvey

Regarder des films hollywoodiens au ralenti renforce ces oppositions tout en les mettant à mal. La ligne narrative tend à s’affaiblir si le spectateur a la possibilité de contrôler son déroulement, (...)

Plaisir visuel et cinéma narratif, par Laura Mulvey

L’origine et la nature du plaisir pris par le spectateur au cinéma, ainsi que la manière dont la figure féminine, dans les films narratifs "classiques", est construite pour satisfaire les pulsions (...)

Et si on sécurisait nos échanges ?

Appels, SMS, réseaux sociaux... tous ces moyens d’échanges sont surveillés par les flics et pourtant nous sommes nombreux.ses à continuer de discuter de nos actions dessus. Si on changeait nos (...)

Quelques trucs indispensables pour limiter les informations que l’on disperse sur Internet

Il ne s’agit pas de se rendre invisible, anonyme sur Internet, mais de prendre quelques mesures, rapides et faciles, de réduire les informations livrées à des entreprises, à limiter son « profilage », (...)

Tzvetan Todorov – Face au mal, imiter ou refuser

Si on hait l’ennemi comme il vous hait, on ne fait que renforcer le mal dans le monde. L’un des pires effets de cette occupation, de cette guerre, c’est que les victimes des nazis commencent à (...)

« L’autre », des deux côtés. Entretien avec Jean-Louis Comolli

Aujourd’hui, la télévision remplace le zoo. On n’a plus besoin d’aller voir les vrais animaux.

Entretien avec Roman Polanski - 1963

Montrez les conflits résolus en toute justice, et tout le monde sortira satisfait et dira : « Tout va bien ». Montrez l’injustice et vous rendrez les gens (...)


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Le chaton, figure ironique de la censure

Vendredi 27, discussion de la mobilisation du chaton bruxelloise à L’instant M de Sonia Devillers (avec Anais Carayon), sur France Inter. En une vingtaine de minutes, pas mal de symptômes utiles d’une culture web toujours hétérogène.

L’objet du débat, c’est la diffusion les 22 et 23 novembre sur Twitter d’une avalanche de photos de chats, sous le hashtag #BrusselsLockdown, en réponse à la demande de discrétion de la part de la police, durant l’alerte qui affecte la capitale belge. Un sujet très largement commenté dès le soir du 22 novembre dans la plupart des médias.


"Internet, le pouvoir du chat" - L'Instant M par franceinter

Malgré cette surexposition, Sonia Devillers prend le parti de faire précéder la discussion du cas bruxellois d’une présentation du phénomène des lolcats – encore inconnu, expliquait-elle hors antenne, pour une majorité d’auditeurs de France-Inter (60 ans de moyenne d’âge).

Dans une émission consacrée aux médias, le cadrage dit l’essentiel. Un sujet maîtrisé est un sujet qui a fait l’objet d’une longue analyse collective, qui a permis d’en identifier les ressorts et d’en stabiliser les axes narratifs. Rien de tel vendredi, où l’on mélange allègrement la question animale, les usages de l’imagerie animalière, les lolcats et in fine le mème belge.

Dans sa chronique, Philippe Vandel produit un exemple typique d’approche normative. Deux cas récents sont analysés par le biais des réactions des internautes, décrites comme excessives. L’implicite est qu’il vaudrait mieux se préoccuper des humains que des animaux. L’émotion suscitée par les maltraitances animales est donc présentée sur un mode de panique morale, comme une affectation ridicule et une dérive (« une tendance lourde ») d’une société sans repères.

En matière culturelle, la force de la position normative continue de m’étonner (on peut se référer ici aux débats sur le selfie, qui ont exactement la même structure). Plutôt que de prendre en considération l’émergence d’un nouvel objet d’attention, la position normative consiste à en proposer une approche caricaturale, pour mieux inviter à rentrer dans le rang des formes culturelles établies.

L’histoire de la photographie de famille au cours du XXe siècle montre l’individualisation d’un nouvel acteur. La présence de plus en plus marquée de l’enfant traduit une évolution fondamentale de la perception de son rôle au sein de la structure familiale [1]. L’image documente cette reconnaissance de la manière la plus visible et la plus élémentaire.

Ce précédent m’a convaincu de longue date que la forte présence animale, qui frappe en effet dans les usages ordinaires en ligne, est la trace d’une évolution similaire. Ne pas voir que l’animal a acquis aujourd’hui un statut de personne à part entière, très éloigné de celui qui était le sien en 1950, me paraît d’une parfaite myopie.

Les images d’animaux sont utilisées à des fins très diverses. Mais la tradition de la satire animalière, illustrée depuis l’Antiquité par le genre des fables, devrait nous aider à repérer le vieux principe du commentaire détourné de la condition humaine, à travers une figure qui autorise sa dénonciation sur un mode humoristique.


Grandville, La Fontaine, Le chat et le rat.

William Hanna et Joseph Barbera, Tom & Jerry.

Les lolcats du blackout bruxellois offrent un exemple d’un grand classicisme de cette fonction. A condition bien sûr d’identifier le chaton comme une figure de la critique du web [2], un symbole de la futilité sinon de l’échec de la participation (voir “Les chats, les marmottes et les fins de la participation”). C’est sa citation au second degré, au titre d’icône de l’innocuité, dans le mème bruxellois, qui fait ici du chaton une figure ironique de la censure. Cette forme de résistance polie, mais néanmoins grinçante, aux contraintes de l’état d’alerte est la première manifestation populaire d’une critique de l’ambiance très « va-t-en guerre » de la séquence post-attentats.

Le traitement léger de cet épisode expressif illustre la constance du réflexe qui impose de regarder de haut la culture populaire – et en ce qui me concerne, être invité comme spécialiste des chats est une marque de distinction paradoxale, pas loin de la mise à l’index (voir “André Gunthert, ethnographe du LOL”). Ainsi, animaux et web marchent bel et bien sur la même route, à l’écart des sujets légitimes. Leur rencontre n’a pas fini de faire dresser le sourcil des autorités.

André Gunthert 29 novembre 2015
Source de l’article : blog d’André Gunthert


Notes :

[1Irène Jonas, “Portrait de famille au naturel. Les mutations de la photographie familiale”, Etudes photographiques, n° 22, septembre 2008.

[2Après être passé par un stade d’icône de la culture geek, voir Vincent Glad “Les chats ne sont pas les rois de l’Internet”, Culture Visuelle, 7 décembre 2011.



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