Formations

Captation multicaméra au festival des libertés 2019

14.10 > 27.10 // Cet atelier est idéal pour s’initier dans la pratique. Après une courte initiation au matériel et au dispositif multicaméra nous aurons l’occasion de capter les débats organisés dans (...)

La Permanence video des luttes sociales

Septembre > décembre 2019 // Suite à l’expérience cumulée et aux retours des participants, nous proposons cette année un espace d’atelier supplémentaire, hebdomadaire et (...)


24 octobre 2019

Débat : Solutions... démocratiques pour un désastre écologique ?

20h15 Théâtre National. Bd Émile Jacqmain 111-115. 1000 (...)

26 octobre 2019

Débat : Politiques sociales : chaos organisé ?

15h Théâtre National. Bd Émile Jacqmain 111-115, 1000 Bruxelles

26 octobre 2019

Débat : Luttes sociales hors cadre

18h Théâtre National. Bd Émile Jacqmain 111-115, 1000 Bruxelles

26 octobre 2019

Débat : L’ordre sans le pouvoir

20h45 Théâtre National. Bd Émile Jacqmain 111-115, 1000 (...)

27 octobre 2019

Marche blanche pour Mehdi

14h-18h Place De Brouckère 1000 Bruxelles

28 octobre 2019

Rassemblement pour la libération de Julian Assange

les lundis 14, 21 et 28 octobre de 17 à 19h sur la place de la (...)

29 octobre 2019

Communiquer avec les médias

18h Maison de la Paix. 35 rue van Elewyck, 1050 Bruxelles

4 novembre 2019

Médias et « sans-papiers »

19h > 21h // Cinéma Palace, Boulevard Anspach 85, 1000 Ville de (...)

5 novembre 2019

Filmer « sur » et « avec » les « sans-papiers »

19h > 21h // Cinéma Palace, Boulevard Anspach 85, 1000 Ville de (...)

7 novembre 2019

Procès de la Solidarité - Rassemblement

pin 7h45-11h Place Poelaert, 1000 Bruxelles, Belgique


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Le problème avec Johnny

Phénomène de saturation de l’ensemble des canaux médiatiques, la mort de Johnny présente la rare particularité d’avoir été anticipée par deux chansons (Eric la Blanche, La Mort à Johnny, 2006 ; les Fatals Picards, Le jour de la mort de Johnny, 2009), qui soulignent le caractère prévisible d’une exploitation opportuniste de l’émotion populaire, sous la forme d’un deuil collectif imposé à la nation toute entière.

Peu après le mouvement de dénonciation des violences faites aux femmes, qui a magistralement incarné la puissance de mobilisation du débat public, imposant à chacun de prendre parti dans un espace fortement polarisé par l’exercice de la controverse, le deuil médiatique, construit lui aussi par la multiplication des témoignages et des signes de la participation, illustre la dynamique opposée d’un consensus qui éteint toute polémique, comparable à la gestion de l’émotion collective après les attentats terroristes de 2015.

Dans le cas de Johnny, l’imposition d’une communion étendue à toute la nation pose pourtant problème. Car Johnny a été une vedette paradoxale, représentant précoce de l’adaptation française du vaste mouvement anglo-américain visant à incarner une culture alternative de la jeunesse par le biais des musiques populaires, qui culminera dans la contestation de la guerre du Vietnam en 1968-1969. Pays de forte tradition chansonnière, la France n’a jamais réussi à produire que de pâles copies de la légende pop-rock, et la carrière toute entière de Johnny, écartelée entre des références vestimentaires, musicales ou vocales made in USA et son insuccès dans l’univers anglophone, illustre jusqu’à la caricature le destin folklorique d’une imitation impulsée par le commerce.

Celui qui n’était plus depuis longtemps l’idole des jeunes, et qui n’avait plus qu’un rapport de façade avec le rock, depuis son retour dans le giron de la variété française, a également la particularité d’être nettement marqué à droite. Entre ses déclarations, ses amitiés affichées avec Chirac ou Giscard, ou encore son soutien à Nicolas Sarkozy en 2007, la prise de parti de la star, qui tranche avec l’héritage contre-culturel de la pop, fait de Johnny une personnalité clivante, comme le confirme un sondage récent selon lequel, si le chanteur n’est apprécié que par 25% des sympathisants de gauche, il totalise en revanche 58% d’adhésion des sympathisants de droite.

Un marquage que l’on retrouve dans l’éventail des hommages, et jusque dans la dénonciation par le journaliste conservateur Jean-Michel Aphatie du défaut de sensibilité du responsable de gauche Jean-Luc Mélenchon : « Sur Johnny Hallyday, Jean-Luc Mélenchon a dit : “Je n’ai rien à dire”. Comment un leader politique peut-il à ce point passer à côté d’une émotion collective, sincère d’un peuple que l’on prétend incarner ? Dans son cas, on peut parler d’une faute professionnelle ».

La circonstance du décès du chanteur rend évidemment inaudible une réception moins enthousiaste de la caricature vocale, expressive et scénique à quoi se limitait l’art de Johnny Hallyday, réduit à une série de stéréotypes figés du mâle alpha, magnifié par la théâtralité narcissique du spectacle pop. Le deuil impose la communauté de l’hommage. Bien anticipée dans la chanson d’Eric la Blanche (« il n’y a que les mauvais Français qui n’aiment pas Johnny »), l’injonction républicaine en forme de chantage à l’émotion ressemble comme deux gouttes d’eau à la communion forcée de l’après-Charlie. Dans un pays qui penche tellement à droite qu’on a pu lui faire croire que Macron était de gauche, l’imposition médiatique d’un deuil faussement consensuel et la métamorphose de Johnny en symbole national n’est finalement qu’un signe de plus de la longue glissade de la France sur la pente du conservatisme et de la réaction.

André Gunthert, 9 décembre 2017
L’image sociale



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