20 avril 2018

Café littéraire : Raconte-moi Sembene Ousmane

18h30 L’Horloge du Sud. Rue du Trône 141, 1050 Bruxelles

20 avril 2018

Mai 68 raconté par ses objets

19h L’architecte. place Flagey 19 - 1050 Bruxelles

21 avril 2018

Journée d’étude : afroféminismes et féminismes musulmans

9h>17h ULB. Avenue Franklin Roosevelt 50, 1050 Bruxelles

22 avril 2018

Promenades musicales en Forêt de Soignes

7h30 > 18h WaBo. Delleurlaan 39-43, 1170 Bruxelles

22 avril 2018

STOP remplacement avions F16

14h RDV Métro Mérode. Parc du Cinquantenaire, 1000 Bruxelles

23 avril 2018

Projection : Le Tribunal sur le Congo

19h Théâtre National. 111-115 boulevard Emile Jacqmain, 1000 (...)

23 avril 2018

Otan : histoire d’une machine de guerre

19h30 L’Aurore 162 rue du Midi - 1000 Bruxelles

24 avril 2018

Atelier reportage social : Le point de vue...

18h Pianofabriek, 35 rue du Fort, 1060 Bruxelles

24 avril 2018

Conférence : Abattage rituel en Belgique & bien-être animal

18h ULB. Avenue Adolphe Buyl, 131 - 1050 Bruxelles. Auditoire (...)

24 avril 2018

Conférence : Si tu pollues, tu payes ?

18h30 ULB, Avenue Franklin Roosevelt 50, 1050 Bruxelles


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Le problème avec Johnny

Phénomène de saturation de l’ensemble des canaux médiatiques, la mort de Johnny présente la rare particularité d’avoir été anticipée par deux chansons (Eric la Blanche, La Mort à Johnny, 2006 ; les Fatals Picards, Le jour de la mort de Johnny, 2009), qui soulignent le caractère prévisible d’une exploitation opportuniste de l’émotion populaire, sous la forme d’un deuil collectif imposé à la nation toute entière.

Peu après le mouvement de dénonciation des violences faites aux femmes, qui a magistralement incarné la puissance de mobilisation du débat public, imposant à chacun de prendre parti dans un espace fortement polarisé par l’exercice de la controverse, le deuil médiatique, construit lui aussi par la multiplication des témoignages et des signes de la participation, illustre la dynamique opposée d’un consensus qui éteint toute polémique, comparable à la gestion de l’émotion collective après les attentats terroristes de 2015.

Dans le cas de Johnny, l’imposition d’une communion étendue à toute la nation pose pourtant problème. Car Johnny a été une vedette paradoxale, représentant précoce de l’adaptation française du vaste mouvement anglo-américain visant à incarner une culture alternative de la jeunesse par le biais des musiques populaires, qui culminera dans la contestation de la guerre du Vietnam en 1968-1969. Pays de forte tradition chansonnière, la France n’a jamais réussi à produire que de pâles copies de la légende pop-rock, et la carrière toute entière de Johnny, écartelée entre des références vestimentaires, musicales ou vocales made in USA et son insuccès dans l’univers anglophone, illustre jusqu’à la caricature le destin folklorique d’une imitation impulsée par le commerce.

Celui qui n’était plus depuis longtemps l’idole des jeunes, et qui n’avait plus qu’un rapport de façade avec le rock, depuis son retour dans le giron de la variété française, a également la particularité d’être nettement marqué à droite. Entre ses déclarations, ses amitiés affichées avec Chirac ou Giscard, ou encore son soutien à Nicolas Sarkozy en 2007, la prise de parti de la star, qui tranche avec l’héritage contre-culturel de la pop, fait de Johnny une personnalité clivante, comme le confirme un sondage récent selon lequel, si le chanteur n’est apprécié que par 25% des sympathisants de gauche, il totalise en revanche 58% d’adhésion des sympathisants de droite.

Un marquage que l’on retrouve dans l’éventail des hommages, et jusque dans la dénonciation par le journaliste conservateur Jean-Michel Aphatie du défaut de sensibilité du responsable de gauche Jean-Luc Mélenchon : « Sur Johnny Hallyday, Jean-Luc Mélenchon a dit : “Je n’ai rien à dire”. Comment un leader politique peut-il à ce point passer à côté d’une émotion collective, sincère d’un peuple que l’on prétend incarner ? Dans son cas, on peut parler d’une faute professionnelle ».

La circonstance du décès du chanteur rend évidemment inaudible une réception moins enthousiaste de la caricature vocale, expressive et scénique à quoi se limitait l’art de Johnny Hallyday, réduit à une série de stéréotypes figés du mâle alpha, magnifié par la théâtralité narcissique du spectacle pop. Le deuil impose la communauté de l’hommage. Bien anticipée dans la chanson d’Eric la Blanche (« il n’y a que les mauvais Français qui n’aiment pas Johnny »), l’injonction républicaine en forme de chantage à l’émotion ressemble comme deux gouttes d’eau à la communion forcée de l’après-Charlie. Dans un pays qui penche tellement à droite qu’on a pu lui faire croire que Macron était de gauche, l’imposition médiatique d’un deuil faussement consensuel et la métamorphose de Johnny en symbole national n’est finalement qu’un signe de plus de la longue glissade de la France sur la pente du conservatisme et de la réaction.

André Gunthert, 9 décembre 2017
L’image sociale



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