26 juillet 2018

Projection film : Nous irons voir Pelé sans payer

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11 août 2018

Histoire du mouvement ouvrier belge — Julien Dohet 1/2

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12 août 2018

Histoire du mouvement ouvrier belge — Julien Dohet 2/2

9h>17h Internat de Berlaymont - Drève d’Argenteuil 10-D, 1410 (...)

11 septembre 2018

Conférence débat : Le tirage au sort en débat

19h30 L’Horloge du Sud. Rue du Trône 141, 1050 Bruxelles


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Lettre à Messi qui n’est pas allé jouer en Israël

Voici le courrier d’un citoyen argentin qui a écrit aux joueurs de sa Sélection : Lionel Messi, Sergio Agüero et à Ángel Di Maria, suite à leur décision de ne pas jouer le match amical contre Israël et qui aurait du se tenir à Jérusalem le 8 juin 2018. Un rappel décapant...

Cher Kun, Ángel et Lionel,

Bravo, le projet d’aller jouer un match avec un pays qui depuis 70 ans harcèle un peuple, l’emprisonne et l’assassine, un peuple qui continue néanmoins de résister, est désormais du passé.

Toutes mes félicitations !

Je comprends bien que vous vivez sous la pression d’un milieu ultra professionnel, où les aspects politiques de ce monde ont l’habitude d’être mis de côté ; vivre dans une bulle de centaines de millions de dollars ne doit pas être facile, mais je me permets depuis ma très humble position de vous parler un peu des caractéristiques de ce massacre que vous avez été sur le point d’avaliser et que, heureusement, par empathie avec le peuple palestinien, vous n’avez pas soutenu.

Vous étiez sur le point d’aller jouer à Jérusalem, où il y a 100 ans on vivait dans un calme relatif, sans trop de différends ethniques ou de nationalités.

Dès 1948, quand l’État d’Israël a été fondé, les choses ont changé.

Aujourd’hui, le territoire où vivait le peuple palestinien, a été divisé en deux, et depuis lors, on vole successivement ses habitants originelles.

Les deux zones divisées sont Gaza et la Cisjordanie.

Lionel, pour que tu comprennes bien, Gaza c’est comme Rosario (département d’Argentine) et la Cisjordanie c’est comme Santa Fe (département d’Argentine). Les deux font partie d’un seul pays, mais sont séparées par des frontières contrôlées par des soldats armés jusqu’aux dents. Les gens qui vivent là sont du même pays, mais on leur empêche de communiquer entre eux. Comprends-tu cela ?

De Rosario, qui serait Gaza, on ne peut pas sortir, et quand nous disons que l’on ne peut pas sortir c’est que tu y es enfermé, c’est bien pour cela qu’on l’appelle "la prison à ciel ouvert la plus grande du monde".

Maintenant imaginez ceci, nous avons déjà dit que Rosario est Gaza. Tu dois jouer là-bas et tu vis à Paraná (ville en Argentine). Pour cela tu devras voyager au Chili, ensuite aller en Uruguay, et peut-être que là ils ne te laisseront pas passer la frontière qui mène à Rosario. Croyez-vous que c’est une exagération ? Ce ne l’est pas. Dans le film "Yallah ! Yallah !", un documentaire sur le football en Palestine, un joueur de football qui vit en Cisjordanie, et qui donc serait de la ville de Santa Fe, raconte que pour arriver là-bas il doit voyager d’abord en Jordanie, puis en Égypte, et une fois à Gaza, peut-être qu’il ne pourra pas en sortir. Les parents de ce footballeur ne connaissent pas leur petit-fils, parce qu’il leur est impossible de traverser la frontière.
Pour imaginer cela, il faut penser que ton vieux vit à Valencia en Espagne, et toi à Barcelone, comme c’est le cas maintenant, mais on ne peut pas passer d’un endroit à l’autre. C’est comme si ton papa ne connaissait pas Thiago, ni Mateo, ni Ciro, bien qu’ils ne vivent pas trop loin.

Gaza est-il grand ? Voyons, Kun, pour avoir une idée, imagine-toi une carte qui va depuis El Pato (quartier de Buenos Aires), en passant Berazategui (autre quartier de Buenos Aires) : tu te situes ? Arrivant ainsi à Congrès. C’est comme si tu prenais le 129, faisant tout le trajet et que le pays se termine au terminus. Et pour la largeur, Gaza c’est comme aller du Port Madero jusqu’à l’Avenue La Plata, la moitié du parcours de la ligne A du métro.

Donc imaginons une partie de la banlieue de Buenos Aires que tu connais bien, c’est Gaza, et ses limites. Si tu veux sortir via la rivière, disons, à la hauteur de Sarandí, que tu connais parce que tu y as grandi, tu risques de t’y faire tuer car il est interdit de traverser la rivière.

De fait, en 2014, quatre gosses ont été assassinés juste parce qu’ils jouaient au ballon sur les plages de Gaza. Si t’as le temps, regarde le dernier post qui leur est dédié sur Instagram, ou sur Youtube et regarde les images du crime.

Ces gamins, avaient tous entre 10 et 11 ans, seulement un peu plus grand que ton fils Benjamin, ils s’appelaient Ahed, Zakaria, Ismail Baker et Muhammad. Des journalistes qui séjournaient dans un hôtel situé pas loin ont tout filmé. Un an plus tard, Israël a clos ce dossier sans que personne ne soit condamné pour ce crime.

Tu es né à l’hôpital de Piñeyro, tu peux donc imaginer cette mer comme un ruisseau, et au bord quatre gosses jouant au ballon, puis un missile faisant exploser ces gosses juste au moment où ils marquaient un but.

Mais cette année-là, ils n’ont pas été les seuls enfants à être assassinés. Israël a bombardé Gaza, a tué encore 500 gosses et 2.000 adultes. Je te raconte, je vous raconte à tous comment fonctionne le système : parfois ils téléphonent aux maisons qui seront attaquées, d’autres tirent des projectiles sur les toits, il est supposé pour eux que les gens ont compris qu’ils seront attaqués prochainement et s’échapperont.

Ceci, vous comprendrez, ce n’est pas une guerre. C’est un massacre dans lequel un pays possède une puissante force aérienne, une armée et une marine qui assassine des civils.

Je suppose que vous, Kun, Lionel, Angel, vous savez ce que signifie subir une lésion au genou, alors imaginez ce que cela veut dire pour Mohammed Khalil, joueur de l’Al-Salah FC, lorsqu’un soldat israélien lui tire dessus. Maintenant Mohammed a besoin d’une prothèse pour recommencer à marcher, bien qu’il ne pourra plus jamais jouer au ballon. Vous pouvez voir le moment où il reçoit l’impact sur Internet, filmé avec le même téléphone cellulaire duquel il envoyait des "tweets", parce que c’est la seule chose que Mohammed faisait ce jour-là : il filmait une marche pacifique avec son téléphone et il a filmé ce qui aurait pu être sa propre mort.

Angel, je suppose que toi qui as traversé la douleur de perdre un être cher, tu comprendras ce que je vais te raconter : il y a quelques semaines, Leila, un bébé de neuf mois est morte asphyxiée par des gaz lacrymogènes dans la même marche où s’est terminé la carrière de Mohammed.

Cela est arrivé lorsque les palestiniens qui vivent à Gaza se sont approchés de la frontière pour protester, parce qu’il a été décidé que Jérusalem, là où vous alliez jouer, serait la capitale d’Israël. Dans le stade où devait se tenir le match, de fait, il y avait un village palestinien qui a été rasé, et vous étiez sensés aller là, mettre une couche supplémentaire d’oubli à tous ces morts.

Je sais, Angel, que tu as un tatouage qui dit "Naître dans la rue Perdriel a été et sera le meilleur qui me soit arrivé dans la vie" c’est-à-dire que tu sais ce que c’est la fierté d’appartenir à un territoire, de te reconnaître dans chacun de tes amis, de sentir que c’est le centre du monde. Maintenant essaye d’imaginer que, pendant 70 ans, les Palestiniens ont été expulsés de leurs maisons, de toutes les rues Perdriel, et certains déjà très vieux sont partis avec les clefs dans la poche, comme un signe d’appartenance et de résistance, parce que comme toi, ils savent qu’être né dans une rue de Gaza, de Cisjordanie ou de Jérusalem c’est le meilleur qui leur est arrivé dans la vie.

Kun, Lionel, Angel, vous avez traversé beaucoup de difficultés pour arriver là où vous êtes. Toi, Angel, avec les mains salies de charbon, en aidant ton vieux, Kun, passant de difficiles moments avec tes frères où épargner était impossible, et toi Lionel, surpassant ton problème de croissance, qui te condamnait dans un pays en crise – crise produite par les mêmes dirigeants qui aujourd’hui vous ont convoqué à jouer en Israël.

Imaginez que vous soyez arrivés à la Sélection, prêts à jouer les éliminatoires pour le Mondial et qu’on vous en empêche. C’est ce qui est arrivé à la Sélection de Palestine en 2011, quand pour la première fois ils ont joué contre l’Afghanistan en éliminatoire. Ils ont gagné 1 à 0. A quelques jours du match suivant, certains des joueurs ont été retenus sur ordre d’Israël aux frontières avec la Cisjordanie et Gaza.

Ils ont perdu contre la Thaïlande quelques jours après, la moitié de l’équipe était absente.

Etait-ce l’unique inconvénient qu’ils ont eu ? Non, c’est du pain quotidien pour les Palestiniens. Ça et la mort. Ahed Zaqout, l’une des figures de la Sélection, est mort assassiné par un missile en 2014 ainsi que trente-deux athlètes. Plus de 30 installations ont été détruites avec une perte économique calculée autour des 3 millions de dollars.

La décision que vous avez prise aujourd’hui, n’est pas une issue pour éviter une situation compliquée, une polémique, mais, espérons, "une manière de commencer à prendre conscience du rôle que vous occupez, de comment vous pouvez rendre les gens heureux ou malheureux, et de ce que cela représente pour des millions de Palestiniens qui portent avec fierté le tee-shirt national ou ceux que vous mêmes vous portez dans vos clubs.

Bienvenus dans la lutte.

Carlos Balmaceda
Journaliste & écrivain Argentin
Source : Palestina Libre / Traduction : ZIN TV



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