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Masterclass avec Monique Mbeka Phoba : La colonisation dans le cinéma belge, un tabou ?

mardi 29 novembre 2016 / 
19h Pianofabriek, salle Arenberg. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles.

« Contrairement à l’époque coloniale, où une abondante production fit de certains missionnaires presque des alter egos de producteurs américains, la production cinématographique belge actuelle offre beaucoup moins d’exemples de films sur le passé colonial. Ou de films sur le Congo tout court, en-dehors du monolithique Thierry Michel.
En entreprenant mon court-métrage "Soeur Oyo", je me suis donc confrontée à ce tabou sans en avoir au départ vraiment conscience. Mais à force de recevoir la remarque que j’étais la seule à avoir fait une fiction sur cette période, cela a éveillé mon intérêt.
J’ai donc décidé d’aller explorer ce territoire encore secret : les films belges actuels sur la thématique coloniale. Et alléluia, la majorité des réalisateurs qui l’ont choisie, sont souvent des femmes.
 »
Monique Mbeka Phoba

Pourquoi y a t-il en Belgique si peu de fictions réalisées sur le thème de la colonisation au Congo ? Quid de cette mémoire enfouie ? de quelle manière cette mémoire influence-t-elle notre perception des Congolais aujourd’hui ?

Monique Mbeka Phoba, cinéaste d’origine congolaise, nous interpellera sur ces images présentes et absentes et propose dans un premier temps un panorama et une analyse des productions cinématographiques belges sur le passé colonial. Dans une seconde partie, la cinéaste présentera son film Sœur Oyo, fiction de 23 minutes.

Cette session sera suivie d’un débat autour des questions relatives au tabou de la question coloniale dans le cinéma belge. La diffusion d’autres extraits de films [1] viendront appuyer la réflexion et l’interaction avec les participants sur cette « mémoire enfouie ».

Masterclass avec Monique Mbeka Phoba :
La colonisation dans le cinéma belge, un tabou ?
le 29 novembre à 19h au Pianofabriek, salle Arenberg.
Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles.

Si vous désirez déjà prendre des informations ou vous pré-inscrire (nom, prénom, GSM et mail), n’hésitez pas à nous contacter : workshop@zintv.org

Une participation aux frais est exigé sous la forme d’une donation à ZIN TV à partir de 5€ sur le compte (IBAN) Banque Argenta : BE67 9794 3467 4987 & Code BIC ARSPBE 22
Mentionnez dans la communication du virement uniquement : DONATION. Vous recevrez votre confirmation une fois la donation confirmée. Merci.


Synopsis du film "Soeur Oyo :

Dans le Congo belge colonial des années 50, une écolière congolaise, Godelive, vit au pensionnat catholique de Mbanza-Mboma, première école en français pour congolaises. Elle s’y occidentalise, suivant le souhait de ses parents. Mais, le souvenir de sa grandmère s’interpose...

Inspiré d’une histoire vécue par la grand-mère de la réalisatrice (le court-métrage lui est dédié), « Sœur Oyo » n’est pas à proprement parler un film d’époque : la reconstitution est réduite à quelques costumes et le décor unique du film (un pensionnat religieux où sont éduquées de jeunes Africaines) nous semble hors du temps plutôt que représentatif d’un moment de l’histoire du pays.

La critique du colonialisme n’est pas appuyée. Certes, les premiers plans, qui montrent la petite Godelive se faisant couper les cheveux de force pour entrer au pensionnat, illustrent la violence de la rupture avec sa famille et ses racines. Mais, dans le reste du film, le soleil brille, les enfants s’amusent malgré des règles de vie strictes et les sœurs missionnaires sont assez affables. Un parallèle s’établit entre Godelive, l’enfant noire, et son institutrice, Sœur Astrid, doublement blanche (par sa peau et son habit) : elles sont toutes deux nouvelles et maintenues à l’écart de leur groupe (les camarades de Godelive se moquent de son faible niveau scolaire et la directrice du pensionnat doute de l’intelligence d’Astrid). Le film montre comment ces deux personnages gagnent un peu de confiance en elles : Sœur Astrid organise la chorale du pensionnat malgré les réticences de sa supérieure et Godelive est choisie comme soliste plutôt que la meilleure élève de la classe.

Planté au milieu de la forêt, le pensionnat se veut un espace « civilisé », un petit morceau d’Occident où les interdits religieux se mêlent à une forme archaïque de pédagogie : réveil à heure fixe, punitions, enseignements peu intéressants… C’est un espace intermédiaire, entre l’Afrique et l’Europe, où la nature se frotte à la culture et les croyances animistes au dogme chrétien. Pris entre les deux, les enfants inventent des façons d’accommoder ces mondes éloignés.

La première rupture est celle de la langue. Godelive est séparée de sa mère et envoyée au pensionnat car son père veut qu’elle apprenne le français. Sur la bande-son, deux langues alternent donc : d’un côté, le français, la langue du père, du colonisateur et de la ville ; de l’autre la langue traditionnelle congolaise sous-titrée, celle des femmes et du village. S’y ajoute le latin du chant religieux, que les enfants apprennent par cœur sans comprendre les paroles, comme ces prières que leur font réciter les sœurs. On découvre aussi au détour d’un plan quelques lignes en néerlandais sur un livre appartenant à Sœur Astrid, signe que, comme Godelive, elle a abandonné une part de ses origines en arrivant au pensionnat francophone.

L’enseignement chrétien que reçoivent les petites Congolaises est de toute évidence inapproprié, éloigné de leur culture et de leurs besoins. Dans leur esprit, le catéchisme se mélange à la sorcellerie des légendes africaines, renvoyant La Bible à sa nature de superstition comme les autres, au grand dam des bonnes sœurs : une leçon sur la Genèse déclenche ainsi la panique des enfants, qui confondent le serpent du jardin d’Eden avec un croquemitaine local.

Coupé du monde, le pensionnat est lui-même une sorte d’Eden, à la nature policée : des chemins sont tracés au milieu de l’herbe verte, les fleurs servent de décoration pour les cérémonies religieuses, les hautes plantes offrent de l’ombre aux enfants et les souches d’arbre leur servent de siège. Mais en dehors de la cour de l’école s’étend une forêt dense et sauvage. C’est là, à l’écart, que vit le jardinier, seul homme du pensionnat dont la virilité trouble Sœur Astrid (l’évêque, dont les sœurs préparent la venue dans l’établissement, est à sa manière aussi un objet de désir puisque l’on espère de lui une aide financière). La forêt est un espace de transgression : le royaume des superstitions, des peurs enfantines et du sexe (le jardinier et Astrid s’y retrouvent la nuit en secret et Goldelive les imagine transformés en serpents).

La forêt est aussi le lieu des traditions et de la mémoire, où l’enfant se retrouve projetée lorsqu’elle ferme les yeux. Il est parfois difficile dans « Sœur Oyo » de délimiter ce qui tient de la réalité et du rêve, un doute favorisé par de nombreuses ellipses, des scènes laissées en suspens : l’étreinte nocturne d’Astrid et du jardinier dans la forêt a-t-elle réellement lieu ? Est-elle le produit de l’imagination de Godelive ? Ou alors, plus probablement, s’agit-il de la transposition rêvée d’une situation qui a bien eu lieu mais en journée, dans la salle de classe, sous les yeux de la petite fille, laissée hors-champ pour le spectateur ?

Les rêves de Godelive la ramènent dans la forêt où elle peut voir à nouveau sa mère qui lui manque. Dans ces scènes, le flou déréalise l’image et lui confère une certaine douceur, celle des souvenirs heureux. Rêve et réalité, passé et présent alternent jusqu’à se confondre dans l’étonnante scène finale : le matin de sa Communion, Godelive se réveille seule dans le dortoir, en présence de sa mère (un rêve ? un fantôme ?) et on découvre sur ses épaules des scarifications, apparues pendant la nuit, qui marquent de façon symbolique, mais différemment du rituel chrétien, son entrée dans le monde des adultes.

Sylvain Angiboust
Source : format court

Pour aller plus loin : Entretien de Beti Ellerson avec Monique Mbeka Phoba

[1] Une saison sèche (Mara Pigeon, 56 minutes – 1986), Bons baisers de la colonie (Nathalie Borgers, 74 minutes - 2011), Bulaya, qu’as-tu fait de mon enfant (Lydia Ngaruko, 46 minutes – 2004), Nous n’étions pas amis (Marie-Anne Thunissen, 75 minutes – 2003), Sorcière la vie (Monique Mbeka, 52 minutes – 2004) & Soeur Oyo (24 minutes – 2013), Au risque de se perdre (Fred Zinneman, 149 minutes – 1959), Africains Poids moyen (Daniel Cattier, 18 minutes – 2005), Bétlhéem (Servaas Heirman, 7 minutes – 1986), L’Art de couper un arbre (Jan Vromman, 58 minutes -1993)


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