Articles

Bruno Latour : « Les Gilets jaunes sont des migrants de l’intérieur quittés par leur pays »

Qu’est-ce que le mouvement des Gilets jaunes révèle de l’épuisement de l’organisation politique et économique de notre société ? Quel est le rôle de l’État ? De la société civile ? Quelle place occupe (...)

Charges déraisonnables : le poids des mots, le choc des idéaux

Documentaire de création polyphonique, Charges déraisonnables tisse avec ingéniosité une réflexion riche et salutaire sur le langage comme rapport de force et outil de (...)

Pour une histoire populaire de la Révolution portugaise

La révolution portugaise est l’une des principales révolutions du XXème siècle. Et peut-être la plus méconnue. Parce qu’il faut faire oublier qu’il y a 40 ans en Europe un peuple expropria une partie de (...)

Gilets Jaunes : L’appel de Commercy

« L’assemblée des assemblées » des Gilets jaunes s’est tenue à Sorcy-Saint-Martin, près de Commercy (Meuse), samedi 26 et dimanche 27 janvier. Elle vient de publier son (...)

Suite du procès ZIN TV et ATTAC, la chambre du Conseil se prononcera en février

Le parquet demande un non lieu pour 1 des policiers et un renvoi en correctionnel pour le deuxième avec pour motif de s’être introduit dans un système informatique et avoir effacé les données, en (...)

Les poupées sexuelles nous montrent...

Peu importe la façon dont vous l’emballez, l’embellissez ou le rendez inoffensif, l’objet inanimé qu’est une "poupée sexuelle" n’est que le reflet de ce que les hommes pensent avoir le droit de faire aux (...)

Pourquoi moi ? Une lettre de Cesare Battisti

Les autorités italiennes d’aujourd’hui me poursuivent, comment expliquer cela, comment expliquer cette Italie, la même qui me transmit un jour l’amour des mots écrits, ce rêve de liberté et de justice (...)

Le faux dilemme du patriotisme

Dès que vous dites quelque chose qui ne leur plait pas, ils vous invitent à quitter le pays de la Liberté et à vous installer au Venezuela.

Brésil : C’est comme si on revenait au Moyen Âge

Meimei Bastos, poète et écrivain brésilien : C’est un tel pas de géant en arrière que je sens que nous allons bientôt être brûlés par l’Inquisition bolésonarienne, qui prétend que la terre est plate et que (...)

Médiamensonge & vérité rétablie : Zak a été battu à mort !

Au départ, Zak a été décrit comme un toxicomane en manque qui voulait cambrioler la bijouterie. Il a été accusé d’avoir un couteau en main. Or, le seul couteau repéré sur place ne portait pas de trace de (...)

Gilets jaunes : la classe moyenne peut-elle être révolutionnaire ?

Avant, on pouvait noyer l’ennui d’une telle existence dans un sentiment d’appartenance très fort, celui « de faire comme tout le monde ». (...) Aujourd’hui, on doit s’avouer qu’on a de toute façon tort (...)

Un texte sur et pour les gilets jaunes, d’Edouard Louis

Dans son livre "Qui a tué mon père", l’écrivain Edouard Louis faisait ce constat : "Pour les dominants, la politique est une question esthétique : Une manière de se penser, une manière de voir le (...)

Les Gilets jaunes à la lumière de l’expérience italienne

Pour éclairer le mouvement des gilets jaunes, il est précieux de regarder ce qui se passe ailleurs. Revue des divergences et convergences entre Mouvement 5 étoiles et Gilets (...)

Julian Assange acculé

Julian Assange est considéré comme un invité indésirable et un héritage inconfortable du gouvernement précédent.

Comment PWC et les « Big Four » noyautent les politiques européennes sur l’évasion fiscale

Tant que nous laisserons les géants de l’audit et de la comptabilité élaborer la politique européenne de lutte contre l’évitement fiscal, des milliards d’euros seront perdu chaque année, privant les (...)


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Mons 2015 : une politique de la démesure ?

Beaucoup se souviendront de l’allocution d’un Elio Di Rupo vantant son fief à la tribune de l’ONU. Devant un parterre de dignitaires interloqués (Didier Reynders en tête), le bourgmestre lançait alors un cri du cœur : « Je viens de Mons », rappelant l’accession prochaine de sa cité au rang de capitale européenne de la culture. Depuis, plus personne n’eut loisir d’échapper à l’enrôlement des festivocrates autour de cet événement attendu tel une révolution culturelle au sud du pays. « Je suis montois, et toi ? ».

En ces temps d’hystérie monothéiste, un détour par la Grèce païenne offre des avantages inespérés quant à l’interprétation de cette actualité politico-festive imminente. Alors que les sagesses antiques ignoraient la notion de péché tel que nous le concevons suite à notre héritage judéo-chrétien, de nombreux récits mythologiques nous renseignent sur une faute morale épinglée par les sociétés polythéistes : l’Hybris, ce mouvement fautif de dépassement des limites. Une démesure souvent sanctionnée par Némésis (déesse de la juste colère des dieux).

Ainsi, l’épisode du Mikado bancal d’Arne Quinze aurait jadis mis la puce à l’oreille à nos ancêtres d’Attique ou de Béotie. Arne Quinze, ce nouveau Sisyphe de l’art contemporain, condamné à reconstruire – sans cesse – une nouvelle structure avant que celle-ci ne s’écroule à son tour.

Cette séquence burlesque accompagnant le lancement de Mons 2015 ne constitue pourtant qu’un exemple parmi tant d’autres. Némésis, cette rabat-joie briseuse de fête (briseuse de grève en pire) semble en effet s’acharner sur la cité du Doudou. Les coups du sort se succèdent ; le musée des Beaux-Arts de Mons (BAM) connaît un retard de cinq semaines, mettant en péril l’exposition inaugurale consacrée à Vincent Van Gogh. Une tuile venant s’ajouter au destin de la future gare-dragon (ou libellule) de Mons dessinée par l’architecte espagnol et habitué de la SNCB Santiago Calatrava, dont l’inauguration est d’ores et déjà reportée au plus tôt à 2017. Les visiteurs de Mons 2015 se consoleront avec l’habillement en lampes LED de la passerelle provisoire vers la ville – un plafond recouvert d’écrans diffusant couleurs et formes abstraite, sorte de mise en abyme de l’abstraction principale : la gare elle-même.

Pris de fièvre monumentale, les autorités estimèrent en outre judicieux de faire appel à deux célèbres « marques » parmi les bâtisseurs contemporains. À côté de Calatrava – déjà cité – Daniel Liebeskind signant le nouveau Centre des congrès « aussi majestueux qu’un navire à l’assaut des flots » d’après l’hagiographie officielle. « Les deux architectes […] ne sont autres que ceux qui œuvrent au même moment à la reconstruction du Ground Zero, à New York ». Grâce aux franchises mondialisées de l’architecture, Mons se hisserait ainsi au niveau du Big Apple.

Cette politique de l’esbroufe éphémère et des cicatrices urbaines durables témoignerait d’une ville livrée aux politiques hybriques, ayant perdu le sens des réalités. C’est d’ailleurs la philosophie même des capitales européennes de la culture qui fut pointée du doigt dans une désormais célèbre diatribe du Guardian : « le principe des capitales européennes de la culture encourage les bourgmestres à rêver à des grands bâtiments dont ils n’ont pas besoin et qu’ils ne peuvent se permettre. L’article souligne, non sans une pointe de sarcasme, que les habitants seraient davantage enthousiasmés par l’arrivée du géant suédois de l’ameublement low-cost Ikea. Des considérations sans-doute bassement terre-à-terre, à mille lieues des projets d’élus esthètes et visionnaires, auxquelles s’ajoute la constatation d’un centre-ville à l’abandon.

Or, le recours aux starchitectes s’inscrit en réalité dans une stratégie de place-branding (marketing territorial) dans laquelle le projet architectural n’est pas appréhendé comme l’objet d’une démarche de conception répondant à un besoin réel, mais plutôt comme une stratégie marketing globale.

À travers Mons 2015, c’est à l’échelle de la ville et de son hinterland (la « grande-Dirupie ») que s’opère le processus de mise-en-marque. Une stratégie risquant au passage de concurrencer les efforts de branding entrepris par la Région wallonne (parmi ceux-ci : la marque Wallonia.be lancée en 2013, alors présentée comme « vecteur de mobilisation et de cohérence dans le cadre de la visibilité de la région, qu’elle soit économique, touristique ou culturelle »).

Derrière Mons 2015, les attentes sont donc immenses. Peu connue au-delà de nos frontières, l’objectif économique et politique est de faire figurer durablement la cité du Doudou sur la mappemonde des investisseurs et touristes culturels étrangers. Après Google, IBM et Microsoft, qui offrent déjà un parfum de globalisation à la Digital Innovation Valley montoise, les pointures « bankables » de l’architecture doivent apposer un sceau de crédibilité au statut de pôle culturel mondial rêvé par cette ville de moins de 100.000 âmes.

Mais ce boost de notoriété offert par l’éphémère statut de capitale européenne suppose une offre culturelle anticipant sur une réelle demande locale et étrangère. En tournant la page des couacs initiaux, les autorités montoises devront ainsi rapidement étouffer les soupçons d’Hybris en vérifiant le bien-fondé des investissements avant que Némésis ne fasse rétracter les fervents bâtisseurs à l’intérieur des limites franchies, laissant alors le champ libre à Momos – divinité mineure de la raillerie.

Nicolas Baygert
Source de l’article : Blog de la revue nouvelle



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