Articles

Le problème avec Johnny

La carrière toute entière de Johnny, écartelée entre des références vestimentaires, musicales ou vocales made in USA et son insuccès dans l’univers anglophone, illustre jusqu’à la caricature le destin (...)

Yémen, le Guernica d’aujourd’hui

En 1937 a ville basque de Guernica a été bombardée, 80 ans plus tard, une action encore plus criminelle est menée contre les civils yéménites, principalement par l’Arabie Saoudite, avec la complicité (...)

Ali, on ne t’oublie pas ! Un appel de Farida Aarrass

Ecrivez lui svp quelques mots de soutien, une carte postale, une lettre si vous aimez écrire plus, mais surtout du positif. Des propos réjouissants qui égailleront ses (...)

Occupation de la FEB contre les « flexi-jobs »

une cinquantaine de jeunes ont envahi le siège de la Fédération des entreprises de Belgique. Inscrit sur un grand calicot noir, placé sur la façade, on pouvait lire : « Gouvernement des patrons (...)

Incarcéré depuis 4 mois suite au G20 de Hambourg, Fabio 19 ans, tient tête à la justice

Quoiqu’il arrive, peu importe la décision qui sera prise par ce tribunal, elle n’aura aucune influence sur notre protestation. Il y aura encore tout autant de garçons et de filles qui, portés par les (...)

La fin de l’Internet ouvert : retour à l’âge des ténèbres

Les outils pour nous aider à développer une pensée critique, la dissidence et la mobilisation sociale disparaîtront au fur et à mesure que « neutralité du net » deviendra un souvenir, une étape (...)

Mémoires de feu en Corée du Nord : Quand les USA détruisaient un pays pour le sauver

La Corée du Nord tenterait, sans raison, de s’équiper en armes de destruction massive, tandis que l’opposition de Washington à cette stratégie relèverait de l’innocence (...)

La banalité des crimes commis contre les migrants

Dans le monde entier, les migrants sont enfermés dans des camps, brutalisés et souvent poussés au bord de la famine. Beaucoup en meurent. Ces crimes devraient enfin être punis, par la Cour Pénale (...)

Occuper les institutions - expériences espagnoles

Depuis leur prise de pouvoir, les « mairies du changement » se démènent pour ne pas perdre leur ancrage local et tentent d’« occuper les institutions » comme les Indignés occupaient les (...)

Sur le suicide d’un jeune auteur Palestinien

J’ai raté mes examens de première année. La politique a pris le pas sur tout. Ça tournait à l’obsession. Je voulais juste arrêter de souffrir

C’était un jour ordinaire... Contre la banalité du mal et de l’impunité

Le père du protagoniste, un professeur d’université, juif d’origine roumaine, seul survivant d’une famille exterminée par les nazis avec tout le village, craignant de perdre sa mémoire, charge son fils (...)

Filmer la police est un droit ! début du procès de Zin TV & ATTAC

Ce mardi 14 novembre 2017 a débuté l’action en justice de ZinTV & Attac contre des policiers qui ont saisi la caméra d’une équipe de tournage et effacé des données vidéos des cartes mémoires. (...)

Tentative de suicide d’une jeune fille dans un centre fermé

Après sa tentative de suicide, le personnel du centre l’a placée en régime d’isolement dans les locaux du service médical.

Souveraineté et mouvements sociaux

Face à cette configuration des pouvoirs dans le monde élaborée au profit des puissants, quelles doivent être l’action et la contribution des mouvements sociaux qui luttent pour la construction d’un (...)

Article 155, un air dominant en Espagne

Mariano Rajoy, aux allures de Schmitt et soutenu par le PSOE, Ciudadanos, le roi et les institutions européennes, se lance dans une offensive centralisatrice, dans la gestion autoritaire des (...)


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Mons 2015 : une politique de la démesure ?

Beaucoup se souviendront de l’allocution d’un Elio Di Rupo vantant son fief à la tribune de l’ONU. Devant un parterre de dignitaires interloqués (Didier Reynders en tête), le bourgmestre lançait alors un cri du cœur : « Je viens de Mons », rappelant l’accession prochaine de sa cité au rang de capitale européenne de la culture. Depuis, plus personne n’eut loisir d’échapper à l’enrôlement des festivocrates autour de cet événement attendu tel une révolution culturelle au sud du pays. « Je suis montois, et toi ? ».

En ces temps d’hystérie monothéiste, un détour par la Grèce païenne offre des avantages inespérés quant à l’interprétation de cette actualité politico-festive imminente. Alors que les sagesses antiques ignoraient la notion de péché tel que nous le concevons suite à notre héritage judéo-chrétien, de nombreux récits mythologiques nous renseignent sur une faute morale épinglée par les sociétés polythéistes : l’Hybris, ce mouvement fautif de dépassement des limites. Une démesure souvent sanctionnée par Némésis (déesse de la juste colère des dieux).

Ainsi, l’épisode du Mikado bancal d’Arne Quinze aurait jadis mis la puce à l’oreille à nos ancêtres d’Attique ou de Béotie. Arne Quinze, ce nouveau Sisyphe de l’art contemporain, condamné à reconstruire – sans cesse – une nouvelle structure avant que celle-ci ne s’écroule à son tour.

Cette séquence burlesque accompagnant le lancement de Mons 2015 ne constitue pourtant qu’un exemple parmi tant d’autres. Némésis, cette rabat-joie briseuse de fête (briseuse de grève en pire) semble en effet s’acharner sur la cité du Doudou. Les coups du sort se succèdent ; le musée des Beaux-Arts de Mons (BAM) connaît un retard de cinq semaines, mettant en péril l’exposition inaugurale consacrée à Vincent Van Gogh. Une tuile venant s’ajouter au destin de la future gare-dragon (ou libellule) de Mons dessinée par l’architecte espagnol et habitué de la SNCB Santiago Calatrava, dont l’inauguration est d’ores et déjà reportée au plus tôt à 2017. Les visiteurs de Mons 2015 se consoleront avec l’habillement en lampes LED de la passerelle provisoire vers la ville – un plafond recouvert d’écrans diffusant couleurs et formes abstraite, sorte de mise en abyme de l’abstraction principale : la gare elle-même.

Pris de fièvre monumentale, les autorités estimèrent en outre judicieux de faire appel à deux célèbres « marques » parmi les bâtisseurs contemporains. À côté de Calatrava – déjà cité – Daniel Liebeskind signant le nouveau Centre des congrès « aussi majestueux qu’un navire à l’assaut des flots » d’après l’hagiographie officielle. « Les deux architectes […] ne sont autres que ceux qui œuvrent au même moment à la reconstruction du Ground Zero, à New York ». Grâce aux franchises mondialisées de l’architecture, Mons se hisserait ainsi au niveau du Big Apple.

Cette politique de l’esbroufe éphémère et des cicatrices urbaines durables témoignerait d’une ville livrée aux politiques hybriques, ayant perdu le sens des réalités. C’est d’ailleurs la philosophie même des capitales européennes de la culture qui fut pointée du doigt dans une désormais célèbre diatribe du Guardian : « le principe des capitales européennes de la culture encourage les bourgmestres à rêver à des grands bâtiments dont ils n’ont pas besoin et qu’ils ne peuvent se permettre. L’article souligne, non sans une pointe de sarcasme, que les habitants seraient davantage enthousiasmés par l’arrivée du géant suédois de l’ameublement low-cost Ikea. Des considérations sans-doute bassement terre-à-terre, à mille lieues des projets d’élus esthètes et visionnaires, auxquelles s’ajoute la constatation d’un centre-ville à l’abandon.

Or, le recours aux starchitectes s’inscrit en réalité dans une stratégie de place-branding (marketing territorial) dans laquelle le projet architectural n’est pas appréhendé comme l’objet d’une démarche de conception répondant à un besoin réel, mais plutôt comme une stratégie marketing globale.

À travers Mons 2015, c’est à l’échelle de la ville et de son hinterland (la « grande-Dirupie ») que s’opère le processus de mise-en-marque. Une stratégie risquant au passage de concurrencer les efforts de branding entrepris par la Région wallonne (parmi ceux-ci : la marque Wallonia.be lancée en 2013, alors présentée comme « vecteur de mobilisation et de cohérence dans le cadre de la visibilité de la région, qu’elle soit économique, touristique ou culturelle »).

Derrière Mons 2015, les attentes sont donc immenses. Peu connue au-delà de nos frontières, l’objectif économique et politique est de faire figurer durablement la cité du Doudou sur la mappemonde des investisseurs et touristes culturels étrangers. Après Google, IBM et Microsoft, qui offrent déjà un parfum de globalisation à la Digital Innovation Valley montoise, les pointures « bankables » de l’architecture doivent apposer un sceau de crédibilité au statut de pôle culturel mondial rêvé par cette ville de moins de 100.000 âmes.

Mais ce boost de notoriété offert par l’éphémère statut de capitale européenne suppose une offre culturelle anticipant sur une réelle demande locale et étrangère. En tournant la page des couacs initiaux, les autorités montoises devront ainsi rapidement étouffer les soupçons d’Hybris en vérifiant le bien-fondé des investissements avant que Némésis ne fasse rétracter les fervents bâtisseurs à l’intérieur des limites franchies, laissant alors le champ libre à Momos – divinité mineure de la raillerie.

Nicolas Baygert
Source de l’article : Blog de la revue nouvelle



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