17 octobre 2017

On a une trop bonne idée ! Changer la société, lutter contre les inégalités...

18h Théâtre Saint-Michel. Rue Père Eudore Devroye 2, 1040 (...)

17 octobre 2017

Rencontre-Débat. Les enjeux du Féminisme aujourd’hui - Regards Nord-Sud

18h30 Mundo-B. rue d’Edimbourg 26 - 1050 Bruxelles

18 octobre 2017

Projection du coffret dvd sur l’immigration marocaine en Belgique

9h30 Espace Magh. Rue du Poinçon 17, 1000 Bruxelles

19 octobre 2017

Jeudi du Marxisme - Révolution de 1917 : histoire ou actualité ?

19:30 - Pianofabriek, Rue du Fort 35 - 1060 Saint-Gilles

19 octobre 2017

Try It Loud : Soirée Slameke

20h Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles

20 octobre 2017

Manif : Liberté pour Georges Abdallah !

17h30 Boulevard du Régent 42, 1000 Bruxelles

20 octobre 2017

Brasil Balada Mix

20h Rue des Goujons 152 - 1070 Anderlecht

23 octobre 2017

Conspirateurs et Révolutionnaires. Rubino et les autres

18h30 Garcia Lorca. Rue de Foulons 47-49 Bruxelles

24 octobre 2017

Manifestation contre le blocus contre Cuba

17h30 Vieux marché aux grains 1000 Bruxelles

25 octobre 2017

STOP aux violences envers les femmes

14h Gare Bruxelles Nord. 1030 Bruxelles


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Paul Gillman, la légende du rock parle du Venezuela

Paul Gillman a donné récemment un entretien au magazine Rolling Stone de Colombie, nous nous sommes permis de vous le traduire car sa vision dissonante sur la situation actuelle dans son pays est éclairante.

L’invitation et l’annulation (par l’organisation) de sa présentation au Rock al Parque ont donné dernièrement du fil à retordre aux positions antagonistes du conflit actuel au Venezuela. L’homme d’affaires Julio Correal — connu pour avoir fait venir en Colombie des artistes comme Cerati, Molotov et Draco Rosa, ainsi que Manu Chao et Calle 13, notoirement connus pour leurs positions à gauche — a entrepris une campagne contre Gillman, une légende du rock métal sud-américain avec 40 ans de carrière en annulant son concert au Rock al Parque à cause de sa sympathie envers le gouvernement de Nicolás Maduro.

Julio Correal fait partie des cofondateurs de cette fête populaire, et il est clair que sa voix pèse dans l’organisation. La question qui se pose est s’il est légal pour tout entrepreneur privé d’interférer dans une politique qui fonctionne avec les ressources publiques ?

Pour l’instant, nous avons la version de Paul Gillman, qui au-delà de ce qui s’est passé au festival, nous montre une facette du Venezuela qui, à son avis, reste bien caché pour les Colombiens. A vous de juger.

Raconte-nous avec tes propres mots, ce qui t’est arrivé avec Rock al Parque ?, Pourquoi t’a t-on retiré de l’affiche ?

La seule chose que je peux te dire que je n’ai rien fait pour être dans cette situation, c’est un peu comme quand vous êtes à l’école et qu’un élève lance une craie au prof, et quand elle se tourne, elle se défoule sur celui qui à l’air le plus stupide (rires). Je pense que c’est ce qui m’est arrivé ; c’est tout simplement une situation politique qui a été exacerbé à un point que nous ne pouvons pas comprendre. Il y a des gens à l’étranger qui nous appellent croyant que nous sommes en pleine guerre civile et que nous sommes en train de nous tuer dans les rues ... c’est ce qui se passe dans deux ou trois rues au centre-ville de Caracas, et tout à coup il y a une autre rue latérale dans une autre région, mais la la publicité, les médias, cette chose si malade, nous fait croire que nous sommes en train de vivre pratiquement au Vietnam, ou je ne sait pas où, mais ce n’est pas le cas.

Eh bien, je payé pour mes péchés ; tout le monde connait ma position politique, mais je n’allais pas en Colombie pour faire des discours ou tenir des forums. Les fois où je suis allé à jouer en Colombie, à Calarca, à Medellin, Bogota... Je suis allé à chanter parce que c’est ce que je sais faire. Quand je suis dans mon pays, je peux tenir mon émission radio ou à la télévision, mais quand je sors à l’étranger, je ne fait que chanter ma musique.

Je suis juste un dommage collatéral des relations tendues entre nos deux pays, et ce sont des questions que doivent résoudre le politique, mais vous n’allez tout de même pas payer un musicien de rock parce qu’il a des idées différentes des vôtres...

D’autres groupes ouvertement à gauche ont joué à Rock al Parque et n’ont pas été censurés, les rednecks, des groupes absolument fascistes, des ploucs de droite, et personne ne les a censurés, alors pourquoi moi ? Depuis que j’ai écrit ma première chanson en 1977 jusqu’à aujourd’hui, j’ai suivis une ligne droite, je suis toujours le même. C’est une décision assez injuste et partiale manipulée par la haine d’une personne qui est monté en grade... un homme, Julio ... je ne me souviens pas de son nom, heureusement d’ailleurs. Il a mené ce mouvement de rejet et de la haine.

Cet homme ne me connaît pas, on n’a jamais pris un café ensembles, je ne sais pas pourquoi il ma hait tellement, je n’ai pas les mains pleines de sang, comme il le prétend ...

Je pense que si l’on tente de comprendre, et rectifier c’est une affaire de sages, Rock al Parque — au lieu de créer une controverse de cette taille — il pourrait même toucher des âmes, y compris des États car j’incarne un artiste vénézuélien qui traverse les frontières avec le même amour avec lequel l’a fait Simon Bolivar parce que je comprends que je suis aussi dans mon pays, où nous avons chanté beaucoup de chansons.

Maintenant, j’ai l’honneur de venir chanter les chansons d’Elkin Ramirez, qui était mon ami pour la vie. Bien sûr, ils ne sont pas encore suspendus le concert, parce que je pense qu’il s’agit d’un entrepreneur sérieux. Je ne pense pas que qu’un colombien qui se prétends rocker va ruiner un hommage au plus grand rocker qu’a eu la Colombie ...

Tu dit ne pas connaitre Julio Correal. Crois-tu qu’il y ait un intérêt pour créer une campagne passionnelle et t’exclure du festival ?

La vérité c’est que je ne sais pas ; Je crois que je suis la première personne à être frappé par une décision aussi injuste et cruelle, surtout parce que je fête mes 40 ans de carrière, et que j’aurais voulu le partager avec le public colombien. En fait, démocratiquement, sur mon site Web, nous avions ouvert un onglet pour que le public Colombien puisse voter les chansons qui allaient être programmés au concert, donc je n’allais même pas choisir le répertoire car il est difficile de choisir dans 40 ans et 43 disques, un record que personne n’a en Amérique latine.

Par respect, et pour beaucoup de choses ... Je n’ai pas compris... ni 40 ans d’expérience, ni le respect que je ressens pour le public colombien, ou la façon dont j’ai traité Kraken, qui a été le seul groupe que nous avons amené au Gillman Fest, un festival comme Rock al Parque, mais avec 1% du budget... il suffit de demander aux musiciens comment ils ont été traités avec dignité, avec amour ... et tout à coup c’est la réponse que vous obtenez : « parce que tu penses différemment, je t’exclus ».

Je veux que ce soit clair : moi, Paul Gillman, ne blâme pas l’organisation de Rock al Parque. L’organisation du festival a été terrorisée par cet homme Julio, qui a dirigé ce mouvement dans le but de m’exclure ; il a également mobilisé des fibres vénézuéliennes qui sont un peu sensibles. En fait, quand je commence à vérifier, il y a des musiciens que j’ai nourris, certains ont dormi dans ma maison, d’autres invités dans mes émissions, et fait venir dans des festivals. Je ne comprends pas pourquoi il y a une haine politique, et beaucoup ont cessé de me parler. Mais si vous mettez cette réaction sur une balance, il y a beaucoup plus de gens qui veulent voir ce spectacle que ceux avec leur haine et leur terrorisme.

C’est pour cela que j’invite donc ceux de Rock al Parque à être honnête avec les gens et de ne pas écouter les terroristes, écoutez les gens. Pourquoi ne pas se soumettre aux voix du peuple ? « Voulez-vous ou pas que Paul Gillman vienne ? ». Osez-le faire, si les gens ne veulent pas de moi, je ne viendrais pas. Qu’est qui va peser plus, un terroriste derrière un clavier ou des milliers de personnes qui veulent voir un concert de rock ? Car il est clair que Paul Gillman va en Colombie pour respecter la Colombie, j’y vais pour chanter, pas pour convaincre, ou donner des discours politiques.

Il y a un secteur qui dit qu’il s’agit d’une censure envers Paul Gillman, mais par ailleurs, il fait partie d’un gouvernement qui censure la presse et l’opposition, qu’en penses-tu ?

Écoutez, je ne vais pas vous parler du gouvernement colombien parce que chacun ont leurs avantages et leurs inconvénients, ou ses partisans et ses détracteurs. J’ai mon opinion sur le gouvernement colombien, mais par respect ne va pas le dire parce que ce serait une ingérence, et d’un autre côté je ne veux pas une ingérence dans mon pays. Vous devez vivre ici et voir ce que je vois, ce que les gens souffrent, et non pas ce que les médias montrent. C’est le monde à l’envers, cher à Eduardo Galeano.

C’est le seul commentaire du un peu politique que je vais faire. Je pense que l’organisation s’est fait intimider et est en train de commettre un acte d’injustice ; Il est en train de censurer un artiste pour ses idées, et non pas pour sa musique ou sa carrière.

D’un point de vue artistique, le rock est une expression rock contestataire, qui est en général contre l’establishment. Peux-t-on faire du rock étant à la fois en phase avec l’establishment, qui dans ce cas est un gouvernement ?

Toute ma vie je me suis battu. Ma première chanson a s’intitule Libertad et je l’ai écrit en 1978, et c’est un des classiques de Arkangel. J’ai enregistré en Represión Latinoamericana, j’ai enregistré El Desempleado (le chômeur), Los Gusanos del Poder (les vers-de terre au pouvoir), qui dit « Ils se moquent de toi, ils se moquent de moi / donne moi ton épée libertador pour te venger »... tant de chansons révolutionnaires que j’ai écrit dans ma vie. Je les ai enregistrés dans les années 80, quand nous avions une dictature brutale déguisée en démocratie, quand il y avait des disparitions et des meurtres de tant de jeunes qui pensaient différemment. Nous l’avons vécu, c’est pour cela que j’ai écrit contre tout ça.

Mais quand un gouvernement arrive, et la première chose qu’il fait est de m’accepter en tant que rocker, aucun gouvernements précédent n’a jamais fait ça, ouvrir les voies ... Le commandant Chavez a créé le Gillman Fest — presque par décret présidentiel — pour créer un festival de rock, je n’ai vu ça nulle part ailleurs. Le président Maduro est issu du groupe Enigma, un groupe de heavy rock, il était le guitariste ... Vais-je chanter contre ceux qui m’ouvrent des portes ?, Contre ceux qui m’ont donné le pouvoir de donner aux musiciens du rock — qui étaient par ailleurs piétinés, torturés et assassinés — une plate-forme digne et leur payer ce qu’ils méritent ?, je devrais être fou.C’est comme si j’étais le Pape, qui écoute Dimmu Borgir ou Venom, en allant dormir, ce serait contradictoire. Ou bien vous êtes satanique, ou bien vous êtes le Pape. Je ne peux pas chanter contre ceux qui me donnent tout ce pourquoi je chante.

Maintenant, il y a des combats dans les rues et des morts entre les deux parties, ce qui est vrai, je ne dis pas que ça ne se passe pas. Mais il y a aussi des choses ici qui ont lieu et qui ne se montrent pas à l’extérieur. Est-ce que vous savez qu’ils ont tenté de brûler une maternité avec 54 enfants à l’intérieur ? Non, ils ne te le diront-pas. Des choses horribles se passent ici et les gens savent qui le fait.

Je vais juste te laisser cette pensée : il y a des fous dans les rues, complètement fous, malades, fanatiques de la la haine, comme ce monsieur Julio, qui représente ce que l’opposition représente au Venezuela, je t’ai tout dis je crois. Séparation de classes, le racisme, une classe moyenne supérieure haïssant les classes les plus pauvres parce maintenant ils ont un logement et avant ne l’avaient pas... l’éducation gratuite ... J’imagine que tout ça on vous le dit pas ; tant de choses que le gouvernement fait pour le peuple. Il s’agit d’une classe moyenne supérieure qui veut reprendre le pouvoir et écraser les pauvres.

Je suis du côté des pauvres gens qui se défendent d’une attaque terroriste et brutale. Ce qui se passe est que, malheureusement, on vous vends tout à l’envers. « Les manifestants pacifiques, » Mon cul !, Ils tirent aveuglement dans la foule, puis c’est la faute au gouvernement, qui défend les écoles du pillage, les hôpitaux...

Saviez-vous qu’ils ont brûlé un théâtre ?, Saviez-vous qu’ils ont brûlé une université ?, Saviez-vous qu’ils ont brûlé 154 bus de première classe nécessaires dont le peuple avait besoin ? Il y a des choses horribles. « Il n’y aurait pas de nourriture au Venezuela ? », bien-sûr, ces gars-là saisissent les camions et les brûlent,ils préfèrent voir les gens mourir de faim pour rendre ce pays ingouvernable et qu’on s’entre-tuent.

Il s’agit tout simplement d’une opposition fasciste brutale contre un peuple, un peuple qui résiste. C’est tout ce qui se passe ici. Vais-je être en faveur de quatre fous de la haute société qui veulent détruire notre peuple humble et enlever tous les droits que nous avons gagné ? Non, je ne suis pas fou, je suis du côté du peuple, et le temps m’acquittera.

Penses-tu qu’en tant qu’artiste tu as la responsabilité de prendre une position politique et participer au débat ?

Bien sûr, par exemple, je suis un grand admirateur de Ted Nugent, et j’ai tout les disques depuis les Amboy Dukes, mais je n’ai aucune affinité avec l’ultra radicalisme des redneck républicains qu’il a dans la tête, ni avec les armes et la chasse des animaux. Je ne vais pas voir un concert de Ted Nugent, ce serait stupide car ce sera plein de gens comme lui et si je dis « Vive Obama !, Pourquoi tu n’aime pas les Noirs ? ». Je me ferais tuer. Je ne suis pas idiot, je reste à la maison et je ne vais pas le voir.

C’est la meilleure façon, si tu n’aimes pas, n’y vas pas, ne lui détruit pas son concert, s’il te plaît. Il a ses pensées, même si je ne suis pas d’accord avec lui. Mon plus grand idole, c’est Alice Cooper, j’ai eu la chance de le serrer dans mes bras, c’est un républicain, et je n’aime pas les républicains. Vais-je pour autant brûler ses disques ? Je serait un imbécile.

Tout le monde a sa position. Neil Young, a une position frontale contre le gouvernement Trump. Combien d’idoles du rock n’ont pas en ce moment des positions frontales contre Trump ? Ce n’est donc pas une raison pour détruire son concert. Bruce Springsteen, une icône, il déteste Trump, ça ne veut pas dire qu’ils vont mettre un décret pour l’empêcher de jouer partout, parce que nous parlons de démocratie, pas vrai ?

Et pour terminer, comment vois-tu l’avenir du Venezuela ?, Que penses-tu ce qui va se passer ?

Nous ne le savons pas. Depuis que le commandant Chavez est arrivé au pouvoir cela a été une lutte acharnée pour que la droite ne redonne tout ce qu’elle avait volé pendant 40 ans, à l’époque que nous vivions dans une fausse démocratie. Maintenant, nous sommes dans une démocratie participative dans laquelle les gens prennent les décisions, il y a des avancées et des reculs qui ne cesseront jamais. Ceci est une lutte de classe, et j’espère, que cela s’arrêtera un jour. Qu’ils aient l’intelligence, à la fois d’un côté et de l’autre pour asseoir et négocier. Les FARC ont négocié avec le gouvernement, non ?, Ce ce fait, le Venezuela y était pour beaucoup dans les négociations pour la paix en Colombie.

Nous espérons que l’opposition revienne à la raison parce que Nicolás Maduro leur a dit 30.000 fois de s’assoir et de parler, et ils ne veulent pas et ils ne veulent pas et ils ne veulent pas. Le pape leur dit de dialoguer et ils ne veulent pas.

Le Venezuela est vendu. Toutes nos ressources naturelles ... Nous sommes le pays qui a le plus de pétrole sous ses terres, et maintenant on a du coltan, de l’or et des diamants. Nous ne savons pas si c’est une bénédiction ou une malédiction parce que les grandes puissances étrangères regardent le Venezuela comme un affamé qui a passé trois jours sans manger et qui est devant un rôti.

Venezuela est maintenant au centre d’une discorde, ils veulent nos ressources, et pour cela il y aura une guerre civile. C’est cela qui se joue au Venezuela, au travers des cendres et la puanteur de nos morts viennent les transnationales s’accaparer ce qui est à nous. C’est tout.

Je ne sais pas ce qui va se passer, personne de sain d’esprit ne peut dire ce qui se passera. Ce que nous voulons est le meilleur pour le Venezuela, et le retour de la paix.

Ainsi soit-il.

Entretien réalisé par Alfonso Pinzon, le 13 mai 2017
Source : Rolling Stone
Traduit par ZIN TV



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