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Le Nutella et l’image des foules

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Henri Alekan, Chef opérateur de cinéma. Syndicaliste CGT. Socialiste et pacifiste. Résistant.

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A propos du film "Septembre Chilien" : Tournage au Chili

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Vladímir Vissotsky et le zastoi

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Le film The Square : entre idiots déclarés et vie réelle

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L’Ambassade (film retrouvé) de Chris Marker, la déconstruction d’un récit

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Les 5 meilleures apps de messagerie chiffrée

Afin de garde secret les conversations, il est possible de se tourner vers des applications de messagerie chiffrée. Le point avec une sélection des meilleures d’entre (...)

Dérive morale du FIPA - Festival international de programmation audiovisuelle

Ce serait, à mon avis, un acte de dignité de refuser de participer à cette opération de propagande politique. Je les invite donc à retirer leurs films sélectionnés à ce FIPA 2018 et de se retirer du (...)

Gilles Deleuze : Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses

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Andreï Tarkovski : Pour être libre

Je suis convaincu que si un artiste parvient à réaliser quelque chose, c’est qu’en réalité il vient combler un besoin qui existe chez les autres, même si ceux-ci n’en sont pas conscients sur le (...)

Le Mal et l’enfant sauveur. Du Seigneur des Anneaux à Harry Potter

Comme pour nous préparer à l’éventualité du conflit, nous y voyons le « Bien » forcé, à contrecœur, de combattre les « armées du Mal »...

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Andrzej Wajda : Le découpage, hier et aujourd’hui

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Sermon de Wajda aux élèves-cinéastes de Lodz

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Réponse à Pierre Bourdieu, par Daniel Schneidermann

Réponse à Pierre Bourdieu, par Daniel SCHNEIDERMANN
Le Monde Diplomatique, Mai 1996, Page 21

Cher Pierre Bourdieu.
Comme il est difficile, pour un intellectuel, de penser la télévision ! Ainsi donc, votre venue à « Arrêt sur images », l’émission hebdomadaire de relecture des images télévisées de La Cinquième, le 23 janvier, ne vous inspire-t-elle, dans Le Monde diplomatique du mois dernier, que cet étrange et touchant cri de colère, de remords et de dépit.

Ainsi donc, assurez-vous, votre « confiance a été abusée ». Quelle que soit mon indignité à débattre avec un professeur au Collège de France, je souhaiterais m’arrêter, non point sur des images, mais sur votre texte. Un mot, pour commencer, de son étonnante structure. Après avoir livré, sur deux colonnes, votre version de nos conversations préalables à votre venue, et sans transition, vous brossez dans la troisième colonne un tableau critique du dispositif d’une émission télévisée.

Une lecture rapide pourrait faire croire que ce résumé peu flatteur s’applique à « Arrêt sur images », alors que vous décrivez en fait « La marche du siècle », émission de France 3, à laquelle vous aviez aussi participé quelques années plus tôt. Ne pouvant croire que cette ambiguïté soit délibérée, je n’y insiste pas. Plus intéressant, ce texte révèle à mes yeux, dans votre pensée et votre vision du monde, plusieurs surprenants points aveugles, à commencer par... la télévision elle-même. A quoi se résume en effet l’essentiel de vos reproches ? A ne pas vous avoir laissé totalement maître du déroulement de l’émission. Vous eussiez aimé en ordonner à la fois la composition du plateau et les extraits projetés. Vous opposer des contradicteurs, vous interrompre, même respectueusement, prétendre ajouter quelques séquences à celles que vous aviez vous-même demandées pour étayer vos propos, fut à vos yeux un crime de lèse-majesté. On ne débat pas avec Pierre Bourdieu, on ne contredit pas Pierre Bourdieu, on n’interfère pas avec le discours de Pierre Bourdieu. C’était si simple ! Vous veniez seul, avec vos images, délivrer votre message. La télévision s’abdiquait elle-même. Au fond, si l’on vous comprend bien, il n’existe qu’une forme imaginable de communication : le cours magistral au Collège de France. Ce refus rétrospectif de la contradiction me surprend. Il me semble encore vous entendre, au téléphone, vous réjouir de la perspective de « rentrer dans la gueule » de vos contradicteurs. « On me dit que je suis bien meilleur face à une contradiction forte », disiez-vous. Ai-je rêvé ? Allons ! Nos négociations sur la composition du plateau furent limpides. Pourquoi insinuer autre chose ?

Vous souhaitiez, pour critiquer le traitement télévisé des grèves de décembre, vous appuyer sur des extraits des émissions de Jean-Marie Cavada (France 3) et Guillaume Durand (TF 1). Je m’assurai que tous deux viendraient vous donner la réplique. Et nous fûmes d’accord. Mais ne considérons que votre texte, puisque c’est la posture que vous adoptez aujourd’hui. Cet effroi affiché du maître devant la contradiction est d’abord révélateur de la déliquescence du débat intellectuel en France. Vous n’avez pas tort : l’« assènement » magistral est aujourd’hui la seule forme admise d’expression intellectuelle publique. Des chefs et des sous-chefs d’écoles délivrent leurs leçons, dans la totale indifférence des chapelles voisines. Il est surtout révélateur d’une méconnaissance étonnante de la puissance de l’outil télévision. L’eussiez-vous chassée par la porte, celle-ci serait rentrée par la fenêtre. Son éviction, elle s’en serait vengée en... la soulignant cruellement à l’image. « Pierre Bourdieu vous parle » : était-ce là votre émission rêvée ? Que souhaitiez-vous, en prime ? Des roulements de tambours ? Un présentateur en uniforme ? Une heure d’horloge durant, voir un digne professeur délivrer son cours et lancer ses excommunications : qui eût regardé jusqu’au bout cette parodie sans éclater de rire ?

Oui, la télévision est une moulinette. Les rides d’un invité de plateau, les plis de son front, y seront toujours plus éloquents que sa démonstration. Oui, l’unité de base y est le « coup de gueule », ou le « coup de coeur ». Même si, en effet, vous avez bénéficié de vingt minutes de parole sur une durée totale de cinquante-deux minutes (contre huit minutes pour chacun de vos deux contradicteurs), passer à la télévision pour tenter d’y délivrer une pensée, c’est obligatoirement passer un compromis avec la moulinette. Dans un compromis, cher Pierre Bourdieu, on gagne, mais on perd aussi. Que suis-je prêt à sacrifier (en virginité, en intégrité, en complexité, en impunité)... en échange de quels bénéfices (en notoriété, en efficacité) ? Jusqu’à quel point le message à délivrer vaut-il de se laisser broyer par la mécanique de l’image ? Voilà les seules questions qui importent.

A peine m’avez-vous reproché de trop sacrifier à la mécanique de la télévision que surgit sous votre plume un autre grief contradictoire : j’aurais dû m’abstenir d’informer les deux autres invités de la liste des critiques que vous projetiez de leur adresser. Souhaitiez-vous donc jouer l’effet de surprise, le direct, le « coup de télé » ? Rêviez-vous de les prendre par surprise tiens, encaisse celle-là ? Souhaitiez-vous que la caméra aille surprendre sur leurs visages les stigmates de la foudre bourdivine ? Désolé : ce n’est pas la pratique habituelle de notre émission.

Ces effets-là, auxquels incite en effet la mécanique de la télévision rien ne « fonctionne » mieux en télé qu’une mise à mort, rien n’est plus efficace que le sang , nous les refusons. Bourdieu mettant à mort Durand et Cavada : à supposer que votre arme ait été assez acérée, et que votre poing n’ait pas tremblé, cela eût sans doute assuré à l’émission une jolie promotion, et une belle audience. Mais non. Au « coup de télé », à l’attaque-surprise, je m’obstine à préférer le dialogue franc mais loyal, dans lequel chacun a eu le temps de fourbir ses arguments. Nos invités peuvent toujours, au préalable, prendre connaissance du programme avec le degré de précision qu’ils fixent eux-mêmes.

Ce jour-là, d’ailleurs, ce ne fut pas le cas, ni Jean-Marie Cavada ni Guillaume Durand ne nous ayant demandé de leur dévoiler vos batteries. Mais, le plus stupéfiant et le plus révélateur de votre article , c’est ce qui n’y figure pas : l’analyse de l’émission elle-même. Ce que vous souhaitiez dire, ce que vous n’avez pas pu dire, vos a priori sur la télévision : nous n’en ignorons plus rien. Mais votre regard sur l’émission ? Vous avez zappé ces cinquante-deux minutes, qui furent pourtant grâce à vous, ne vous en déplaise, ce moment unique où la télévision, en la personne de deux de ses dignitaires, accepta courageusement, je le maintiens de venir se soumettre à la critique d’un intellectuel. « D’où parlent » les visages qui causent dans le poste ? Comme elle est décryptable, pourtant, cette émission ! Comme ses échanges, ses regards, ses silences sont éloquents ! Oui, ses silences ! Car un spectacle de télévision, cher Pierre Bourdieu, ce ne sont pas seulement les mots qui y circulent. Ce sont aussi les instants inattendus, imprévisibles qui, volant aux participants leur vérité inavouable, lui impriment sa couleur.

De grâce, regardez-la, cette émission : tout ce que vous vous reprochez, dans votre article, de n’avoir pas pu dire, tout cela crève tout de même l’écran. Jusqu’à votre stratégie du martyr vous laisser interrompre pour souligner la barbarie de vos interlocuteurs si lisible dans votre sourire douloureux des premiers instants face à la première question de ma consoeur Pascale Clark : « On ne vous a pas beaucoup entendu, à la télévision ? » Un silence, puis : « Non. » Ah, ce silence ! Du mépris pour la journaliste à la pitié pour la « victime du système », tout y est simultanément, prodigieusement, cruellement lisible !

Cela nous amène, cher Pierre Bourdieu, à votre second point aveugle : vous-même. « J’avais demandé expressément que mes prises de position pendant les grèves de décembre ne soient pas mentionnées », rappelez-vous. Outre que je n’ai aucun souvenir d’une telle exigence, cette revendication me laisse rêveur. Que reprochez-vous par ailleurs, en effet, à la télévision ? Vous critiquez les émissions qui passent sous silence « les positions partisanes de certains participants ». Que M. Peyrefitte, sur certains plateaux, soit présenté comme « écrivain » et non comme « sénateur RPR » ou « président du comité éditorial du Figaro », voilà, selon vous, une coupable mystification. Je partage votre indignation. On n’indique jamais trop précisément aux téléspectateurs « d’où parlent » les visages qui causent dans le poste. Mais pourquoi seriez-vous le seul à devoir échapper à cette salutaire exigence ? Pourquoi vous octroieriez-vous seul le droit d’apparaître, à votre choix, comme « au-dessus de la mêlée », retranché sur l’Aventin du Collège de France ou bien comme pugnace combattant au côté des grévistes ? A Guillaume Durand, qui vous en fait la remarque au cours de l’émission, vous répliquez, atterré : « Il faudrait deux heures, pour répondre à cela. » En effet !

Il faudrait même sans doute bien davantage que deux heures pour détailler le miraculeux processus de dédoublement entre le Bourdieu qui, gare de Lyon, vient apporter son soutien aux cheminots et celui qui, du haut de sa chaire, dégagé des emportements du vulgaire, fustige scientifiquement la pernicieuse télévision. A moins, évidemment, que vous ne parliez de nulle part. « Que faudra-t-il inscrire sous votre nom ? » vous demandai-je encore au cours de l’émission. « Rien », répondez-vous, superbe. Cette autre grande seconde de vérité, le professeur de communication Daniel Bougnoux a choisi à son tour de la décrypter, quelques semaines plus tard, dans un numéro ultérieur d’« Arrêt sur images » (le 13 mars 1996). « On ne saurait mieux signifier que dans Bourdieu, il y a Dieu », analysa-t-il. N’est-ce pas cette ironique remarque, pourtant sans méchanceté, qui a déclenché votre furie, et la rafale de mitrailleuse dans Le Monde diplomatique ? Ces deux instants de vérité ne sont pas les seuls. De votre apparition à « Arrêt sur images », je conserve pour ma part un autre motif de stupéfaction : comment, du thème proposé « La télévision et le mouvement social » vous avez insensiblement glissé à « la télévision et Pierre Bourdieu ». Dieu sait que cette grève fut riche en images de gens du peuple, des grévistes se réchauffant à leurs braseros aux salariés pris au piège des embouteillages, des bateaux-mouches aux auto-stoppeurs et aux cyclistes. Mais tous ces visages-là n’avaient pas retenu votre attention. En revanche, Jean-Marie Cavada interrompant Pierre Bourdieu à « La marche du siècle », deux ans auparavant : voilà l’offense qui méritait réparation. Comme si toute la Misère du Monde s’incarnait en Vous. Comme si, interrompre Bourdieu, c’était offenser les damnés de la Terre. Comme si plaisanter Bourdieu, c’était blasphémer. Risquons une explication.

Si l’image des grévistes ne vous intéresse qu’à travers celle des hiérarques syndicaux ou la vôtre ; si, dans le flux télévisuel, seules vous fascinent les émissions de plateau où se joue, entre hommes de pouvoir animateurs d’émission, dirigeants syndicaux, ministres, sociologues , la tragi-comédie du pouvoir c’est évidemment parce que le pouvoir est votre élément, votre objet d’analyse et de conquête, votre plus cher souci. Pouvoir : le mot vous répugnera sans doute sincèrement, vous dont toute l’oeuvre respire la compassion envers les humbles et la colère contre les mécanismes qui les broient. Sans doute votre pouvoir d’aujourd’hui enivre-t-il et effraie-t-il à la fois le boursier béarnais, l’observateur attentif, le sociologue subversif que vous fûtes, mais c’est ainsi. Votre pouvoir est aujourd’hui immense. Vous vous plaisez parfois à vous offusquer du pouvoir à vos yeux excessif des médias, en général, et de la télévision, en particulier. Vous avez raison. Mais le vôtre ? Ne vous aveugle-t-il pas ? Certes, on ne vous reconnaît pas dans la rue. Dans plusieurs lettres, après l’émission, on m’a demandé qui était « ce sociologue » qui avait, avec tant de hardiesse, interpellé les hommes de télévision.

Mais votre narcissisme, que vous évoquez dans votre article, trouve bien d’autres compensations, et je ne parle pas seulement des médailles d’or du CNRS. Que vous paraissiez, et les médiatiques tremblent. Doublement cuirassée par le Collège de France et la Misère du Monde, votre légitimité écrase leur fragile notoriété, ils le savent, et vous savez bien qu’ils le savent. Pourquoi Jean-Marie Cavada et Guillaume Durand, ces vedettes de la télévision, se sont-ils fait un devoir d’accourir à votre convocation ? Pourquoi Le Monde diplomatique a-t-il publié votre cri, avec force affichettes dans les rues de Paris ? Parce que vous détenez, dans la vie intellectuelle, une légitimité considérable, une des toutes premières, et que les médias, tous les médias, même les plus légitimes d’entre eux, renforcent leur légitimité en vous accueillant. En termes triviaux, publier Bourdieu, inviter Bourdieu, même pour être le réceptacle ou la cible d’une de ses philippiques anti-médias, c’est s’anoblir, s’approprier un peu de votre légitimité. Pour un journal ou une émission, vous êtes aussi un élément de standing ou, pour reprendre un concept que vous avez si magnifiquement éclairé naguère, un signe de distinction.

Et cela est aussi vrai pour La Cinquième, en général, et « Arrêt sur images », en particulier, qui, dans la confrontation du Savoir et du Faire-Savoir, se veulent alliés naturels du premier contre le second. Relisant devant les téléspectateurs les images de télévision, contraignant la télévision à s’arrêter sur ses errements, la dépossédant de son arme suprême le non-retour sur elle-même , « Arrêt sur images » a pour premier but de combattre le pouvoir hypnotique de la télévision. Oui, on peut jouer à ce jeu dangereux dans la gueule du loup elle-même, à la télévision, et nous tentons de le démontrer chaque semaine. Mais, s’il est nécessaire de critiquer la télé à la télé, il est tout aussi nécessaire d’y critiquer... la télé qui critique la télé. Aucun pouvoir ni celui de Cavada et Durand, ni le vôtre, ni le contre-pouvoir, balbutiant, des émissions de « méta-télévision » ne doit renoncer à s’exercer aussi contre les mystifications dont il est, par essence, producteur. Quiconque vient sur un plateau de télévision, fût-ce pour offrir la riche représentation allégorique du Savoir terrassant le Paraître, y devient aussitôt icône, et donc légitimement objet lui-même de décryptage. Pourquoi le spectacle télévisé de « Pierre Bourdieu critiquant la télé à la télé » (spectacle redoutablement efficace, comme en témoignèrent les réactions qui suivirent votre venue) serait-il seul tabou ?

L’exercice, je le conçois bien, est ambigu, mais il est nécessaire, et je regrette sincèrement que vous ne l’ayez pas supporté. Votre cri de colère, j’eusse aimé l’entendre... sur notre plateau. Et je ne désespère pas que vous en repreniez un jour le chemin. Concluons. Au total, grâce à ces deux émissions et à cet échange à distance dans Le Monde diplomatique , peut-être aurons-nous contribué ensemble à cette mission de salubrité publique : rendre les téléspectateurs-citoyens moins dupes de ce qu’ils voient et entendent.

L’attelage hétéroclite que nous formons aura peut-être fait progresser une idée simple, dont je sais qu’elle vous est chère : accepter sans rébellion toute représentation publique du pouvoir (y compris du pouvoir intellectuel), c’est déjà être dominé. N’est-ce pas l’essentiel ?



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