23 octobre 2017

Conspirateurs et Révolutionnaires. Rubino et les autres

18h30 Garcia Lorca. Rue de Foulons 47-49 Bruxelles

24 octobre 2017

Manifestation contre le blocus contre Cuba

17h30 Vieux marché aux grains 1000 Bruxelles

25 octobre 2017

STOP aux violences envers les femmes

14h Gare Bruxelles Nord. 1030 Bruxelles

26 octobre 2017

Projection film : Hidden Figures

14h Pianofabriek. Rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles

26 octobre 2017

Conférence d’Amzat Boukari sur Thomas Sankara + concert

18h Local Sacco Vanzetti. 54 chaussée de Forest, 1060 (...)

27 octobre 2017

Débat : Quel média pour Bruxelles ?

18h Maison des Cultures Molenbeek. Rue Mommaerts 4, 1080 (...)

2 novembre 2017

2, 3 et 4 novembre. Espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe

16h Grande Salle de la Maison du Peuple. Parvis de Saint-Gilles, (...)

3 novembre 2017

3 et 4 novembre. Espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe

09h Grande Salle de la Maison du Peuple de Saint-Gilles, Parvis (...)

4 novembre 2017

1917-2017 : Espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe

09h Grande Salle de la Maison du Peuple de Saint-Gilles, Parvis (...)

9 novembre 2017

Visages des féminismes : décolonisons le féminisme

19h L’horloge du sud. 141 rue du Trône - 1050 Bruxelles


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Si on prenait un peu aux riches, ça ferait combien pour les pauvres ?

Forbes vient de révéler son classement annuel des grandes fortunes. Nous voici pleinement rassurés : du côté des milliardaires, la crise est presque effacée. Ils sont en 2010 quasiment autant et aussi riches qu’en 2008… Et pendant ce temps, le chômage continue d’augmenter. Cette situation est-elle une fatalité ? Que se passerait-il en cas de coup de balai fiscal ?

Question politiquement incorrecte quand on est gouvernés par des riches, mais je la pose.

En 2007, en France, les 10 % les plus riches avaient un « niveau de vie » moyen de 50 778 euros par an et par « unité de consommation (uc) » ou «  équivalent adulte isolé » (voir ci-dessous), soit 4231 euros par mois.

Quant aux 10 % les plus pauvres, ils avaient en 2007 un niveau de vie par uc de 7698 euros, soit 641 euros par mois. DONC 6,6 FOIS MOINS. (source)

Parenthèse technique. Pour l’Insee, le niveau de vie d’une personne est égal au revenu disponible du ménage (après impôts directs) divisé par le nombre d’unités de consommation. On attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. Avec cette définition, toutes les personnes d’un ménage ont le même « niveau de vie ». En moyenne, on a en France 1,6 UC par ménage, avec des écarts (que j’ignore) selon les niveaux de vie. Les raisons pour lesquelles on adopte des conventions aussi abstraites tiennent, par exemple, au fait que deux personnes vivant en « ménage » sous le même toit ont un niveau de vie supérieur à celui de deux personnes ayant les mêmes revenus mais vivant isolément. Fin de la parenthèse.

Décidons arbitrairement de prélever 10 % des revenus des 10 % les plus riches. En moyenne. Car on peut (et on doit) faire du progressif, mais peu importe ici. Ils continueront à vivre très bien, merci. J’en fais partie, je sais. Cela fait un prélèvement de 423 euros par mois en moyenne par UC (équivalent adulte).

Premier scénario. On transfère le tout aux 10 % du bas de l’échelle (le premier « décile »), là aussi en attribuant plus à ceux qui ont le moins. Ils voient progresser leur niveau de vie moyen de 66 %, ce qui change leur vie : ils passent en moyenne de 641 euros par UC, bien en dessous du seuil de pauvreté (908 euros pour une personne seule en 2007) à 1 064 euros par UC.

Second scénario. On peut (et on doit), en conservant la progressivité, décider d’utiliser cette « redistribution solidaire des revenus » pour améliorer le sort des 20 % du bas de l’échelle, à raison par exemple de deux tiers de la somme prélevée pour le premier décile (soit 282 euros par UC et par mois), et un tiers pour le deuxième décile (dont le niveau de vie moyen était de 938 euros par UC et par mois). On améliore alors le niveau de vie du premier décile de 44 % (niveau de vie de 923 euros en moyenne à l’arrivée) et celui du deuxième de 15 % (1 079 euros en moyenne à l’arrivée).

Cet exercice hypothétique et abstrait − car il y a de nombreuses façons possibles de réaliser de tels transferts de revenus, en passant en partie par la réduction des inégalités de salaires et autres « revenus primaires », et en partie par de vrais impôts et prestations sociales − ne vaut que sur un point. Il prouve qu’en réduisant de façon modérée les hauts revenus, on pourrait éradiquer la pauvreté monétaire en France et améliorer la situation matérielle de ceux qui sont un peu au-dessus du seuil de pauvreté, sans toucher aux revenus de l’immense majorité, et sans invoquer le besoin de croissance. Le rapport entre les niveaux de vie moyens des déciles du haut et du bas passerait de 6,6 (4 231/641) à 4,1 (3 808/923) dans le second scénario (celui qui se propose d’améliorer le sort des 20 % du bas).

Si nos élites ne gravitaient pas, presque toutes, du côté des 10 % du haut, et assez souvent du côté des 1 % les plus fortunés et de leurs réseaux, il y a longtemps que cela aurait été envisagé. Qui plus est, ce serait excellent pour la fameuse « relance de la consommation ».

Au fait, combien représenterait au total cette « redistribution solidaire » aux effets sociaux immenses ?

Une ponction de 5 078 euros par an et par UC (équivalent adulte) en moyenne pour environ 10 % d’un total de 41 millions d’UC, cela fait un peu plus de 20 milliards d’euros. Mais à combien se monte la perte annuelle de ressources fiscales liée aux réductions successives de l’impôt sur le revenu depuis 2000, sans même parler d’autres cadeaux ? Réponse : autour de 30 milliards d’euros, dont les deux tiers ont bénéficié exclusivement aux 10 % les plus riches. Les deux tiers de 30 milliards, c’est… 20 milliards ! Calculs à la louche, mais pas besoin de petite cuillère pour ces ordres de grandeur.

Ce « transfert solidaire » reviendrait donc à peu près à reprendre aux 10 % les plus riches les cadeaux fiscaux qu’on leur a offerts sur un plateau depuis dix ans.

- « Allô, la Gauche ? »

- « Tous nos opérateurs sont en ligne électorale, veuillez rappeler ultérieurement ».

Et si on prenait un peu aux riches… (suite)

Le nombre et l’intérêt des commentaires sur mon précédent post m’incitent à prolonger par quelques remarques. En effet, à partir de mon scénario simpliste et purement quantitatif de transfert de revenus du haut vers le bas, on voit surgir des questions plus concrètes sur le pourquoi et le comment de la répartition et de la redistribution des revenus.

1. Mon petit calcul n’a aucune dimension de projet. Il vise juste à montrer que d’importantes ressources financières existent en haut de la hiérarchie des revenus, que si une partie modeste de ces ressources (correspondant par exemple aux cadeaux fiscaux dont les 10 % les plus riches ont bénéficié depuis 2000) allait vers les bas revenus, cela aurait un impact énorme.

2. Il ne faut pas interpréter ce calcul comme une invitation à voir dans l’impôt le seul grand outil de réduction des inégalités. Ce dernier a beaucoup perdu en progressivité en France en trente ans, et donc retrouver de la progressivité serait bien utile. Mais il est non moins important d’agir sur les salaires et autres revenus « avant impôts », en prévoyant notamment des plafonds (révisables) de très hauts salaires et des plafonds de rendement des placements financiers et immobiliers. Une plus juste distribution initiale exige moins de redistribution. Ce serait une autre modalité, plus décisive, de « partage » des richesses économiques. Voir mes textes des 17 et 29 novembre 2008.

3. Pour mémoire. Il y a bien d’autres richesses à mieux partager que les revenus et les patrimoines monétaires : temps de travail et qualité du travail, temps libre, travail domestique et familial, libertés de choix de vie, etc. Les inégalités sociales sont multidimensionnelles et cumulatives et elles ne s’expliquent pas toutes par les inégalités de ressources monétaires.

4. Retrouver des ressources pour l’action publique via des impôts plus élevés (en moyenne) mais plus justes et plus progressifs est indispensable pour bien d’autres motifs que la lutte contre la pauvreté. Je ne vais pas ici dresser une liste de politiques publiques en attente de moyens, mais la plus importante à long terme est sans doute celle qui concerne l’environnement. Et, à court terme, c’est la politique publique de l’emploi qui devrait être prioritaire en relation avec celles concernant « l’exclusion » et la pauvreté. En finir avec les heures supplémentaires défiscalisées et avec les réductions de l’emploi public, créer massivement des emplois aidés de bonne qualité, soutenir et encourager les très nombreuses associations employeuses contraintes aujourd’hui ou demain de mettre la clé sous la porte alors qu’elles rendent des services d’utilité sociale, réduire de façon équitable la durée du travail partout où elle est trop longue, etc.

5. L’un des commentateurs de mon texte (pseudo : jmv59) écrit : « J’avais réalisé des simulations semblables il y a quelques mois et j’étais parvenu à l’idée de fonder ce mode de contribution de solidarité sur les patrimoines, dont la répartition est scandaleusement plus inégale encore (le rapport entre les déciles extrêmes n’est pas de 6,6 mais de 2 135 !)… On peut même rêver et cumuler les deux pour offrir une amélioration du niveau de vie pour la moitié de nos concitoyens ».

C’est évidemment une piste fort importante. J’ai pour ma part, dans certains posts, montré qu’un ISF mondial au taux moyen français, appliqué aux seuls millionnaires en dollars (0,15 % de la population, patrimoines évalués hors résidences principales), rapporterait 500 à 600 milliards de dollars par an. De quoi financer à la fois les Objectifs du millénaire des Nations unies et les grands investissements pour contrer le changement climatique.

Ce commentateur a bien voulu m’envoyer sa feuille de calcul. C’est pratique quand des gens coopératifs font le boulot pour vous ! Les données de l’Insee sont accessibles via ce lien. Malheureusement, la dernière année disponible est 2003, en raison de la très faible fréquence des enquêtes sur le patrimoine (la dernière date de début 2004) !

Quoi qu’il en soit, les résultats sont dignes d’intérêt, bien que des incertitudes subsistent. Les données des enquêtes directes sur le patrimoine des ménages ne sont pour l’instant guère compatibles avec les évaluations globales de la comptabilité nationale. Les enquêtes sous-estiment les très hauts patrimoines : l’Insee parle pudiquement de la « difficulté à inclure dans l’échantillon les ménages détenteurs des plus hauts patrimoines financiers »…

En se limitant aux données des enquêtes, on obtient cet ordre de grandeur. Pour obtenir la même ponction sur les plus riches que dans ma simulation − qui consiste à « reprendre » en moyenne 10 % des revenus des 10 % les plus riches (en termes de revenus) −, il faudrait prévoir un prélèvement annuel moyen de l’ordre de 1 % du patrimoine brut des 10 % les plus riches (en termes de patrimoine).

Il faut savoir en complément que la progression des patrimoines des déciles supérieurs a été telle entre 1997 et 2003 (plus de 5,5 % par an en moyenne en euros courants, donc plus de 3,5 % en euros constants) qu’un prélèvement de 1 % par an ne les aurait pas empêchés de croître vivement sur cette période, et il ne fait guère de doute que ce constat serait également vérifié jusqu’en 2009.

A nouveau, cet exercice ne donne pas les clés concrètes d’une politique fiscale juste sur le patrimoine, les successions, etc. Mais les ordres de grandeur des « réserves de ressources » sont utiles. L’ISF, qui est une vraie passoire, n’a rapporté que 3,8 milliards d’euros en 2008.

Dans les débats publics, la question est souvent posée : vos idées, c’est très bien sur le papier, mais où trouvez-vous l’argent alors que l’Etat est déclaré plus ou moins « en faillite » ? Ce texte et le précédent donnent déjà deux pistes. Mais il en existe bien d’autres, et ce sera pour un prochain texte…

Ajout du 19 janvier. L’un des commentateurs de mon précédent texte nous a fait bénéficier d’un lien fort utile sur la question de l’empreinte écologique comparée des plus riches et des plus pauvres. Mais la copie qu’il a faite de l’adresse est mal passée. Il me l’a envoyée et vous la trouverez ici.

Jean Gadrey, né en 1943, est Professeur honoraire d’économie à l’Université Lille 1. Il a publié au cours des dernières années : Socio-économie des services et (avec Florence Jany-Catrice) Les nouveaux indicateurs de richesse (La Découverte, coll. Repères). S’y ajoutent En finir avec les inégalités (Mango, 2006) et, en 2010, Adieu à la croissance (Les petits matins/Alternatives économiques), réédité en 2012 avec une postface originale. Il collabore régulièrement à Alternatives économiques.



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