22 août 2017

Migrants et réfugiés : regard global et bilan en Belgique

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26 août 2017

Conférence : la solidarité avec Sacco et Vanzetti

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7 septembre 2017

Rencontre avec Philippe Lamberts

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28 septembre 2017

Droit à l’avortement pour toutes !

17h30 quartier Européen - 1000 Bruxelles

28 septembre 2017

Droit à l’avortement pour toutes !

17h30 Bruxelles Quartier Européen

2 novembre 2017

2, 3 et 4 novembre. Espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe

16h Grande Salle de la Maison du Peuple. Parvis de Saint-Gilles, (...)

3 novembre 2017

3 et 4 novembre. Espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe

09h Grande Salle de la Maison du Peuple de Saint-Gilles, Parvis (...)

4 novembre 2017

1917-2017 : Espoirs, utopies et héritages de la Révolution russe

09h Grande Salle de la Maison du Peuple de Saint-Gilles, Parvis (...)


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Sous Trump, nous sommes tous et toutes des femmes

Les mêmes stratégies utilisées contre les femmes pendant des décennies par la droite chrétienne et le mouvement anti-avortement sont maintenant, sous la présidence de Donald Trump, en voie d’être tournées contre le peuple américain dans son ensemble.

Soraya Chemaly : « Sous Trump, nous sommes tous et toutes des femmes »

« Enfin, considérant le succès de la droite dans la capture des assemblées législatives des États, la tendance toujours croissante du Congrès vers la droite, les récentes décisions de la Cour suprême américaine en matière de contraception et de zones tampons autour des cliniques, les activistes pro-choix doivent sentir que l’arrêt Roe v. Wade est aussi vulnérable qu’un gnou à un abreuvoir en Afrique du Sud. En effet, les lions de la droite voudraient certainement le dévorer. Si c’était le cas, alors la montée de la droite religieuse créerait un autre point de bascule, non seulement pour l’accès à l’avortement, mais aussi pour la nature même de la gouvernance aux États-Unis. »
(Douglas Jamiel, 22 juillet 2014)

Des milliers de personnes se sont rassemblées hier à Washington, DC, comme elles le font depuis 44 ans, pour ce qu’on appelle la March for Life. Ce défilé contre le droit à l’avortement a lieu chaque année, à proximité de la date anniversaire de l’adoption en 1973 de Roe v. Wade, la décision de la Cour suprême des États-Unis sur les droits à l’avortement. Les marcheurs d’hier, qu’ils aiment individuellement ou non Trump, étaient heureux, plein d’espoir et enthousiastes de savoir que son administration est si clairement et explicitement « pro-vie ».

Ce défilé était une célébration de la victoire électorale de la droite, le résultat de décennies de travail qui n’avaient presque rien à voir avec Donald Trump ou ses visées et pathologies personnelles. Son élection a permis au mouvement de la droite religieuse, une force coalisée depuis des décennies contre les droits à l’avortement, d’acquérir le pouvoir politique. Ce défilé, et non l’inauguration de Trump, devrait être notre point focal pour comprendre le rejet par la nouvelle administration de la modernité, de la science et de la laïcité, ainsi que ses objectifs politiques non démocratiques.

Cette affirmation mystifie peut-être les gens qui ont tendance à penser : « Les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont beaucoup plus que celui de l’avortement. » Il ne s’agit cependant pas de l’avortement en soi, mais du modèle établi par une idéologie chrétienne de droite. C’est un modèle de stratégies et de tactiques, déployées contre les droits des femmes au cours des cinquante dernières années, qui est maintenant appliqué plus largement. Lorsque se prépare une malversation publique, ses auteurs s’y préparent habituellement d’abord par des actes commis contre les femmes et les enfants, pour voir ce que la société va tolérer. La situation présente n’est pas différente.

L’agenda pro-vie de la droite conservatrice – anti-science, anti-laïcité et anti-égalité – a constitué un terrain de pratique fertile durant des décennies. Des idées religieuses infusent les théories du statut de personne du fœtus, des vérités médicales sont ignorées et négligées, et les effets politiques et économiques délétères de la grossesse obligatoire sur les femmes sont banalisés.

De plus, les termes et le cadrage des enjeux utilisés par le mouvement anti-avortement présageaient également ce que nous constatons aujourd’hui. Dans le militantisme anti-avortement, les « faits alternatifs » et les « pseudo-nouvelles » détournent depuis longtemps la compréhension des gens au moyen d’expressions telles que les « avortements de naissance partielle ». Les tours de passe-passe verbaux et visuels constituent le vocabulaire d’usage de ce mouvement.

Mais à un niveau plus profond, le mouvement anti-avortement illustre de façon flagrante le noyau autoritaire et anti-démocratique de la droite. Quelle que soient les motivations des individus, le mouvement politique anti-avortement supplante délibérément l’autonomie, la privauté, la dignité, l’intégrité corporelle et la compétence morale des femmes pour y substituer des croyances religieuses concernant l’innocence, le péché et les récompenses ou sanctions promises dans une vie après la mort. Les conservateurs religieux intégristes qui dominent l’activisme et la politique « pro-vie » tiennent fondamentalement pour acquis que les femmes sont aux hommes ce que les hommes sont à dieu et qu’en tant que telles, elles sont soumises à l’intervention et à la gouvernance masculine. Tout comme les notions bibliques de hiérarchie, de soumission et de tutelle de genre ont été utilisées pour établir la base de l’esclavage racisé, ce traitement des femmes a été utilisé comme base pour saper une égalité plus large et intersectorielle.

Trump alimente et sert de véhicule à la droite religieuse, dont les idées sur les hiérarchies et les rôles de genre correspondent juste suffisamment aux siennes pour justifier l’hypocrisie aberrante du soutien de personnes prétendument religieuses envers un homme qui incarne si profondément l’échec abject des valeurs de compassion, empathie, respect, dignité et d’amour qu’elles prétendent avoir tellement à coeur. La force qui sous-tend leur rapport réciproque est celle des hiérarchies et du statut, d’abord basées sur le genre, vu son ancrage intime, puis sur tout le reste.

Trump lui-même a, au fil des ans, vacillé dans ses opinions sur l’avortement, mais son vice-président, Mike Pence, et le président de la Chambre Paul Ryan ont compté parmi activistes anti-choix les plus vocaux et enragés de la politique étatsunienne depuis des décennies. Sous la gouverne de Pence, l’Indiana a promulgué des lois drastiques criminalisant les femmes enceintes en violation de leurs droits civils. Ryan, qui croit au statut de personne de tout ovule fécondé, a soutenu ce qui en est venu à appelé le « Let Women Die Bill » et a été enregistré en train d’expliquer qu’après tout, le viol est simplement une méthode comme une autre de conception. Les deux hommes approuvent des pratiques qui, malgré ce qu’ils pourraient dire ou croire, perpétuent le racisme et le sexisme systémiques. Les deux croient, fondamentalement, que les hommes sont les gouvernants et les femmes les nourricières, que les hommes produisent et les femmes reproduisent. Toute information contraire, qui défie ces statut, est annihilée par des rationalisations.

Donald Trump & Paul Ryan

Ce qui est intéressant dans l’un ou l’autre cas – que l’on croie que la droite utilise Trump ou que Trump instrumentalise la droite – c’est à quel point les gagnants sont perçus en termes d’idéaux « masculins » dominants et puissants et les perdants en termes de défaite, de soumission et de faiblesse « féminines ». Le mouvement « pro-vie » est imprégné d’idées sur les hiérarchies de genre et ces hiérarchies définissent désormais la corruption de nos idéaux démocratiques.

La compréhension du genre comme cadre ordinal de la vie institutionnelle est importante pour analyser comment il se fait que Trump et son administration peuvent si cavalièrement sembler ignorer la Constitution, une tradition de compromis, et en bout de ligne violer nos droits en tant que citoyennes et citoyens.

Beaucoup de gens croient que l’égalité des femmes signifie de nous donner accès à ce que les hommes ont historiquement possédé, nécessité ou désiré. Mais le genre n’est pas seulement une question d’expression ou de comportement individuel, et l’entrée des femmes dans des sphères traditionnellement masculines n’efface pas non plus le sexisme et le parti pris. Les idées sur le genre, stéréotypées de façon persistante, infusent tout : de l’organisation du travail dans les maisons et au travail jusqu’à la langue et aux métaphores qui façonnent notre pensée. Ces idées, à notre détriment collectif, demeurent, de façon écrasante, binaires et hiérarchiques : hommes et femmes ; statut supérieur et statut inférieur ; public et privé ; fort et faible ; dominant et soumis ; dirigeants et dirigés ; protecteurs et nourriciers ; rationnels et émotifs ; des acteurs publics et des gens qui subissent de tels actes en privé.

C’est dans ce cadre que Trump traite la réalité politique de la manière dont les femmes, les menaces à leur égalité et leurs « enjeux » ont été traités. Ce que disent les femmes, ce qu’elles vivent et ce dont elles ont besoin continue à avoir peu de conséquences pour les hommes et les institutions qu’ils dominent. Cette approche a été la réponse politique, publique et médiatique aux violations flagrantes des droits humains et civils des femmes pendant des décennies, des droits qui ont souvent été contestés par les politiciens anti-avortement.

Les hommes dominent dans tous les médias la couverture de l’avortement et des autres enjeux de droits génésiques. Ils sont également la majorité des experts et des sources citées. Sur les émissions diffusées par les câblodistributeurs étatsuniens, les fonctionnaires catholiques sont présentés six fois plus souvent que des gynécologues ou des obstétriciens comme spécialistes pour discuter de l’avortement. Les dernières à être consultées, dans les médias ou dans les assemblées législatives, sont les femmes. Les médias, par exemple, n’ont pas répondu explicitement aux années d’attaques extrémistes menées contre des cliniques d’avortement, de crimes motivés par la haine ou d’atteintes directes contre l’égalité et la citoyenneté des femmes.

Si, à la suite de la violence et des lois anti-avortement, les droits des femmes étaient dégradés, si les femmes étaient criminalisées pour les résultats de leur grossesse, si leur dignité était systématiquement contestée, leur vie était menacée, leur capacité à subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille réduite, et si leur liberté de mouvement et de choix était surveillée et restreinte, eh bien, il y a toujours des questions plus importantes à traiter comme prioritaires. Les médias ont durant des années négligé de consulter les femmes et les scientifiques en matière de santé et de besoins des femmes ou de tenir les titulaires de charges publiques responsables envers les femmes en tant que citoyennes. Les médias sont donc totalement complices de la mauvaise compréhension par le public des enjeux entourant l’avortement, que l’on ramène à une opposition mensongère entre les désirs égoïstes d’une femme et « la vie d’un bébé ».

C’est la même sorte de fausse équivalence, soir l’impératif de « montrer les deux côtés de la médaille » qui alimente la négation généralisée des changements climatiques et le rejet, aux États-Unis, des théories de l’évolution. Les mêmes normes ont eu l’effet destructeur, dans la couverture des campagnes électorales de Donald Trump et Hillary Clinton, de suggérer que l’un et l’autre risquaient également d’être incompétents et dangereux. Si les droits des femmes étaient considérés comme faisant partie de la structure fondamentale de la démocratie plutôt que des affaires privées ou des jetons politiques négociables, notre culture n’aurait peut-être pas été aussi prête à ignorer les dangers que représentaient la candidature de Trump ou l’ascendance d’une droite religieuse autoritaire conservatrice et raciste dans la Maison Blanche.

Il est intéressant de constater que ce qui peut être perçu comme une réinstitutionnalisation multiple de l’inégalité des femmes peut en fait être un symptôme du contraire, en ce sens que les hommes et les femmes, pour envisager un avantage sans précédent, peuvent désormais être classés sous le générique universel « femmes », puisque c’est ainsi que la présente administration, un gouvernement qui affiche de façons spectaculaires et dévastatrices la frustration de privilèges des hommes blancs, s’apprête à traiter tout le monde. Également.

Si vous êtes un homme, et que vous vous retrouvez à penser, « Comment est ce qui se passe est-il même possible ? », félicitations, vous êtes maintenant une femme. Si vous vous dites : « Tout cela n’a aucun sens. Ce n’est pas vrai ou exact, ce n’est pas médicalement ou scientifiquement justifié », bienvenue à bord. Si vous vous demandez pourquoi les médias persistent à présenter des questions critiques de façon « neutre » au moyen de dangereuses fausses équivalences, nous sommes ravies de vous accueillir. Si vous vous demandez comment quelqu’un peut prendre au sérieux un langage aussi insensé, nous sommes heureux de vous parler. Si vous êtes en colère que vos droits, vos besoins et votre vécu sont passés sous silence, ou pire encore, si on vous dit que d’autres personnes savent mieux que vous ce qui est bon pour vous, prenez un numéro…

Nous sommes toutes des femmes maintenant.

Quand Donald Trump aura atteint la fin de son utilité et de sa popularité, les dirigeants conservateurs du Parti républicain feront de leur mieux pour minimiser son importance, laissant Mike Pence et Paul Ryan occuper des charges publiques auxquelles ils n’auraient jamais pu être élus. En cours de route, et grâce à des techniques bien affinées dans la lutte contre les droits des femmes et l’accès à un avortement sûr et légal, de grands dommages seront infligés aux femmes, aux communautés LGTBQ, aux minorités raciales, religieuses et ethniques, aux personnes immigrantes, à l’économie et à l’environnement. En d’autres termes, moins politiquement acceptables, la suprématie masculine hétérosexuelle blanche se sera imposée politiquement.

Soraya Chemaly, 28 janvier 2017, sur 50.50
A propos de l’autrice : Soraya Chemaly est féministe, écrivaine et satiriste (pas toujours dans cet ordre). Elle soutient l’égalité des sexes et la liberté d’expression des femmes.
Cet article est publié sous une licence Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International. Nous encourageons tout le monde à commenter cet article sur le site d’openDemocracy.

Traduit par Martin Dufresne pour TRADFEM
Source : Entre les lignes entre les mots



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