19 septembre 2018

Ciné-club des Libertés - Motherland

20h Cinéma Aventure. Galerie du Centre. 57, rue des Fripiers - (...)

19 septembre 2018

Expo collective : ZAVENTEM, OPERATION DETENTION & Regards sur la politique migratoire

19h Espace Citoyen, 8, rue de la Grande île, 1000 Bruxelles

20 septembre 2018

CINEKE : Atelier de réalisation radio

18h30 > 21h : Boulevard Emile Bockstael 88, 1020 Laeken

20 septembre 2018

Apéro Politique : on interpelle les candidats à Bruxelles-Ville !

18h De Markten,5 Vieux marché aux Grains - 1000 Bruxelles

20 septembre 2018

Conférence débat : L’assassinat de Semira Adamu au prisme de l’intersectionnalité

18h PianoFabriek. rue du Fort 35 - 1060 Bruxelles

20 septembre 2018

Drink de rentrée de l’Union syndicale étudiante

18h USE. avenue Buyl 105, 1050 Bruxelles

20 septembre 2018

L’action citoyenne : Avec, contre ou sans le pouvoir ?

18h30 Mundo-B. 26 rue d’Edimbourg - 1050 Bruxelles

20 septembre 2018

Débat : 10 ans de crise, 10 ans de lutte pour sortir

19h30 Pianofabriek. Rue du Fort 35, 1060 Bruxelles

21 septembre 2018

Atelier flambeaux + bannières

14h Maison de la Paix, 35 rue Van Elewyck - 1050 Bruxelles

21 septembre 2018

LES SANS ! Théâtre et lectures

18h30 MEDEX (Musée Ephémère de l’Exil)


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Tous ces morts… Non, ce n’est pas normal !

Lors de la coupe du monde de football, le monde entier retient son souffle durant le match Colombie-Angleterre, tous les yeux se focalisent sur l’écran qui transmet en direct depuis la Russie, les rues se vident… C’est le scénario optimal pour que des sicaires puissent opérer sans témoins et sans obstacles. C’est ainsi que le 3 juillet 2018, Luis Barrios Machado a été assassiné dans son domicile à Palmar de Varela, une municipalité située dans le département d’Atlántico, en Colombie. Il était le président d’une association citoyenne avec laquelle il dénonçait régulièrement la corruption et le trafic de drogue. Se sachant menacé il a introduit, le 27 juin, une demande officielle de protection auprès de l’Union Nationale de Protection. Il ne fut malheureusement pas le seul militant social à se faire éliminer durant le mondial, dernièrement 7 paysans d’un village du Cauca qui a voté massivement pour la paix se sont fait massacrer, Ana María Cortez, à Antioquia était la coordinatrice de la campagne pour le candidat de la gauche... Entre le 1 juin et le 4 juillet 2018, ce sont plus de vingt leaders sociaux assassinés par le para-militarisme. Ils viennent se rajouter aux 315 leaders assassinés depuis la signature des accords de « paix ».

Tous ces morts… Non, ce n’est pas normal !

Il n’est pas normal qu’en moins d’un mois (entre le 1 juin et le 3 juillet) 19 dirigeants sociaux aient été assassinés en Colombie et il n’est pas non plus normal que des millions de Colombiens continuent leur train de vie comme si de rien n’était ou sont surpris d’apprendre les nouvelles. C’est la faute à qui ? Qui pointons-nous du doigt pour ces meurtres et qui condamnons-nous pour ce silence ? Les usagers des réseaux sociaux indignés n’arrêtent pas de poster des images sanglantes des assassinés que le football nous a occulté. D’autres ont célébré les buts en Russie et l’élimination de l’équipe nationale, à leurs états d’âmes se rajoute la douleur des leaders assassinés.

Les meurtres systématiques n’ont pas commencé avec la coupe du monde de football, cela fait des années qu’on les inscrit dans des périodes et on les lie aux événements. Mais paradoxalement ce qui précède à ce triste mois est la signature des Accords de "paix", un pacte entre la plus vieille guérilla du continent et le gouvernement de Santos. Depuis 2016 nous ne cessons de compter les morts désormais quotidiens, d’alerter par mille manières le gouvernement national et les institutions, que s’ils ne démontrent pas de volonté pour éviter plus de morts de leaders sociaux, ce fléau va s’aiguiser. Aujourd’hui (4 juillet), plus de 300 ont été assassinés.

Après avoir révisé en détail la couverture médiatique et journalière des médias sur les meurtres sélectifs, il est indignent et triste le peu de minutes et la manières comme les journalistes traitent la nouvelle. On ne voit pas les grimaces, la rage et l’impuissance qu’ils expriment lorsqu’ils parlaient de la dictature au Venezuela. Ils n’alertent pas la masse d’automates qui les écoutent et qui croient tout ce qu’on leur dit. La Colombie tue ses paysans, ses jeunes et ses femmes, ainsi que ceux qui défendent pacifiquement leurs terres et leurs droits. Encore pire, en Colombie on menace et on assassine celui qui participe à une campagne électorale différente du candidat gagnant.

On couvre ce qui convient aux médias, ils déplacent des équipes journalistiques, font des interviews, font des appels téléphoniques aux victimes directes, dès le matin, le midi et soir, ils martèlent les cerveaux avec des faits, présentent des histoires et des personnages morbides pour "sensibiliser" les téléspectateurs et auditeurs. Ils remplissent la Une des journaux avec des images-choc, semant la peur, et les clichés comme l’idéologie de genre ou nous allons devenir comme le Venezuela. Alors c’est là où je ne comprends pas : pourquoi ne traitent-ils pas de la même manière des sujets aussi graves que les meurtres sélectifs de leaders sociaux ? Ce qui se passe dans le pays et la gravité de la reconfiguration de la guerre... Et je dis cela non pas pour générer une haine chez les Colombiens mais plutôt une solidarité, un appel à la justice, à nos gouvernants ou qu’au moins on puisse leur faire des requêtes, comme elles ont été faites à Pékerman ou à n’importe quel joueur de football.

Pas un seul un média a parlé de qui était Felicinda Santamaría, les équipes de journalistes ne se sont jamais déplacés pour avoir un entretien avec ses voisins ou ses parents, la radio ne s’est pas manifesté non plus et ne s’est jamais intéressé sur son travail de terrain dans le quartier Virgen del Carmen del Chocó, aucun média national n’a documenté un seul des leaders assassinés. Que des chiffres, pas une seule histoire de vie, ou quelque chose que j’ai revendiqué, rien, rien non plus sur ce que ces hommes et ces femmes réalisaient ; des leaders communaux, indigènes, paysans qui aidaient ses communautés et les siens... et maintenant au milieu de la mort, seule reste la désolation et l’indifférence.

Mes plaintes ne concernent pas le football, mais bien le gouvernement national (celui qui part et celui qui vient) et aux médias, car ils « éduquent » pitoyablement, plus que l’école. Ils ont gagné, leur triomphe est la normalisation de la mort, le retour de la guerre, de la haine à celui qui pense différemment, aux femmes et aux jeunes, aux gays, etc. L’histoire que ces médias racontent quotidiennement n’est jamais la nôtre, ce récit unique nous ramène au passé et la Colombie ouvre à nouveau le chapitre du conflit interne Colombie versus Colombie.

Les pulsions qui m’amènent à écrire cela est faite de rage, mais aussi d’une tristesse profonde causé par la mort, aussi par le naturel avec lequel nous les Colombiens nous assumons ces morts. Je me demande vraiment si cela n’intéresse personne, ou si les médias ont imposé une matrice d’opinion pour que tout le monde s’en foute et continuent la vie comme si nous n’avions subi qu’un échec au football, alors que ce à quoi nous assistons est à l’échec de la vie et de l’espérance.

Piedad Córdoba, 4 juillet 2018
Avocate et membre du Parti libéral colombien. Elle fût députée (1992 et 1994) et sénatrice (1994 et 2010). Elle est aujourd’hui frappée d’interdiction d’exercice d’un mandat politique pour avoir supposément eu des relations d’amitiés avec des guérilleros des FARC.

Traduction : ZIN TV



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