22 janvier 2020

Dénonçons la criminalisation organisée des migrants en passage

19h La Maison Qui Chante 122 rue du Viaduc 1050 Bruxelles

25 janvier 2020

Rebellion au Chili - Films, rencontres, concert

20H TRI POSTAL. Av Fonsny 48, 1060 Bruxelles - Gare du (...)

29 janvier 2020

Ciné-débat : "Chez Jolie Coiffure" + Salon de coiffure alternatif

18h-21h30 PointCulture 145 rue Royale 1000 Bruxelles

1er février 2020

Expo photos : Journalistes en exil

16h Escale du Nord. 1, rue du Chapelain, 1070 Bruxelles

2 février 2020

Documentaire : Minga voix de résistance

18h Le Senghor. 366 Chaussée de Wavre, 1040 Bruxelles

6 février 2020

Réalités migratoires et représentations médiatiques en Belgique

9h30-16h30 Pianofabriek (salle Casablanca), 35 rue du Fort 1060 (...)

13 février 2020

Midi info : Désobéir à la loi face à l’urgence climatique ?

12h30-14h Boulevard Léopold II 184D, 1081 Bruxelles

13 février 2020

Pinochet : livre sur sa biographie militaire et politique

19h Maison de l’Amérique Latine, rue du collège 27, 1050 (...)


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Trotsky, Tchernobyl et la guerre des symboles

Les débats sur les séries télés Trotsky (2017) de Netflix et Tchernobyl (2019) de HBO & Sky sont les symptômes de la lutte symbolique de l’après-guerre froide au XXIe siècle. Dans les deux cas, nous voyons des superpuissances de la géopolitique contemporaine (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie) se positionner sur un passé qu’elles considèrent comme leur héritage, même si l’axe de la confrontation idéologique entre socialisme et capitalisme ne renaît pas de ses cendres.

Le socialisme réel est encore en ruines, mais le gouvernement de Vladimir Poutine estime que le passé soviétique lui appartient. C’est pourquoi Konstantin Ernst, producteur de Sreda, une société cinématographique liée à la Russie unie, le parti politique tout-puissant de Vladimir Poutine, a engagé le réalisateur Alexander Kott pour faire vivre à l’écran le révolutionnaire juif ukrainien Leon Trotski.

Le résultat est une caricature perverse dans laquelle l’important intellectuel et homme politique marxiste est dépeint comme un seigneur de guerre impitoyable, corrompu et voluptueux. L’image de Trotsky dans la série Poutiniste est si tordue que Ramon Mercader, son assassin stalinien, le tue en légitime défense, après que le leader bolchevique l’attaquait dans sa maison à Coyoacán. Le petit-fils de Trotsky, Esteban Volkov Bronstein, a dénoncé la parfaite continuité entre le Trotsky de Netflix et la propagande stalinienne du milieu du XXe siècle.

La réaction des idéologues du Kremlin envers la série Tchernobyl de Craig Mazin (2019) suit la même ligne d’appropriation du passé. Le réalisateur russe Alexei Muradov et le journaliste du Moscow Times Anatoly Wasserman, tous deux proches de Poutine, affirment que les séries américaines et britanniques sont une déformation de la vérité historique car ils développent la thèse que l’accident nucléaire de 1986 était dû à une attaque de la CIA.

Trotsky était ukrainien et Tchernobyl est situé en Ukraine. Les deux polémiques traversent le conflit entre la Russie et cette nation voisine qui revendique le territoire de la Crimée, annexé par Moscou en 2014. Le nouveau président ukrainien, le comédien Volodimir Zelensky, arrivé au pouvoir grâce à une émission de télévision populaire où il incarnait lui-même le chef de l’Etat, mène une politique ouvertement pro-occidentale et défie l’hégémonie régionale de Poutine avec un projet d’intégration dans l’Union européenne et l’OTAN.

Contrairement à la réception critique russe, la presse ukrainienne a reproduit les objections sur la série sur Trotsky sur Netflix et a loué la production de HBO et Sky sur Tchernobyl. Curieuse pirouette de la mémoire au XXIe siècle par laquelle un marxiste ukrainien est réévalué par un gouvernement capitaliste pro-européen, tandis qu’un accident nucléaire est à nouveau masqué par un gouvernement tout aussi capitaliste, mais soucieux de préserver la grandeur de la Russie. La mémoire d’une nation et d’un empire est en jeu dans ces guerres symboliques.

Rafael Rojas

Libros del crupusculo / traduction : ZIN TV



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